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Amon Tobin, metteur en scène le plus doué de sa génération ?

La complicité avec son auditeur

 

© Antoine Leblond
Rimouski-2009

Il y a quelque chose d’assez intense dans l’écoute d’un morceau ou d’un album en entier du maître. Cette intensité se caractérise par ce rapport virtuel qu’Amon Tobin entretient avec son auditeur. La plupart de ses morceaux sont une invitation au voyage, à l’évasion et font appel immédiatement à des images, des univers, des couleurs…

Notre homme est un véritable sorcier, un architecte virtuose ; il suffit d’observer la façon (singulière) dont les morceaux sont construits mais aussi la texture du son, novatrice et intemporelle : ce sont des ambiances tantôt noires, tantôt joyeuses, où l’on peut passer d’une piste cool et jazzy à un espace clos et inquiétant. Car il faut reconnaître que oui, la plupart de ses morceaux sont emprunts d’une atmosphère sombre, étrange et complexe. Mais c’est la beauté qui s’en dégage qui rend le son d’Amon Tobin unique, extrêmement plaisant et mémorable.

Première écoute avec le morceau Nightlife (1998) et le côté cool, aventureux et ludique, propre à l’univers du Maître.

Petite introduction au piano, du jazz, vite rejoint par des rythmes drum&bass absolument novateurs et des mélodies qui se superposent dans un élan contagieux et magnétique. On dirait un match de ping-pong musical où les enchaînements s’entrechoquent joyeusement. C’est un morceau positif et ludique à la mélodie imparable qui répond à une autre mélodie, elle aussi irrésistible.

Amon Tobin nous invite soit à nous reposer, soit à se laisser embarquer dans une aventure captivante de quelques minutes mais à la fin incertaine. Ce qui est sûr, c’est qu’il le fait toujours avec cette idée de complicité unique qu’il entretient avec son auditeur; comme lorsque Stephen King qui sur quelques lignes, s’adresse au lecteur dans son livre Écriture mémoires d’un métier.

Deuxième écoute avec The Whole Nine (2002) qui illustre cette fois le côté sombre, opaque, étrange mais toujours aventureux propre à l’univers cinématique de Amon Tobin. Mais je préviens immédiatement : ce morceau n’est pas évident à la première écoute.

 
Rythme extrêmement lent, nappes lancinantes, c’est noir, marécageux, des lumières semblent clignoter mais elles sont très, très éloignées. De multiples sons ou bruits métalliques (autre récurrence chez l’artiste) surviennent puis disparaissent. On a limpression d’être coincé dans un labyrinthe humide, froid. Imaginez-vous donc dans un sous-marin en train de sombrer au fond de l’océan. Il en ressort de ce morceau une ambiance morbide et envoûtante. C’est une espèce de berceuse vénéneuse qui vous dévore comme une gigantesque plante carnivore. Mais peut-être avez-vous seulement fait un mauvais rêve, cher auditeur…
Alors je vous avais dit que Lovecraft ou Stephen King n’étaient pas loin (cf. page précédente) !

Au programme de la page suivante : encore plus de morceaux en écoute et les albums essentiels du maître décryptés en détail.

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