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A tort et à raison affiche

À tort et à raison par Georges Werler

A tort et à raison affichePlus de seize ans après avoir joué ce texte signé Ronald Harwood (scénariste du film Le Pianiste), Michel Bouquet enfile à nouveau le costume de Wilhelm Furtwängler, chef d’orchestre de la Philharmonie de Berlin durant le régime hitlérien, accusé (à tort ou à raison ?) d’avoir pactisé avec la bête immonde dans À tort et à raison, mis en scène par Georges Werler.
     

Synopsis :

1946. Berlin. Les Alliés ont entrepris la dénazification de l’Allemagne et le commandant Steve Arnold (Francis Lombrail) a en charge le dossier Wilhelm Furtwängler (Michel Bouquet). Convaincu de la culpabilité de ce dernier, il est bien décidé à la prouver.

    
Une confrontation bien menée

 

C’est une mise en scène très classique et un décor réaliste en bois massif que choisit Georges Werler pour le déroulement de cette joute verbale d’À tort et à raison. Si on regrette dès les premières minutes un petit manque de folie et d’audace, on admet volontiers que la mise en scène est néanmoins efficace et qu’elle ne nous ennuie pas au point de céder à la torpeur.

Point du tout.

Les arguments s’opposent et le spectateur n’en loupe pas une miette, donnant raison tantôt à Steve Arnold et tantôt à Wilhelm Furtwängler dans une confrontation dont il est difficile de se faire un avis tranché.

Qu’aurions-nous fait en 33 à la place de Furtwängler ? Rester et du coup se compromettre ? Ou bien partir et abandonner son pays et son peuple ? Peut-on accuser le compositeur de sympathie pour le régime nazi par le simple fait d’être resté ?

La question est complexe, et chacun décidera de la réponse.

Une réflexion sur l’art

 

Face au comportement altier — et un brin surjoué par Francis Lombrail — du commandant Arnold, en qui suintent toute la supériorité et l’insolence du vainqueur, Furtwängler ne s’abaisse pas à donner toutes les preuves de son innocence — il n’est pas dans le décompte sordide du nombre de juifs qu’il a aidés à fuir le régime nazi — mais clame haut et fort l’importance qu’il accorde au pouvoir de la musique et de l’art en général face à l’oppression et la barbarie.

C’est ce discours sur l’art, la grandeur de vue qu’en a le compositeur qui donne tout son intérêt et sa force au texte d’À tort et à raison.

Si, telle est sa conviction, l’art n’a pas à se mêler de politique, la seule chose en son pouvoir était de continuer d’offrir au peuple allemand ce qu’il y a de plus beau, de plus grand. Résister, mais de manière pacifique, en utilisant la musique comme arme d’instruction massive face à l’ignorance et à la sauvagerie.

Un discours merveilleusement porté par un magnifique Michel Bouquet.

Un homme au sommet de son art

 

Si la construction du texte d’À tort et à raison est si habile qu’on opte au fur et à mesure pour l’un ou pour l’autre des deux argumentaires, et on doit bien avouer être plutôt enclin à épouser le point de vue du compositeur.

Et ce, pour la simple et bonne raison que Michel Bouquet est instant après instant criant de vérité. C’est bien là la force des grands acteurs, là où ils se distinguent nettement de leurs partenaires ; ils ne « jouent » pas, ils vivent.

Michel Bouquet parle avec ses tripes, son cœur, et on ne peut que croire à la sincérité et à la conviction du personnage qu’il incarne. C’est merveilleux de justesse et de profondeur. Un régal.

Le reste de la distribution est habile, et participe aussi à nous embarquer dans cette histoire.

Bref, ne manquez pas l’occasion d’applaudir ce génie français qu’est Michel Bouquet dans À tort et à raison et de découvrir un texte à la fois riche et captivant.

 

 

En savoir plus :

  • À tort et à raison au Théâtre Hébertot (Paris, France) du du mercredi 24 février 2016 au jeudi 31 mars 2016

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