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"La tragique histoire de l'incendie du Bazar de la Charité" de Dominique Eloudy-Lenys image documentaire
© ADLTV

[Critique] « La tragique histoire de l’incendie du Bazar de la Charité » (2019) de Dominique Eloudy

À l’occasion de la diffusion sur TF1 de la série Le Bazar de la Charité, la chaine Histoire revient sur le terrible incendie du 4 mai 1897 et en livre les vérités historiques tout en racontant ses légendes. La tragique histoire de l’incendie du Bazar de la Charité de Dominique Eloudy est diffusé ce dimanche 17 novembre 2019. L’avis et la critique de Bulles de Culture sur ce documentaire.

Synopsis :

Le 4 mai 1897 survient un incendie aussi spectaculaire que meurtrier au Bazar de la Charité, ce hangar abritant une œuvre caritative de premier plan. Tous les « people » de l’époque sont là, notamment la célèbre Duchesse d’Alençon, qui n’est autre que la soeur cadette de la non moins célèbre impératrice Sissi. Et ce sont principalement des femmes qui meurent ce jour là, enflammées par des tenues qui deviennent de vraies torches.

La tragique histoire de l’incendie du Bazar de la Charité : quand le fait divers prend des couleurs romanesques

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Avec une narration prise en charge par la comédienne Audrey Fleurot, le documentaire La tragique histoire de l’incendie du Bazar de la Charité de Dominique Eloudy revient sur l’un des faits divers les plus people et les plus journalistiques de la toute fin du XIXe siècle. Tout est réuni pour que l’affaire prenne une ampleur sans précédent : prédictions de voyantes, invité-e-s de marque, événement caritatif, mélange des classes sociales… et morts innombrables et inoubliables.

Car quoi de plus émouvant que ce drame survenu en pleine œuvre de charité ? Comment comprendre ces morts de femmes venues faire le bien ? Si l’on se place du point de vue symbolique, l’incendie du Bazar de la Charité est le presque égal du Titanic. Quand compte en plus parmi les victimes une personne aussi scandaleuse que la Duchesse d’Alençon, sœur de Sissi, fiancée jadis du prince Louis II de Bavière, devenue amante du fils d’un photographe de la Cour quand celui-ci l’éconduit, internée par son mari, le Duc d’Alençon, pour conduite sexuelle pathologique après un adultère… l’Histoire fait mieux que la fiction !

Ajoutez à cela l’ingrédient propre à la tragédie : la catastrophe est prévisible, prévue même par les allégations d’une voyante, et elle se produit pourtant, tout emplie d’une horreur glaçante, d’une terreur effroyable. Est-ce le destin ou le hasard qui joue ses mauvais tours ? Est-ce un signe de l’abandon de Dieu ou de sa fureur ? Toutes les lectures sont possibles !

Un cas d’école en terme de catastrophe

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L’incendie du Bazar de la Charité pose a posteriori les bases de toute une anticipation des risques autant que celles d’une prise en charge scientifique de victimes produites en masse et difficilement identifiables par leurs familles. Les défis à relever sont de taille. Et la presse se repaît des détails les plus sordides qui entourent les corps et leur reconnaissance.

Car en terme de désastre, cet incendie frappe fort : six minutes pour que le feu prenne massivement, quinze minutes pour que la structure du hangar s’écroule, quarante-cinq pour qu’il ne reste plus que cendres et squelettes blanchis par le feu du festif événement qui se tenait là, en plein Paris. La tragique histoire de l’incendie du Bazar de la Charité rend à nos yeux l’effarement du drame inimaginable.

La problématique est aussi celle de la gestion des cadavres : comment identifier un cadavre quand le feu a brûlé chairs et vêtements, et consumé presque tout ce qui pouvait servir de base à une reconnaissance du corps. Le cadavre même de la Duchesse d’Alençon fait figure de premier exemple, un triste premier exemple, où la dentition remplace l’identification visuelle. Les fondements scientifiques de la médecine légale sont lancés.

Un désastre qui sélectionne parmi les sexes… voire les classes

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Les femmes étaient certes massivement présentes, lors de cet événement caritatif. Mais elles n’étaient pas seules. Les chiffres présentent une réalité sidérante. Une extrême majorité d’homme a survécu quand une immense majorité des femmes a succombé. Les légendes vont bon train, alimentant l’idée d’hommes ayant joué de cannes et de coups pour se frayer un chemin dans la panique et sauver leur peau.

À l’inverse, les femmes — prises dans des tenues dont le nettoyage à sec se fait à base d’essence et dont les chapeaux comportent paille et osier — meurent en grand nombre, rassemblées autour des maigres issues et des portes condamnées du hangar. Si la mort tue indifféremment parmi les classes sociales, La tragique histoire de l’incendie du Bazar de la Charité montre qu’elle s’acharne visiblement davantage sur les femmes.

Les hommes qui brillent à travers le drame sont de petites gens, cochers, grooms, sauveteurs venus en nombre pour tenter de sauver celles qui se sont transformées en véritables torches humaines. Faut-il donc fustiger ces oisifs qui n’ont sauvé qu’eux-mêmes tandis que c’est la classe laborieuse qui a entrepris un sauvetage risqué ? Il le semble bien !

Romanesque donc et jusqu’au bout ce tragique incident. Surprenant, oui et jusqu’au bout ce terrible fait divers. Et parce que le people vend encore, mais que c’est une société qui n’est plus la nôtre que l’on observe à travers l’événement, La tragique histoire de l’incendie du Bazar de la Charité mérite bien un petit saut dans cette fin de XIXe siècle où l’ancien système vacille et où la modernité affleure.

En savoir plus :

  • La tragique histoire de l’incendie du Bazar de la Charité est diffusé sur la chaîne Histoire le dimanche 17 novembre 2019 à 20h40, puis le lundi 18 novembre 2019 à 23h15, le 24 novembre 2019 à 15h, le 30 novembre 2019 à 18h45, le 9 décembre 2019 à 23h15 et et le 27 décembre 2019 à 22h
  • Durée du documentaire : 51 minutes

Morgane P.

Rédactrice/Editor chez Bulles de Culture
Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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Morgane P.

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