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LE MOIS DU CINÉASTE – Michelangelo Antonioni / THE FILMMAKER’S MONTH – Michelangelo Antonioni

© D.R.
Inscrit au panthéon du cinéma italien, Michelangelo Antonioni a transformé à jamais l’image filmique par son sens aigu de l’abstraction. Le cinéaste-auteur émérite n’a eu de cesse d’examiner le mystère sous la composition, de ses débuts en Italie dans les années 40 jusqu’à sa disparition en 2007. Sa collaboration avec l’actrice muse (et partenaire dans la vie) Monica Vitti marque d’un sceau une carrière foisonnante et inspirée, faisant l’apologie de la beauté féminine. Emblématique des états d’âme de la bourgeoisie et de leurs dérives amoureuses, le cinéma d’Antonioni est aussi explorateur des espaces, qu’ils soient physiques ou métaphysiques. Les personnages antonioniens au romantisme discret, silencieux, évoluent dans un monde déconnecté du réel, comme pour mieux laisser parler leur intériorité.

Michelangelo Antonioni is one of the most admired Italian filmmakers for he changed the filmic image forever by bringing it a new sense of abstraction. From his first films in the 40s until his death in 2007, the author never stopped examining the mystery underneath the composition of the frame. His collaboration with muse Monica Vitti (also partner in life) is the cutting-edge of a rich career praising female beauty. Antonioni’s films emblematize bourgeois concerns and their drifting loves, and even more the exploration of spaces, whether physical or metaphysical. Antonioni’s characters are withdrawn romantic people ; they evolve in a world that is disconnected from the real one, thus allowing their inner voice to speak for itself.
More in English >> (Translation in progress, come bubble later)

Monica Vitti et Alain Delon
dans L’Éclipse
© Tamasa Distribution

Scénariste à ses débuts, notamment pour Federico Fellini et Roberto Rossellini, Michelangelo Antonioni entame sa propre carrière de réalisateur avec les courts-métrages Gente del Po et Nettoyage urbain, porteurs de l’esprit néoréaliste de l’Italie d’après-guerre. Son premier long-métrage Chronique d’un amour (1950) se rapproche du film noir américain, tout en esquissant ce qui constituera plus tard les fondements du cinéma antonionien. S’en dégage le thème du double, son sens du déjà-vu et de la ressemblance, ainsi que l’idée de substitution dans les relations amoureuses. Antonioni interroge la disparition des êtres et leur capacité à hanter les vivants, lorsque la présence devient suggérée par l’absence, et ce de manière insidieuse. Enfin il est déjà question d’une fascination pour l’image, à considérer comme une énigme, et pour ce qu’elle peut saisir – jamais que partiellement – de l’enveloppe charnelle.

Après Femmes entre elles (1955), Le Cri (interprété par l’acteur américain Steve Cochran en 1957), c’est avec la trilogie de l’aliénation et de la crise des sentiments, composée de L’Avventura (1960), La Nuit (1961) et L’Eclipse (1962), que l’artiste plonge définitivement son cinéma dans la modernité. Antonioni filme le vide existentiel de la bourgeoisie italienne, à travers le portrait de personnages rompus par l’ennui, tourmentés par le désir, luttant pour préserver leur individualité. Ces femmes et ces hommes parlent peu et ne savent pas s’aimer : ils se tournent le dos les uns aux autres.

Jeanne Moreau, Monica Vitti et Marcello Mastroianni
dans La Nuit
© D.R.

En 1960, l’accueil critique de L’Avventura est véhément : on lui reproche une faiblesse d’intrigue, des zones d’ombres, et des plans séquences interminables (cf. la traversée du couloir). Le personnage féminin d’Anna (Lea Massari) disparaît de façon inexpliquée, sans laisser de trace, privant ainsi le spectateur de point d’identification avant qu’il se « raccroche » au nouveau couple en formation, Claudia (Monica Vitti) et Sandro (Gabriele Ferzetti). L’Avventura obtient pourtant le Prix Spécial du Jury au Festival de Cannes : « For a new movie language and the beauty of its images ». Le film réinvente la flânerie, non pas celle de La Dolce Vita (Federico Fellini, 1960) synonyme d’oisiveté, mais bien celle de l’errance émotionnelle. Le cinéma d’Antonioni est celui d’une exploration spatiale (en milieu urbain comme sur une île rocheuse des Éoliennes), métonymique d’un voyage intérieur, d’un mouvement indicible et névrosé.

« Mais qu’est-ce que l’artiste sinon un sujet ballotté entre deux langages lui aussi, un langage qui exprime, l’autre qui n’exprime pas ? »
M. Antonioni, Lettre à Roland Barthes

Le Désert rouge
© MK2 Diffusion

Antonioni explore en profondeur la métaphysique des espaces avec L’Éclipse. On parle alors d’un cinéma de l’évidement, tant certains plans se trouvent privés de leur substance organique, dépourvus de toute humanité.

Le Désert rouge (1964) marque la quatrième collaboration du réalisateur avec sa muse. Monica Vitti incarne le personnage de Giuliana, mère de famille incapable de s’adapter à un monde en mutation. Le Désert rouge, premier film en couleur d’Antonioni, est une réflexion sur la modernité, son impact sur l’environnement autant que sur les hommes et leur psyché.

Deux ans plus tard, Antonioni signe avec Blow Up (1966) son premier film en anglais et obtient son plus gros succès en salles, lui permettant dorénavant une grande amplitude créative sur ses films. Hyper conceptuel, symptomatique des années 60, Blow Up évoque à nouveau l’obsession pour la surface, l’incommunicabilité des êtres emprisonnés dans une parade sociale (un photographe simule l’acte sexuel avec son mannequin lors d’un shooting, des mimes font semblant de jouer au tennis, etc.), et la quête d’une autre réalité se révélant derrière l’artefact. Thomas (David Hemmings) sonde une photographie prise dans un parc de la banlieue londonienne, dans l’espoir qu’elle lui livre sa vérité cachée…

L’incursion d’Antonioni à Hollywood offre alors le meilleur du psychédélisme, avec les productions internationales Zabriskie Point (1970), dont le final génial embrasse l’abstraction la plus totale, et Profession : reporter (1975). Dans ce dernier, Jack Nicholson y campe un flâneur des temps postmodernes à l’identité usurpée.

L’artiste poursuit son œuvre dans les années 80 et 90 avec des films à la saveur peut-être un peu passée, tels que Identification d’une femme (1982), Par-delà les nuages (1995) qui nous offre toutefois une inoubliable scène d’amour entre Inès Sastre et Kim Rossi Stuart car des plus « intangibles », et Eros en 2004 (les deux autres volets du triptyque sont réalisés par Steven Soderbergh et Wong Kar-Wai) .

Amoureux des femmes, sculpteur d’images, linguiste et poète du mouvement, Michelangelo Antonioni est aujourd’hui célébré dans le monde entier pour la puissance de son œuvre et son inaltérable beauté.

GwenfromNY


En savoir plus :
Bulles de Culture – Le Mois du Cinéaste
http://www.criterion.com/explore/165-michelangelo-antonioni
– Exposition Michelangelo Antonioni à la Cinémathèque Française du 8 avril au 19 juillet 2015

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