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© Magali Martinie

[ITW] Valentin Martinie et Guillaume Loublier (« La Compagnie Affable ») : « La mission qu’on s’est donné par le théâtre est celle de transmettre »

A l’occasion de la reprise début septembre 2016 à la Royal Factory de Versailles de leur spectacle De La Fontaine à Booba, Valentin Martinie et Guillaume Loublier de La Compagnie Affable ont confié à Bulles de Culture leur parcours et leur vision du théâtre.

 

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« Le souvenir de notre rencontre
est impérissable »

 

Bulles de Culture : Racontez moi un peu votre parcours et comment vous êtes devenus comédiens…

Guillaume Loublier : C’est Valentin Martinie qui m’a proposé de le rejoindre sur le duo De La Fontaine à Booba, texte qu’on a lu, relu, qu’on a travaillé tous les deux et dont on peut dire aujourd’hui qu’il est indéniablement de nous deux, parce qu’on l’a recréé à deux. On s’est rencontrés grâce au Cours Jean-Laurent Cochet, on s’est croisé et on a entendu parler l’un de l’autre.

Valentin Martinie : On s’est rencontrés dans un festival qui était organisé par le co-directeur du cours et dans lequel on présentait chacun de notre côté, sans se connaître vraiment, un sketch humoristique. On s’est retrouvé en compétition avant même de se connaître. C’est cette première rencontre avec Guillaume qui m’a fait penser à lui après pour le rôle du deuxième personnage de la pièce.

Guillaume Loublier : Le souvenir de notre rencontre est… impérissable ! On s’est rencontrés dans une ambiance de rigolade mais ambitieuse.

« Le théâtre comme moyen privilégié pour la transmission »

 

Bulles de Culture : Concernant La Compagnie Affable, vous dites « qu’elle est née d’une envie partagée de rendre accessibles les classiques ». Pouvez-vous nous expliquer cette perspective ?

Valentin Martinie : La compagnie a été une obligation pour pouvoir jouer le premier spectacle que j’avais écrit, Dialogue à Fables, qui était un peu l’embryon de De La Fontaine à Booba. Il fallait une association, avec une licence d’entrepreneur de spectacles pour pouvoir se produire.

Au fur et à mesure s’est précisée dans notre esprit l’ambition, la mission qu’on s’est donné par le théâtre, celle de transmettre. Je pense que Guillaume, comme moi, voit le théâtre comme le moyen privilégié pour la transmission, notamment auprès des jeunes. Le théâtre en temps que média culturel est une possibilité de leur transmettre des chances de manière vivante, interactive, ludique et drôle, c’est vraiment la mission qu’on s’est donnée à travers la compagnie.

Sur le blog de la compagnie d’ailleurs, on compile des textes de théâtre, de poésie, de cinéma, de littérature. A la base c’était destiné à des élèves comédiens qui cherchaient des scènes de travail, des scènes pour des auditions, éventuellement des professeurs qui cherchaient des scènes à faire travailler, puis petit à petit on s’est mis à partager tout ça sans se demander à qui c’était adressé. Le but de la compagnie est vraiment de transmettre ces œuvres classiques ou moins classiques au plus grand nombre.

Guillaume Loublier : Ma présence dans la compagnie est plus récente. Ma démarche aussi est de transmettre les textes qu’on aime et en l’occurrence dans le cadre de ce spectacle, la poésie. C’est l’apanage de tout comédien.

Valentin Martinie : En tout cas, partager, essayer de faire découvrir…

Guillaume Loublier : A l’image du cours de Jean-Laurent Cochet qui a une culture immense mais qu’il arrive à rendre accessible par un jeu vivant, par un jeu et une interprétation charnelle, des textes.

Valentin Martinie : Dans le cadre de ce spectacle-là, ce qui est sûr c’est qu’on veut aider les jeunes à récupérer ces références-là qui sont assez lointaines. Comme disait Guillaume, on a eu la chance de travailler chez Jean-Laurent Cochet et il parlait souvent de revenir à la source. On a fait quelque part nos humanités. On est retourné aux sources, aux origines. Comme on a la chance d’avoir un pied du côté des classiques et un du côté du présent, car on est encore jeunes et dans notre époque, on essaie de faire dialoguer ces deux côtés qui ne sont pas cloisonnés. C’est un spectacle assez rassembleur…

Guillaume Loublier : … et fédérateur.

« C’est une vraie expérience humaine »

 

Bulles de Culture : Revenons sur la première pièce que vous avez évoquée, Dialogue à Fables, est-ce que vous pouvez nous parler de la genèse de cette pièce qui préfigure à priori la deuxième ?

Valentin Martinie : En sortant des cours Cochet, j’avais appris plein de fables de La Fontaine. On a travaillé en première année sur ces Fables et après avoir appris une cinquantaine de Fables, j’ai voulu faire une espèce de florilège de Fables. Et petit à petit le spectacle a évolué car là, on en était à un embryon de spectacle.

Au bout d’un an et demi, j’ai eu envie de faire un vrai spectacle, d’élargir la discussion sur la dispute entre les Classiques et les Modernes et de rajouter la question du rythme, qui est illustrée par des exemples musicaux, des mises en musique et notamment une référence au rap dans De La Fontaine à Booba.

Je dirais que De La Fontaine à Booba est la version adulte du premier spectacle et je suis très content de la tournure que ça a pris avec Guillaume et de la matière, de la profondeur qu’on a apportées. On a appris aussi à se connaître et à jouer ensemble et c’est de plus en plus de plaisir.

Bulles de Culture : A propos justement de la pièce qui est une véritable « création commune», comment s’est passée l’écriture à deux mains, comment s’est déroulé votre travail ?

Guillaume Loublier : Très facilement, j’avais déjà fait l’expérience du travail en groupe. A deux, nous étions très bosseurs. Quand on a la bonne personne en face, le bon miroir pour refléter ce que l’on a pensé, tout se passe bien. Une relation très saine, d’inter-influences, où chacun tente. On n’a pas de metteur en scène, donc la communication est vraiment entre nous deux.

Valentin Martinie : Au début du mois de janvier, j’avais juste apporté l’embryon du spectacle et on jouait le 2 ou 3 février. En un mois, il a fallu réécrire le spectacle, puis à un moment le répéter et le jouer. Donc tout cela s’est fait dans une ambiance sportive et on a bien réussi. On s’est bien trouvé. S’il n’y avait pas eu de complémentarité, on n’aurait pas pu accoucher en si peu de temps de quelque chose. Sans référentiel extérieur, ce qui n’est pas forcément évident. On a deux manières différentes de fonctionner et on a construit, comme ça, un terrain commun. C’est une vraie expérience humaine.

Bulles de Culture : Dans De La Fontaine à Booba, Valentin, vous jouez le partisan du conservatisme et vous Guillaume, celui de la modernité. Pour l’anecdote, comment vous-êtes vous répartis les rôles ?

Guillaume Loublier : Comme Valentin avait déjà joué une première version du spectacle, et  qu’il m’a proposé de prendre le rôle de son partenaire, cela s’est réparti aussi simplement.

Valentin Martinie : Après je pense aussi que dans nos manières de fonctionner, c’était très bien que Guillaume arrive car il apportait une nouvelle touche de fantaisie, d’expression personnelle sur l’autre personnage. Et moi, une fois que j’avais enfilé mon costume, je crois que je n’avais pas envie de le rendre.

« Le rap apporte énormément
d’innovations poétiques »

Bulles de Culture : Vous plaidez clairement pour la poésie du rap. Comment définiriez-vous l’esthétisme du rap ? Qu’est-ce que le rap peut apporter au théâtre ? A l’art ?

Guillaume Loublier : Le rap est de la parole mise en rythme. Alors déjà, la parole apporte énormément de choses, elle permet de nous épanouir, on est contraint de s’épanouir dans notre relation à nous, aux autres, au monde et c’est la parole qui joue l’intermédiaire de tout cela. La parole apporte une mise à distance et une proximité.

Valentin Martinie : Je rebondis sur ce que dit Guillaume, c’est de la parole mise en rythme. Le rap n’est pas quelque chose de nouveau.

Je prends l’exemple des poèmes homériques, qui étaient récités et scandés. C’était une manière de retenir, pour le côté pratique de la mémoire, mais aussi de transmettre, puisque c’est un verbe important dans notre conversation, de transmettre de génération en génération, par la tradition orale, de grandes histoires, de grands poèmes. Le rythme est ancestral.

Il y a aussi par exemple dans la poésie africaine des poèmes qui sont entre la parole et le chant et je trouve que le rap a cette source-là. Il apporte énormément d’innovations poétiques. Par exemple, le verlan permet de déplacer l’accent tonique, de multiplier les rimes par deux, trois, quatre. Les suffixes ajoutés aussi, changent la rime : c’est du potentiel poétique. Les rappeurs ont des outils comme ceux-là et ne sont pas intimidés face aux règles, aux conventions poétiques et se permettent plein de choses.

Dans l’histoire du rap, ce qui nous intéresse en particulier, c’est l’histoire du flow. Au sein du battement de mesure, d’une cadence, d’un rythme, ils se permettent de fluctuer. Cette notion est très importante pour un comédien : on doit dire des mots et en penser d’autres, respirer le texte d’une manière personnelle, charnelle, notre professeur nous a dit d’aller chercher très en profondeur nos intentions personnelles, de respirer très profondément. Tout est relié, le corps, l’esprit.

Guillaume Loublier : Le rap est avant tout de la parole. Virginie Lou [NDLR : écrivain français] définit la parole ainsi : « C’est un luxe façonné contre la guerre ». Je trouve cela magnifique car la parole en effet, est ce qui permet de nous départir, de renoncer à la violence. Le rap, quand bien même il peut être violent dans ses paroles, montre que cette violence est dans les mots et pas dans la rue.

Valentin Martinie : On exorcise un peu la violence, c’est de l’exutoire. C’est Ärsenik [NDLR : groupe de hip-hop français] qui dit : « Boxe avec les mots ». Voilà, il vaut mieux boxer avec les mots que boxer quelqu’un en pleine face.

« La mission du spectacle est
de poser des questions,
d’opposer des arguments
et de donner matière à réflexion »

 

Bulles de Culture : L’autre pilier de votre spectacle De La Fontaine à Booba, semble-t-il, c’est l’idée qu’on peut revisiter les grands classiques de la littérature, du théâtre sans les dénaturer. On peut les dynamiser sans les dénaturer. Guillaume Loublier, vous estimez dans le spectacle « qu’on n’est pas obligé de réciter une fable de La Fontaine avec une perruque sur la tête ». Prenez-vous vraiment le parti des Modernes contre les Anciens ?

Guillaume Loublier : On incarne, on interprète ces deux entités, la Modernité et les Anciens, ceux qui souhaitent être soudés aux règles d’origine et les autres, un peu plus oxygénés. C’est la guerre perpétuelle, continuelle. Nous, on a voulu mettre en scène cela. On est témoins de cette guerre-là.

Valentin Martinie : La mission du spectacle est de poser des questions, d’opposer des arguments d’un côté et de l’autre et de donner matière à réflexion. A chacun de voir si un chef d’œuvre se suffit à lui-même ou ne peut pas être une source d’inspiration.

Bulles de Culture : Dans De La Fontaine à Booba, vous vous donnez la réplique. Mais vous avez tous deux déjà expérimenté le seul-en-scène. Quelles sont vos impressions sur cet exercice un peu différent ?

Guillaume Loublier : J’ai découvert que quand je m’engageais dans une communication avec le public seul sur scène, je m’abandonne complètement et je me surprends moi-même, alors je surprends les personnes qui m’écoutent. C’est vraiment défier la mort quand on est seul sur scène, on se dit : « Je vais tout donner, je vais tout lâcher, si demain je n’existe plus, au moins je l’aurais fait, avec sincérité ». C’est un défi contre le temps qui passe, contre le cadre de la société, ou celui qu’on s’impose dans notre vie. Finalement, c’est essayer d’être au plus proche de la vie. C’est être au plus proche de soi et se sentir vivant.

Valentin Martinie : Ce qui est sûr, c’est que ce sont des exercices très différents, parce que dans le seul-en-scène, il n’y a pas d’écoute, à part celle du public. Quand on est deux sur scène ou plus, cela demande plusieurs présences. On a certaines choses à ne pas oublier pour ne pas mettre les autres dans l’embarras. Seul, on a une liberté beaucoup plus grande, qui plus est quand on fait du stand-up. Parfois, on ne sait pas dans quel état on va se mettre. C’est une autre aventure, peut-être un peu moins réglée, car on n’est pas tributaire des autres, mais ce sont des exercices différents mais complémentaires car on développe notre patte personnelle, tout seul, qui après nourrira un jeu à deux. Le seul-en-scène est une petite bulle d’expression.

« On prolongera le spectacle
dans d’autres espaces… »

 

Bulles de Culture : Vous reprenez donc début septembre De La Fontaine à Booba à la Royal Factory de Versailles…

Guillaume Loublier : Une des forces de ce spectacle, c’est qu’on ne le laisse jamais tranquille, on le retravaille, on reprend des risques.

Valentin Martinie : Les choses ne sont pas figées. Aller dans une salle dans laquelle on n’a pas joué le spectacle, c’est un nouveau défi.

Bulles de Culture : Et alors, l’avenir ? Un troisième opus de la pièce ?

Valentin Martinie : On peut dire que c’est une troisième version qui sera présentée en septembre. Il y a toujours des petites choses qui vont changer. Même d’un soir à l’autre, on n’est jamais à l’abri d’une surprise.

Guillaume Loublier : Avec Valentin, on a aussi d’autres projets autour de la pièce…

Valentin Martinie : On prolongera le spectacle dans d’autres espaces… On fera vivre le spectacle. On n’en dit pas plus. Ce sera encore une surprise !

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Propos recueillis au café Paris-Europe (Paris, France), le 24 août 2016.

 

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