//insérer vidéo facebook
enfr
Accueil / CINEMA / [CRITIQUE] “Jeune femme” (2017) de Léonor Serraille : La Caméra d’or du Festival de Cannes 2017
jeune femme affiche

[CRITIQUE] “Jeune femme” (2017) de Léonor Serraille : La Caméra d’or du Festival de Cannes 2017

Jeune femme, Caméra d’or au Festival de Cannes 2017, a propulsé Léonor Serraille parmi les réalisatrices émergentes qui renouvellent le cinéma français. Après Julia Ducourneau (Grave), Houda Benyamina (Divines) et Léa Mysius (Ava), encore un premier film coup de poing ? Notre avis et critique.

Synopsis :

Un chat sous le bras, rien dans les poches, voici Paula (Laetitia Dosch), de retour à Paris après une longue absence, et tout juste larguée par l’homme qui l’entretenait. Au fil des rencontres, la jeune femme est bien décidée à prendre un nouveau départ.

Jeune femme : un parcours initiatique sans mentor

jeune femme image 1
© Shellac

Le long métrage Jeune femme s’ouvre par le spectacle de Paula, une trentenaire hurlante et hystérique [NDLR : terme stigmatisant sur la gente féminine utilisé à dessein] qui n’a jamais travaillé de sa vie et perd pied après avoir été abandonnée par l’homme qui l’entretenait. À première vue pas très 2017, la jeune femme. Partant de cette base, Léonor Serraille nous emmène suivre son personnage dans ce qui se révèle être non pas une reconstruction, mais une construction. La paumée erratique se trouve des ressources, une capacité d’adaptation. D’abord inconséquente elle devient responsable. D’abord obsédée par un sale type, elle apprend à s’entourer des bonnes personnes et à congédier les autres en douceur. Petit à petit Paula acquiert une consistance par ses propres moyens, s’affirme loin des archétypes de femmes fortes aux dents longues. Autrement dit, loin du féminisme d’ancienne garde récemment incarné par Numéro Une (2017), le dernier Tonie Marshall (sorti le 11 octobre).

Une histoire artificielle aux attributs réalistes

jeune femme image 3
© Shellac

À l’image de l’univers parisien sans fard du film Jeune femme, les attributs de Paula — imparfaite, parfois belle, parfois pas belle, mince pas si mince — collent avec le monde réel. Pourtant, dans son parcours entre un point A et un point B totalement opposés, Paula s’apparente à un héros contemporain créé de toutes pièces, pour la démonstration. Les bases dramatiques semblent parfaitement artificielles en vue de créer un message. La Paula qui ne possédait aucun socle de vie — métier, parents, autonomie, éducation, condition sociale… — trouve en elle-même les moyens de son épanouissement, de façon à la fois non conventionnelle, paisible et heureuse. Message: même dans les pires conditions de départ, les femmes possèdent les ressources de leur propre salut. Ça va mieux en le disant, mais l’important n’est pas la conclusion: tout est dans le geste.

Le spectateur suit Paula étape après étape, vit sa vie avec elle. Son parcours devient une berceuse de moments, interprétée par une actrice spontanée, vraie et subtile, Laetitia Dosch. Quand c’est fini, on se sent comme dépossédé d’une amie avec laquelle on aurait cheminé bien plus longtemps que les deux heures du film. Elle nous a dit bonjour en hurlant, elle nous dit au revoir d’un souffle délicat, et chacun retourne à sa vie. Comme à la fin d’un très long roman, il y a un certain sentiment de déchirement à quitter Paula. La gueule dans l’eau, seul avec soi-même, on est forcé de repartir à notre tour affronter le monde.

Boom de femmes réalisatrices ou boum de La Fémis ?

jeune femme image 4
© Shellac

De Divines (Caméra d’or 2016) à Avaen passant par Grave et maintenant Jeune femme, beaucoup des premiers films français qui ont récemment bluffé public et critiques sont réalisés par des femmes. Hasard? Probablement. Anecdote? Probablement pas, car ces films comportent des points communs tels que des sujets relevant de la lutte pour l’épanouissement (Divines, Ava, Jeune Femme) ou encore de la découverte du désir (Grave, AvaDivines). Autre point commun frappant: parmi ces quatre réalisatrices, trois viennent de La Fémis. Léonor Serraille, Julia Ducourneau (Grave) et Léa Mysius (Ava) ont ainsi réalisé leur premier long-métrage avec ce qui était au départ un scénario de fin d’études. À la fin de leurs trois ans d’école, les élèves des sections Scénario et Réalisation de La Fémis doivent en effet présenter un script de long-métrage pour obtenir leur diplôme. Or, plusieurs d’entre eux concrétisent ensuite le projet. Une façon de gérer la transition entre école et vie professionnelle avec un solide canevas entre les mains. Loin du sacerdoce du réalisateur autodidacte qui franchit chaque étape de sa carrière entre débrouillardise et rencontres structurantes, La Fémis semble connaître par ce biais une période faste de jeune diplômé(e)s à succès.

Au final, parmi tous ces premiers films réalisés par des femmes, celui de Léonor Serraille est certainement moins mémorable et coup de poing que Grave. Il ne marquera probablement pas autant les esprits que Divines. Mais il apporte un nouveau regard “féministement humain”, qui donne très envie de suivre avec attention le déploiement futur de sa réalisatrice.

En savoir plus :

  • Jeune femme a remporté la Caméra d’or au Festival de Cannes 2017 et le Prix du jury du film français indépendant au Champs-Élysées Film Festival 2017
  • Date de sortie France : 01/11/2017
  • Distribution France : Shellac
Marie Deconinck

Marie Deconinck

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Comédienne franco-québécoise, scénariste à mes heures et surtout obsédée de cinéma, j'aime les oeuvres flamboyantes et hypersensibles (Terrence Malick, Leos Carax, Charlie Kaufman, Xavier Dolan, David Lynch, Les frères Coen, Coppola...).

Top 5 Cinéma : "Nos meilleures années" (2003),"The Tree of Life" (2011), "Fargo" (1996), "Apocalypse Now" (1979), "Les enfants du paradis" (1945), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004)
Marie Deconinck

Laisser un commentaire