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© Netflix

Critique / « La terre et le sang » (2020) de Julien Leclercq

Après Braqueurs (2015), Julien Leclercq retrouve Sami Bouajila pour un bijou de thriller intitulé La terre et le sang. Histoire d’une confrontation, musclée s’il en est, entre deux hommes qui défendent ce qui est important pour eux. Le territoire tout d’abord pour l’un, mais ensuite, le plus important, le sang. La critique et l’avis film de Bulles de Culture

Synopsis :

Le gérant d’une scierie (Sami Bouajila) et sa fille (Sofia Lessafre) se retrouvent au milieu d’une guerre de gangs lorsqu’un trafiquant choisit leur propriété isolée pour y cacher de la cocaïne. 

La terre et le sang : qui a eu cette idée folle…

… non pas d’inventer l’école on s’en doute, mais d’aller braquer une gendarmerie ? Pure folie ou coup de génie ? Après tout, pourquoi pas ? Pour trouver de la came, il faut bien aller où il y en a. C’est en tout cas comme ça que commence La terre et le sang. Des hommes au volant de leur voiture qui laissent l’adrénaline prendre le pas sur leur peur juste avant d’aller commettre l’irréparable. Une introduction sous haute tension qui donne le ton de ce thriller. Avec en plus la manière assez particulière qu’a Julien Leclercq de filmer ses acteurs. En effet, plus que des visages — dont certains, on ne verra d’ailleurs que le profil —, il capture des émotions.

On le savait déjà, le réalisateurs de Braqueurs sait filmer ceux qu’on appelle « les voyous ». Il le prouve encore avec La terre et le sang. Il ne cadre pas un corps, il capte une allure, une attitude, une façon d’être. Une somme de plans qui installe une ambiance, instaure un climat sombre. Une odeur de souffre monte, tout comme l’impression d’être dans un huis clos, même en pleine nature. Le tout est soutenu par un beau travail sur le son, presque un acteur à part entière du film.

Le son qui tue

Dès l’introduction mentionnée plus haut, Julien Leclercq nous donne des pistes. Non, ce n’est pas parce qu’il y a dans La terre et le sang des blacks costauds dans des Mercedes qu’il aura du gros rap hardcore. Le son est parfaitement dosé, pas besoin d’artifice pour nous faire inutilement sursauter. L’histoire, bien écrite, suffit à elle-même. Le réalisateur se sert même du silence quand il nous entraîne dans le monde de Sarah (époustouflante Sofia Lesaffre) et que seule sa respiration apeurée est suffisante pour saisir l’effroi du moment.

Les armes qu’on recharge, les balles qui ricochent, la pétarade des Kalashs sont réglés au millimètre près. Même ce qui semble être de la musique ressemble parfois à des bruits qu’on pourrait entendre dans une scierie. Tout est là pour intensifier un suspense insoutenable. Et puis il y a aussi les bruits de la nature, indifférente au drame qui se joue, et Sami Bouajila qui n’arrête pas de dire « Je m’en occupe » — et parce que c’est lui, on y croit !

Sami l’ovni

Monsieur Bouajila entre en scène illuminé par des lasers, telle la rock star qu’il refuse d’être. On est cependant loin de la moiteur d’une boîte de nuit. À l’inverse de sa dernière collaboration avec le réalisateur, il ne fait pas parti des mauvais garçons. Cependant, quand on apprend qu’il n’a rien à perdre, on attend, on guette le moment où tout va basculer. Mais chez Sami Bouajila ce n’est pas vraiment le voyou qu’on veut voir. C’est l’homme d’honneur, solide en toutes circonstances, qu’il incarne une fois de plus à la perfection. C’est aussi l’homme qui assume ses fragilités, une aura de mec idéal qu’il porte comme une seconde peau. On assiste à l’affrontement, on suit la traque. La scierie de Saïd prend la forme de l’usine d’un Denzel-McCall-Washington dans Equalizer et il va profiter à fond de l’avantage du terrain.

En face, Eriq-Lumumba-Ebouaney ne pouvait pas mieux remplir le costume de caïd avec lequel il ne faut surtout pas s’amuser. Du regard à ses mises à mort signées d’une glaçante délicatesse, presque un acte de tendresse, en passant par son chant litanie macabre, on a encore un personnage bien construit. 

La terre et le sang, c’est deux forces de caractère qui s’affrontent, l’un incarnant la fracture et l’autre celui qui essaie d’en réparer les cassures. L’un qui commande ses soldats à coups de sifflets et de hochements de tête et l’autre qui veut le meilleur pour sa fille et les autres. Un peu de drogue sous forme de détonateur et on obtient un thriller rondement mené, haletant, qui vous tient tout le long. Et tout ça sans poudre de perlimpinpin…

En savoir plus :

  • La terre et le sang est disponible en streaming sur Netflix depuis le vendredi 17 avril 2020
Fanny N.

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