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AFFICHE Heureux comme Lazzaro critique film avis

[Critique] « Heureux comme Lazzaro » (2018) d’Alice Rohrwacher

Après son Grand Prix au Festival de Cannes avec Les Merveilles (2014), Alice Rohrwacher refait sensation avec son film Heureux comme Lazzaro (Lazzaro Felice) en remportant cette année le prix du scénario. L’avis et la critique film de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Lazzaro (Adriano Tardiolo), un jeune paysan d’une bonté exceptionnelle vit à l’Inviolata, un hameau resté à l’écart du monde sur lequel règne la marquise Alfonsina de Luna.
La vie des paysans est inchangée depuis toujours, ils sont exploités, et à leur tour, ils abusent de la bonté de Lazzaro.
Un été, il se lie d’amitié avec Tancredi, le fils de la marquise.  Une amitié si précieuse qu’elle lui fera traverser le temps et mènera Lazzaro au monde moderne.

Heureux comme Lazzaro, un voyage dans le temps

Tournée en Super 8, Heureux comme Lazzaro est une oeuvre hors temps marquée par une technique visuelle qui accompagne le bouleversement temporel de l’histoire. Grâce à cette caméra d’antan, l’image a un grain particulier, des imperfections qui sont pour le spectateur autant de madeleines de Proust qu’on ne voit plus avec le numérique. L’impression est de se situer hors temps. Il faut dire que la réalisatrice va semer le trouble en confrontant deux Italie. L’une est comme sortie du moyen-âge  avec ses costumes burlesques, sa condition paysanne et ses titres de marquis. On est plongé dans un univers burlesque et imagé à la façn Emir Kusturica. Puis, à l’occasion d’un saut dans le temps suite au coma du protagoniste, on assiste à l’industrialisation de la grande botte. L’Italie devient moderne, mais laisse apparaitre une grande précarité. Les vassaux, autrefois assujettis, se livrent désormais à une libre concurrence dans un pays qui recherche l’économie. Leur liberté est le prix d’une précarisation à la façon Les Raisins de la colère (John Steinbeck). On découvre ces pauvres gens se battant pour trouver du travail lors d’enchères publiques pour négocier leurs salaires au plus bas. La réalisatrice s’inspire de l’histoire vraie d’une marquise de l’Italie centrale qui a caché l’abolition du métayage à ses travailleurs.

Interprétation fine d’Adriano Tardiolo

HEUREUX COMME LAZZARO - critique film avis photo 3 Adriano Tardiolo
© tempesta 2018

Il y en a un qui ne change pas. Le simplet Lazzaro, au centre du récit, est l’oeil hagard d’une réalisatrice qui joue sur rôle de témoin. Dans des mondes qu’il ne comprend pas, le héros doit faire preuve d’adaptation aux évolutions des moeurs. Véritable pilier affectif de Heureux comme Lazzaro, le film doit beaucoup à l’interprétation fine d’Adriano Tardiolo. Cette distanciation avec la réalité du personnage permet à l’oeuvre de fleurter avec l’univers du conte. Cette longue fresque, témoin de l’évolution de l’Italie, est d’ailleurs tournée en deux temps. Les paysages de campagne sont captés dans la région de Viterbe, et à Castel Giorgio. La seconde partie montre l’industrialisation grâce à un tournage sur Milan, Turin et Civitavecchia. Heureux comme Lazzaro manque parfois de didactisme. Le rythme lent est susceptible de faire perdre le fil d’une histoire riche en symboles. Heureusement que le film ne manque pas d’humour pour raccrocher le public au conducteur de l’histoire lors de moments d’égarement.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 07/11/2018
  • Distribution France : Ad Vitam Distribution

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.

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