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Fences Affiche

[CRITIQUE] « Fences » (2017) de Denzel Washington

Pour son troisième film derrière et devant la caméra, Denzel Washington adapte la pièce d’August Wilson, Fences. Il convie à la fête Viola Davis avec qui il a joué la pièce à Broadway, Tony awards à la clé. Une œuvre à Pulitzer, deux immenses acteurs, encore faut-il réussir le passage des planches à l’écran géant ! Notre critique.

Synopsis :

Histoire bouleversante d’une famille où chacun lutte pour exister et être fidèle à se rêves, dans une Amérique en pleine évolution. Troy Maxson aspirait à devenir sportif professionnel, mais il a dû renoncer. Il s’est  résigné à devenir employé municipal pour faire vivre sa femme et sa fille. Mais son rêve déchu continue à le ronger de l’intérieur. L’équilibre fragile de sa famille va être mis en péril par un choix lourd de conséquences…

 

Du Théâtre au Grand écran

 

Fences denzel washington
© Paramount Pictures

 

Adapté une pièce de théâtre au cinéma n’est pas chose aisée pour plein de raisons. Cela est encore plus difficile lorsque cette pièce contient de nombreux monologues. Et la justesse d’interprétation dans Fences ou tout simplement d’intention ne suffit pas souvent à sauver le tout. Demandez donc à Justin Kurzel dont le MacBeth (2015) était juste magnifique, avec un Michael Fassbender et une Marion Cotillard pourtant hallucinants, et pourtant…

Denzel Washington ne s’est donc pas simplifié la tâche et les premières scènes font douter qu’il y arrive. Qu’il s’agisse des échanges entre Troy Maxson (Denzel Washington) et son collègue Bono (Stephen Harrisson), et/ou avec sa femme Rose (Viola Davis), on n’est pas loin de la cacophonie. On sent tout de suite le côté théâtre car au cinéma, il n’ y a guerre que Woody Allen qui réussit à faire dire à ses acteurs autant de choses en si peu de temps.

Heureusement, Fences  se détache peu à peu et naît en dehors des planches. Les monologues qui, on le devine sont importants dans la pièce de théâtre, trouvent un sens en dehors de celui-ci. Mieux, et c’est la partie la plus difficile de l’exercice,Denzel Washington réussit à conserver leur puissance.

 

Réalisateur et acteur

 

Fences denzel washington
© Paramount Pictures

 

Dans ses précédentes expériences avec la double casquette (Antwone Fischer (2002), The Great Debaters (2007)) et fréquemment au cinéma,  Denzel Washington incarne des hommes bien, voire, des héros.  L’Oscar pour Training Day (2001) et la nomination pour Flight (2012) prouvent qu’il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il incarne des personnages plus complexes. Ce qui est encore le cas dans le film Fences. On parle souvent de cette relation particulière qui existe entre le réalisateur et son acteur principal. Une relation quasi-amoureuse dans laquelle le premier magnifie le deuxième.

Dans Fences, ce rapport est intéressant car il pourrait frôler le narcissisme dans la mesure où on a la même personne devant et derrière la caméra. Denzel Washington évite le piège brillamment. Et c’est sans doute sa maîtrise du rôle en tant que comédien qui l’aide, en tant que réalisateur, à mettre le mieux en valeur ses acteurs dans leur ensemble. À sortir ses personnages d’une dramaturgie trop théâtrale.

Il évite par exemple le monologue filmé de face, qui peut friser le ridicule.  Lorsqu’il apparaît filmé plutôt de côté, éclairé de temps en temps par les éclairs et s’adresse à la grande faucheuse contre laquelle il érige des barrières (fences), cela donne un grand moment.

Fences, Drame familial

 

Fences denzel washington
© Paramount Pictures

 

Avec Fences, Denzel Washington ne donne pas dans la chronique raciale. Alors oui, en effet c’est parce que Troy Maxson est noir qu’il ne peut pas devenir un sportif. Mais au delà de ce fait, Troy Maxson est juste un homme qui aime sa femme mais qui la trompe,  partagé entre devoir et ambition contrariée. C’est un père qui veut le meilleur pour ses garçons mais arrive quand même à les frustrer, sans doute par protection, érigeant des barrières entre leurs espoirs et d’éventuelles déceptions.

Fences c’est aussi le désespoir de la femme trahie qui a rarement été retranscrit de façon aussi simple, poignante et puissante à la fois au cinéma. Et Viola Davis, souvent plus en émotions qu’en paroles au cinéma,est juste saisissante. Ce rôle de femme qui lutte pour garder sa dignité et prend des décisions que d’autres ne comprendraient pas lui vaudra-t-il un Oscar ?

 

Fences affiche viola davis 2
© Paramount Pictures

 

Denzel Washington, nous raconte donc une histoire se déroulant certes au sein d’une communauté, mais au propos universel. S’il est sûr que c’est sa notoriété qui piquera la curiosité, beaucoup auraient tort de ne pas se déplacer car freinés justement  par cette idée de communauté.  Fences s’inscrit ainsi dans la lignée du cinéma familial de James Gray. Il est filmé avec la simplicité pareille à un Clint Eastwood, dans un décor populaire voire bouseux digne des frères Cohen. Si toutes ces références sont flatteuses, elles aident juste à situer le film car l’immense acteur réussit avec ce film, à illustrer ses qualités de très bon réalisateur.

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 22/02/2017
  • Distribution France : Paramount Pictures France

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