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Christian Volckman crédit Condor
© Condor

Interview / Christian Volckman pour « The Room »

The Room (2019), le deuxième long métrage de Christian Volckman, est sorti en mai 2020 directement en VOD suite à la crise sanitaire liée au COVID-19. A cette occasion, Bulles de Culture s’est entretenu avec le réalisateur pour évoquer avec lui son film et ce contexte de sortie si particulier. Interview.

Synopsis :

Kate et Matt quittent la ville pour s’installer à la campagne dans une grande maison isolée et délabrée. Peu après leur déménagement, ils découvrent une chambre qui a le pouvoir d’exaucer tous leurs désirs…

Interview de Christian Volckman pour le thriller fantastique The Room

Bulles de Culture : The Room est votre premier long métrage en prises de vue réelles. Quelles ont été les contraintes particulières par rapport à Renaissance, votre précédent film en images d’animation ?

Christian Volckman : Renaissance a été tourné comme un vrai film avec la présence des comédiens sur un plateau que je devais diriger. L’animation est en effet issue de leurs mouvements.  Mais à la différence d’un tournage classique, on n’avait pas de point de vue de caméra. Je devais faire un storyboard complet avant de passer par la motion capture. Cela demande un travail de projection et de placement de caméra pour définir son cadre et son montage. Il faut avoir des marques au sol, un timing et un placement des acteurs. Il faut être très directif. Je n’ai pas eu la sensation de faire un film d’animation classique. 

A la différence de la capture de mouvement, j’ai trouvé avec The Room que le comédien avait beaucoup plus de liberté. Il peut laisser davantage libre court à son imaginaire. Sur ce film, j’ai mis en place avec le chef opérateur des moments d’improvisation, notamment pour la scène de la fête. On a filmé pendant une demi-heure au rez-de-chaussée de la maison. C’est vraiment jouissif car on a écrit pendant deux à trois ans avec un storyboard, on se projette chaque moment du long métrage et le comédien vient faire des propositions innovantes et imprévues. 

Bulles de Culture : Comment avez-vous travaillé l’alchimie entre les comédiens sur le film ? 

Christian Volckman : Olga Kurylenko a dit « oui » en lisant le scénario. Le tournage en langue anglaise poussait le film à se faire avec des acteurs anglais ou américains. Mais les agents bloquaient pour l’obtention d’un tel casting. Les anglo-saxons n’ont en effet plus de tendresse pour les projets artistiques, ils préfèrent s’assurer la popularité. Avec l’acceptation d’Olga, on est revenu vers un projet européen. Pour autant, elle avait l’avantage de parler parfaitement anglais. On a alors fait des castings auprès d’acteurs européens, motivés à la fois par le scénario mais également par le fait de travailler avec Olga. Lorsque Kevin Janssens est arrivé, quelque chose d’évident s’est produit entre eux. Le choix final sur cet acteur n’a pas été une décision intellectuelle. C’est un instinct et une alchimie qui se sont créés entre deux personnes qui ne se connaissaient pas.

« Pourquoi ces milliardaires, qui ont déjà tout, ont encore besoin de s’enrichir ? »

Bulles de Culture : Le genre fantastique permet à un film d’aborder des sujets bien réels sous l’angle d’un univers métaphorique. Quels sont les thèmes principaux que vous souhaitiez aborder dans The Room

Christian Volckman : Le désir est au centre du film. C’est un désir occidental qui est en train de se propager actuellement partout dans le monde et qui fait des ravages. Je voulais traiter d’un désir intime et pas d’un désir global. Il faut se poser la question : est-ce que le trop plein est une source de bonheur ou pas ? Je ne veux pas répondre à la question mais simplement me la poser. Le personnage féminin principal avait cette envie profonde d’avoir un enfant, comme si on pouvait le commander sur internet ou l’imprimer en 3D.

Dans notre monde actuel, ce qui est sûr, c’est qu’on est dans un moment assez extrême. Il y a des ultra riches qui n’arrêtent pas de s’enrichir et des pauvres qui n’arrivent pas à survivre. Pourquoi ces milliardaires, qui ont déjà tout, ont encore besoin de s’enrichir ? L’idée, c’est d’avoir cette interrogation.

Bulles de Culture : Lorsqu’on regarde The Room a posteriori, on y trouve énormément de parallèles avec la crise sanitaire qu’on subit actuellement. Pour vous, le monde extérieur est-il un danger comme cela est dépeint dans votre film? 

Christian Volckman : Je n’ai pas de réponse toute faite. En travaillant sur le sujet du désir et en créant une chambre magique comme une lampe d’Aladdin, il faut pouvoir créer des contraintes. Dans la lampe d’Aladdin, ce sont les trois vœux. Dans la chambre, c’est le fait de ne pas pouvoir sortir de la maison. L’absence de contrainte empêche toute fiction. C’est pourquoi je parle d’enfermement. Cela donne des personnages et des objectifs. J’ai le sentiment que dès qu’on obtient quelque chose, on est enfermé d’une manière ou d’une autre.

Les contraintes matérialistes sont souvent un piège en soi. Par exemple, on veut tous une belle maison, mais il faut entretenir celle-ci : peindre les volets, refaire la toiture… sinon la maison s’écroule. Tout est destiné à disparaitre. C’est intéressant ce confinement, car beaucoup de gens se sont retrouvés avec eux-mêmes dans une réflexion méditative. A-t-on besoin de courir dans tous les sens ? J’ai l’impression que ça a été un moment important.

« Tout le monde rêve d’être artiste mais il y a des difficultés que nous ne voyons pas »

Bulles de Culture : Vous êtes également artiste-peintre dans la vie, comme votre personnage masculin. Existe-t-il un lien entre vous deux ? 

Christian Volckman : Il y a un rapport de souffrance à l’acte créatif. Il faut s’y atteler, se battre, y croire, encaisser les refus et les critiques pour avancer. Le créateur est une figure qui résonne dans mon écriture. Passer cinq ans sur un projet pour 1h30 de résultat, le cinéma est le secteur le moins productif au monde. Si on parle des peintres, beaucoup tombent dans la dépression.

Tout le monde rêve d’être artiste mais il y a des difficultés que nous ne voyons pas : l’alcoolisme et la dépression inhérente à la difficulté de créer. J’ai la terreur de la toile blanche, on arrive jamais à aboutir à quelque chose de satisfaisant. Par exemple, récemment, je refaisais toujours le même tableau sur une semaine, je n’arrivais pas à arriver à la perfection à chaque fois. Or, il n’y a pas de perception. Il faut accepter ses faiblesses pour pouvoir agir sinon on ne fait plus rien.

Bulles de Culture : The Room aurait dû sortir au cinéma mais la crise à pousser le distributeur Les Films du Poisson à le proposer directement en VOD. Que pensez-vous de ce choix ? 

Christian Volckman : Le film a fait le tour du monde en festivals. En France, on n’a jamais trouvé un distributeur classique de salles, Les Films du Poisson voulait sortir le film d’une manière discrète. La sortie directement en VOD est un moindre mal pour les gens qui ont envie de le voir et qui n’auraient pas pu du fait d’un parc de salles trop restreint. Bien sûr, j’ai la frustration de ne pas le voir proposé sur grand écran. 

Propos recueillis par visioconférence le lundi 11 mai 2020.

En savoir plus :

  • The Room est disponible en VOD depuis le 14 mai 2020 sur les différentes plateformes VOD (YouTube, Apple TV, Canal VOD, Rakuten TV, MYTF1…)
  • Distribution France : Les Films du Poisson
Antoine Corte

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