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Si on te donne un château, tu le prends ? affiche

[CRITIQUE] “Si on te donne un château, tu le prends ?” (2016) de Marina Déak

Dans le film documentaire Si on te donne un château, tu le prends ?, la réalisatrice Marina Déak donne vie aux différentes types d’habitat qu’elle traverse et ce sans oublier ceux qui y vivent. Notre avis.

Synopsis :

Si on te donne un château, tu le prends ? est construit sur trois temps qui dessinent le portrait fragmenté de la France d’aujourd’hui : une agence immobilière à la campagne, un plan de rénovation urbaine dans la banlieue de La Grande Borne et des campeurs à l’année. En s’intéressant à l’habitat, Marina Déak interroge surtout la manière dont les gens, seuls ou à plusieurs, s’approprient un lieu pour y vivre et l’habiter, avec dignité et envie.

Si on te donne un château, tu le prends ? : Un état des lieux en France

Dans le film documentaire Si on te donne un château, tu le prends ?, la réalisatrice Marina Déak sait s’effacer pour laisser la caméra s’emparer de l’objet filmé : l’habitat. Sublimé par l’écran, les formes d’habitation traversées dans ce documentaire prennent une toute nouvelle importance aux yeux du spectateur. La caméra permet de rendre visible ce sur quoi notre regard ne s’arrête pas dans la vie de tous les jours. Ainsi, dans la première partie, Marina Déak suit les visites immobilières organisées par une agence du Nivernais. Ici, la visite n’a rien d’un show. Nous ne sommes pas dans les émissions de Stéphane Plaza mais dans la réalité que la caméra laisse exister. Les maisons visitées ne sont pas des châteaux, mais on les prend quand même : il faut bien habiter quelque part.

Le documentaire s’immisce ensuite dans le quartier de la Grande Borne à Grigny. Entre plans d’ensemble de la cité et scènes plus confidentielles, Marina Déak montre la complexité de cette forme d’habitat, entre collectif et individualité. Comment construire le vivre-ensemble, tout en laissant une part d’intimité à chacun ? Enfin, plus loin de ces aires urbaines, la dernière partie du long métrage Si on te donne un château, tu le prends ? donne vie à une forme d’habitat peu connue en France : les campeurs à l’année. Souvent pour questions financières, ces personnes ont décidé de s’installer à demeure sur un petit lopin de camping et d’habiter dignement, coûte que coûte, et souvent dans une joie qu’ils clament haut et fort face caméra.

Derrière l’habitat, des hommes et des femmes

Le film Si on te donne un château, tu le prends ? s’attache à laisser la parole aussi bien aux gens qui investissent les lieux qu’à ceux qui les gèrent, les construisent et les administrent. Le film prend en effet le temps de montrer les gestes professionnels qui préparent l’habitat. L’agent immobilier mesure l’appartement à vendre, les agents de la rénovation urbaine proposent une maquette de la Grande Borne : autant de gestes pour permettre à l’autre de se sentir chez soi.

De même, l’habitat n’est jamais anonyme. Le spectateur, en ouvrant la porte des lieux que lui propose ce film documentaire, entre chez des gens, dans leur intimité. Il y a cette femme qui ne se satisfait de rien pendant les visites immobilières, cet homme qui est obligé de vendre une maison après la mort de ses parents, ces enfants qui aimeraient avoir un terrain de jeux à la Grande Borne, ces ados qui vivent en camping avec leur père, ce fan de blues qui laisse à sa guitare une place de choix dans sa caravane…

L’ode au courage de Marina Déak

Habiter un endroit, ce n’est pas anodin. La réalisatrice Marina Déak tente, derrière l’apparente objectivité du documentaire, de raconter une histoire : celle d’une appropriation des lieux, parfois contrainte et forcée, mais qui dans le film résonne toujours dans la joie. Et c ’est surtout dans la dernière partie du documentaire Si on te donne un château, tu le prends ?, consacrée aux campeurs, que la réalisatrice semble mettre un point d’honneur à montrer combien cette forme d’habitat va à l’encontre des idées reçues. Les habitants sourient et jurent que si on leur donnait un château, ils ne le prendraient pas : « Ici au camping, j’ai le grand air, les fleurs, les voisins avec qui on mange ! ». Ce portrait, parfois un peu trop idyllique, est tout de même nuancé par ce père de famille qui avoue que, bien sûr, s’il avait de l’argent, il préfèrerait peut-être vivre ailleurs. Et le spectateur, au chaud devant l’écran, ne peut que saluer le courage et la détermination que le film de Marina Déak expose et impose.

En savoir plus  :

  • Date de sortie France : 01/11/2017
  • Distribution France : Atmosphères Production
  • Durée: 93 min
Agathe Giraud

Agathe Giraud

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Aller au théâtre, y être surprise. Lire un bon livre, ne pas pouvoir s'arrêter. Être happée par le cinéma. Puis partager et faire découvrir.

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Agathe Giraud

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