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Dogman de Matteo Garrone

[Critique] “Dogman” (2018) de Matteo Garrone, Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes

Cet article est le 28e sur 28 pour Festival de Cannes 2018

Dogman, film italien du réalisateur Matteo Garrone, a valu à son acteur principal Marcello Fonte le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes 2018. L’avis et critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

Dans une banlieue déshéritée, Marcello (Marcello Fonte), toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino (Edoardo Pesce), un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner dans une spirale criminelle.

Dogman : des acteurs poignants mais des personnages artificiels

DOGMAN de Matteo Garrone photo 1
© Greta de Lazzaris

Dogman aka Marcello est un homme qui se laisse marcher sur les pieds, tout le temps, par tout le monde, y compris par les chiens. Les petits, les gros, les laids, les beaux : hommes et chiens surexploitent ce maigrichon en bleu de travail qui se contente un peu trop bien de la joie d’un coucher de soleil. Vendeur de cocaïne pour arrondir ses fins de mois, il se prend d’une amitié destructrice pour Simoncino, le plus épouvantable de ses clients — interprété par un Edoardo Pesce tout simplement génial.

Là est tout le paradoxe du long métrage Dogman. Les coscénaristes Massimo Gaudioso, Ugo Chiti et Matteo Garrone y dépeignent un masochisme mystérieux qui aurait pu se révéler d’une grande humanité mais reste parfaitement artificiel. Les parcours de Marcello et Simoncino semblent avancer dans le seul but d’offrir à la caméra des scènes fortes cinématographiquement. Et en l’absence de consistance, ces deux-là ne deviennent à aucun moments de véritables personnages, encore moins des révélateurs de destins ou des témoins d’humanité.

La peinture esthétisée d’une Italie défigurée par la pègre

DOGMAN de Matteo Garrone photo 3
© Greta de Lazzaris

Si le long métrage Gomorra offrait une noire galerie de portraits dénuée de consolation esthétique, le film Dogman, au contraire, affuble le portrait d’un seul homme d’artifices lumineux et de moments fabriqués. Un exemple parmi d’autres : le petit chien sauvé du congélateur dont le corps réduit en caillou glacé se transforme en être vivant à la faveur d’un changement de plan et gambade à toute blinde trente secondes plus tard. Alors que l’univers social dépeint reste lui très crédible, ces ficelles trop visibles déstabilisent et l’on ne croit pas à grand chose. On peine à entrer dans le film, dont l’esthétique léchée et les puits de lumière visibles donnent aux décors réels des attributs de studio. L’écueil est proche de celui dans lequel tombait Woody Allen dans le décevant Wonder Wheel, aux lumières ultra “fake” et décors visiblement carton-pâte de studio. On ne voit ici que les gestes du cinéaste qui, trop présent, nous empêche de nous plonger dans l’œuvre.

Y a-t-il une démarche consciente du réalisateur, et si oui… qu’apporte-t-elle? Il y a certes dans Dogman une poignée de belles images, quelques scènes vraiment drôles, des situations puissantes. Mais difficile d’en retirer un film cohérent, une démarche cinématographique bien tracée, des personnages que l’on rencontre véritablement. L’on retiendra deux performances d’acteurs assez époustouflantes, à la fois individuellement et dans la rencontre dérangeante que le duo provoque. Mais des performances rendues frustrantes par le fait qu’elles ne mènent nulle part.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 11/07/2018
  • Distribution France : Le Pacte
Antoine Corte

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.

Top 3 Cinéma : "Moulin Rouge !" (2001), "Titanic" (1997), "Les Parapluies de Cherbourg" (1964)
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