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New York Melody (2014), encore une fois ? / Begin Again (2014), once again?

Le réalisateur de Once, John Carney, revient avec un nouveau film musical, se déroulant cette fois-ci à New York : New York Melody. Il s’offre un casting certes plus ambitieux, mais cela suffira-il à séduire un large public comme l’avait fait jadis Once ?

Once’s director John Carney is back with another ‘musical’ set in NYC: Begin Again. Despite a pretty attractive cast, can this new opus keep up with Once’s success ?

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New York Melody est le 6ème film de John Carney, un réalisateur qui s’est précédemment fait connaître pour le film Once en 2006 avec l’histoire d’une rencontre musicale au micro-budget qui avait montré au monde qu’il existait bel un bien un cinéma national irlandais capable de toucher un public international. Once relatait un coup de foudre musical entre un guitariste irlandais, subissant les contrecoups d’une rupture amoureuse, et une jeune immigrée tchèque. Le film, qui bénéficiait d’un budget de 130 000 euros, était un pur produit artisanal, de la production jusqu’à la distribution du film. Son succès avait alors dépassé les espérances de son réalisateur. Falling Slowly, chanson emblématique de Once, a ainsi raflé l’Oscar de la meilleure chanson originale en 2008, une victoire qui est pour beaucoup dans le succès de film au box-office mondial : Once aura rapporté plus de vingt millions de dollars au total (cf. http://lumiere.obs.coe.int/web/film_info/?id=28013). New York Melody, ou Begin Again dans les pays anglo-saxons, marque le deuxième film musical de John Carney. Comme dans Once, un « couple » musical décide d’investir les rues de la ville et de produire un album indépendant en réunissant d’autres artistes à la recherche d’une expérience alternative. New York Melody, qualifié de « feel good movie » de l’été, ne serait-il donc que le « Twice » de John Carney ?

Dans ce nouvel opus de John Carney, Mark Ruffalo offre une interprétation probante – quoiqu’un peu éculée – du producteur déchu reconverti en loser affectueux. Keira Knightley promène sa silhouette gracile et son accent de rose anglaise dans tous les bouges New-Yorkais après que sa pop star de fiancé l’ait larguée pour une autre. Ces deux outsiders se complètent sur le mode des vases communicants, et ont tout pour plaire à un public en mal de belles rencontres. Pourtant, ils n’offrent pas vraiment un duo convainquant, peut-être parce que Keira Knightley affiche sur tous les plans une moue boudeuse qui nous donne l’impression de la voir déambuler dans les décors factices d’un film de mode. Peut-être aussi parce que sa rencontre insolite avec Mark Ruffalo au détour d’un bar où elle pousse la chansonnette est aussi spontanée que le sourire d’un politicien véreux sur des affiches de campagne électorale. New York Melody est pétri de bonnes intentions, mais le panel d’émotions qui découle des solitudes urbaines décrites est policé, aplati. Les conflits empêchant les personnages de réaliser leurs rêves sont résolus en un claquement de doigts. Difficile, donc, de trouver crédible le chagrin de Gretta/Keira Knightley après sa rupture, ou l’impuissance de Dan/Mark Ruffalo à redonner du sens à sa vie.

On a reproché à John Carney de proposer avec ce nouveau film une redite à l’américaine de Once. Ce dernier s’est défendu en comparant ses films musicaux à des peintures que l’on accrocherait à un mur : « les gens ne pourront juger de leur qualité que quand ils en verront dix accrochées ensemble » (cf. http://www.irishtimes.com/culture/john-carney-goes-urban-musical-once-more-1.1862099?page=1). Je trouve l’argument très juste : John Carney entrevoit tout simplement la possibilité d’une renaissance de la comédie musicale au cinéma, genre qui a quelque peu déserté les écrans aujourd’hui. Entre les années 1930 et 1950, alors que plusieurs films musicaux sortaient simultanément, personne ne se posait la question de la pertinence d’une énième apparition de Gene Kelly au cinéma. Il n’y a donc, à mon sens, aucune raison de cracher dans la soupe : rares sont les réalisateurs capables de créer de telles compositions musicales pour les beaux yeux de leurs personnages.

Ce qui est plus problématique, c’est que l’originalité de cette démarche est noyée dans une narration calquée sur la fameuse formule hollywoodienne sur laquelle est bâtie la majorité des films du genre romanesque. On l’a vu précédemment dans l’analyse sommaire de la dynamique Ruffalo/Knightley. Cette narration sans âme ni frontières est d’autant plus décevante que John Carney avait fait naître avec Once l’espoir de bâtir une identité culturelle irlandaise par le biais d’un cinéma dont l’impact serait international. John Carney dit s’être servi de ce premier essai musical comme d’un tremplin pour réaliser le plus ambitieux New York Melody. Cette décision interroge l’aspect le plus épineux du problème ; dans une Irlande où faire un film « local » relève, encore aujourd’hui, de la mission impossible, y avait-il de la place pour un autre Once ? Peut-être pas. Mais il me semble que l’industrie cinématographique irlandaise a, plus que jamais, besoin d’ambassadeurs.

En tournant le dos à l’industrie cinématographique irlandaise, John Carney tourne le dos à un pays oublié des box-offices et des revues de cinéma. Avant de pouvoir s’investir à l’échelle internationale, il serait plus cohérent de bâtir les fondations d’un cinéma national aux racines bien ancrées dans l’identité culturelle de son pays, aussi chauvin que cela puisse paraître. Et c’est dans cet effort national que résidera la force de rayonnement du cinéma irlandais.

Marine J.

Site officiel : http://www.ugcdistribution.fr/film/new-york-melody_228

John Carney has been criticized for making with this new film an U.S. remake of Once. The latter defended himself by comparing his music movies to paintings that you will hang on a wall: « people can then assess them when there are 10 of them » (see http://www.irishtimes.com/culture/john-carney-goes-urban-musical-once-more-1.1862099?page=1). I find the argument quite right: John Carney simply sees the possibility of a revival of the musical cinema, a genre that has now deserted most of our screens nowadays. Between 1930 and 1950, while several musical films were released at the same time, nobody raised the question of the relevance of the umpteenth time appearance of Gene Kelly in cinema. There is therefore, in my opinion, no reason to spit in the soup: few filmmakers are capable of creating such musical compositions for their characters.

What is more problematic is that the originality of this approach is modeled like the famous Hollywood narrative formula that built most of the romantic films. This narration without a soul or border is even more disappointing that John Carney has given us with Once the hope of building an Irish cultural identity through a film whose impact would be international. John Carney says that he used this first musical experiment as a springboard for achieving the more ambitious Begin Again. This decision questions the trickiest aspect of the problem; in an Ireland where to get a « local » movie is, even today, an impossible mission, was there a room for another Once? Maybe not. But it seems to me that the Irish film industry, more than ever, need ambassadors.

By turning his back to the Irish film industry, John Carney turns his back on a country forgotten by box office and film magazines. Before investing internationally, it would be more logical to build the foundations of a national cinema on the cultural identity of the country, no matter how chauvinistic this may be. And this national effort will be part of the strength of the radiance of Irish cinema.

Marine J.

Site officiel : http://beginagainfilm.com

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