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Vanessa Paradis dans le film Un Couteau dans le coeur avis critique cannes 2018
© Memento Films Distribution

[Critique] « Un couteau dans le coeur » (2018) : Yann Gonzalez revisite le genre à la sauce porno gay

Un couteau dans le cœur, film français du réalisateur Yann Gonzalez avec Vanessa Paradis, a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2018. L’avis et la critique film de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Paris, été 1979. Anne (Vanessa Paradis) est productrice de pornos gays au rabais. Lorsque Loïs (Kate Moran), sa monteuse et compagne, la quitte, elle tente de la reconquérir en tournant un film plus ambitieux avec son complice de toujours, le flamboyant Archibald (Nicolas Maury). Mais un de leurs acteurs est retrouvé sauvagement assassiné et Anne est entraînée dans une enquête étrange qui va bouleverser sa vie.

Yann Gonzalez perfectionne son style sans rien perdre de sa folie

Si la sensation d’hier en compétition au Festival de Cannes 2018 était assurément Capharnaüm de Nadine Labaki, Un couteau dans le cœur pourrait bien devenir une des sensations du cinéma français indépendant en 2018. On avait été frappé en 2013 par l’originalité, la folie étrange du style Yann Gonzalez dans Les rencontres d’après minuit. Malgré pas mal de maladresses de premier film, il y avait là quelque chose de nouveau qu’on espérait revoir dans un film plus abouti. Les sélectionneurs de la compétition ne s’y sont pas trompés, hier soir dans le Grand Théâtre Lumière du Palais des Festivals, petit Yann est devenu grand.

Un couteau dans le cœur : un hilarant-conte-tragique-porno-gay-gore

En 1979, un serial killer homosexuel s’attaque à des acteurs de porno gay de seconde zone. Anne, la productrice jouée par Vanessa Paradis décide de transformer chaque épisode du carnage en un film hilarant de kitsch. Bien qu’effondrée par sa rupture avec Loïs (Kate Moran), la monteuse de ses films, Anne décide de mener l’enquête. Un couteau dans le cœur oscille entre conte gore, magie noire, série B partouzeuse et tragédie amoureuse, dans une esthétique léchée et vintage que la musique de M83 rehausse à merveille. Le résultat est un objet cinématographique étonnamment cohérent, d’un rare cachet.

Vanessa Paradis à bras le corps dans le sexe kitsch

Côté acteurs, on retrouve avec joie Nicolas Maury (série Dix pour cent), toujours aussi hilarant en archétype du gay maniéré, ici, entre le metteur en scène porno et l’actrice queer. Comme lui, la magnifique Kate Moran nous revient des Rencontres d’après minuit sublimée. Vanessa Paradis, dont on aurait pu craindre qu’elle « mainstreamise » le style Yann Gonzalez, prend son personnage à bras le corps sans se débiner le moins du monde face aux scènes de sexe ou à l’humour mauvais goût. Parfois très touchante dans l’émotion, la crédibilité de son jeu pâtit cependant à une ou deux reprises d’un phrasé maniéré qui ressemble à sa diction de chanteuse. Ses tenues subliment son corps chétif et musclé pour lui donner un chien qu’on ne lui avait pas connu depuis longtemps — mention spéciale d’ailleurs aux costumes qui magnifient l’esthétique générale du film.

Notre pronostic pour le palmarès du Festival de Cannes 2018 ? Pourquoi pas un Prix d’interprétation pour Vanessa Paradis. Mais malgré la dizaine de minutes d’applaudissements offerts à Un couteau dans le cœur après la projection, la concurrence semble bien rude pour cette année.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 27/06/2018
  • Distribution France : Memento Films Distribution
Marie Deconinck

Marie Deconinck

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Comédienne franco-québécoise, scénariste à mes heures et surtout obsédée de cinéma, j'aime les oeuvres flamboyantes et hypersensibles (Terrence Malick, Leos Carax, Charlie Kaufman, Xavier Dolan, David Lynch, Les frères Coen, Coppola...).

Top 5 Cinéma : "Nos meilleures années" (2003),"The Tree of Life" (2011), "Fargo" (1996), "Apocalypse Now" (1979), "Les enfants du paradis" (1945), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004)
Marie Deconinck

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