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[CRITIQUE] “Baby Driver” (2017) : Edgar Wright à 200 à l’heure !

On savait qu’Edgar Wright en avait sous le capot. Mais avec son nouveau film Baby Driver, le réalisateur anglais passe la vitesse supérieur et nous fait une superbe démonstration de toute la virtuosité de sa mise en scène. Cool, fun et endiablé, Baby Driver va vous faire flasher ! Notre critique et avis. 

Synopsis :

Chauffeur pour des braqueurs de banque, Baby (Ansel Elgort) ne compte que sur lui-même pour être le meilleur dans sa partie. Lorsqu’il rencontre la fille de ses rêves (Lily James), il cherche à mettre fin à ses activités criminelles pour revenir dans le droit chemin. Mais il est forcé de travailler pour un grand patron du crime (Kevin Spacey) et le braquage tourne mal… Désormais, sa liberté, son avenir avec la fille qu’il aime et sa vie sont en jeu…

Baby Driver : un film unique en son genre

 

Baby, est un getaway driver, un pilote hors pair ayant pour rôle de conduire les braqueurs de banques en sécurité après leurs méfaits. En plus de son incroyable talent derrière le volant, Baby se distingue aussi par une autre particularité: il travaille constamment en musique. Souffrant d’un acouphène depuis son plus jeune âge, Baby a pris l’habitude d’écouter de la musique 24h sur 24 pour noyer le douloureux sifflement.

C’est donc au rythme d’une soundtrack ultra cool que le spectateur suit les périples de Baby, qui choisit lui-même les morceaux pour chacune des scènes du film. Baby Driver fait ainsi preuve d’une interactivité musicale et cinématographique sans précédents où une simple scène de course au magasin du coin devient presque aussi cool qu’une course-poursuite en plein centre ville!

Et si vous avez peur que le concept ne tienne pas la route ou que la musique ne prenne trop le dessus sur le reste, n’ayez craintes. Baby Driver est piloté par un as de la mise en scène. Un cinéphile virtuose qui concocte ce film depuis plusieurs années et qui, surtout, arrive à tenir toutes ses promesses.

Le bébé d’Edgar Wright

 

Baby Driver tient une place particulière dans la filmographie d’Edgar Wright. Tout d’abord, c’est le premier film qu’il écrit seul. Son film précédent, Scott Pilgrim VS The World, était une adaptation du comic book signé Bryan O’Malley. Quand à sa célèbre “trilogie Cornetto” (Shaun of The Dead, Hot Fuzz et Le dernier pub avant la fin du monde), il l’a entièrement co-écrite avec son pote Simon Pegg.

Baby Driver est aussi et surtout un projet qu’Edgar Wright couve depuis plus de vingt ans… Pendant le montage de son premier film en 1995 (A Fistful of Fingers), le réalisateur découvre la chanson Bellbottoms du groupe Jon Spencer Blues Explosion. En l’écoutant, il s’imagine immédiatement une course-poursuite et commence déjà à la visualiser au rythme de la musique. Le concept de Baby Driver est né et 22 ans plus tard, c’est cette même chanson qui accompagnera la séquence d’ouverture du film.

Entre temps, Edgar Wright aura entretenu cette manie de visualiser des séquences cinématographiques dès qu’un morceau de musique l’inspire. Si bien qu’au moment d’écrire concrètement le scénario de Baby Driver, le réalisateur aura déjà huit morceaux bien en tête pour le film, avant même de vraiment connaître l’histoire ou les personnages qui en feront partie.

 

Mais pour en arriver là, Edgar Wright va prendre soin de mettre à l’épreuve son concept “cinématographiquo-musical”. Dès 2003, il réalise un clip basé sur ce procédé de mise en scène, clip qui se révèle aujourd’hui être un véritable embryon de Baby Driver. Et le cinéaste ne s’arrête pas là. Un an plus tard, il intègre ce même concept dans une séquence de Shaun of the Dead (la scène de matraquage de zombie synchronisée sur le titre Don’t Stop Me Now de Queen), le film qui le révèlera au grand public.

Malgré ce succès, il faudra attendre 2014 —suite à la débandade de Ant Man, qu’il développa pour finalement quitter le projet juste avant le début du tournage— pour que le réalisateur se décide enfin à lancer la production de son précieux projet. L’attente fut longue mais quand on voit le résultat, on comprend largement pourquoi.

La quintessence d’une mise en scène aboutie

 

 

La mise en scène d’Edgar Wright a toujours reposé sur une conception fusionnelle entre l’écriture, le découpage et le montage. Un travail complexe qui nécessite un contrôle total à chaque étape du film, de la pré-production à la post-production —d’où la débâcle de Ant-Man : impossible pour quelconque réalisateur de garder un tel contrôle sur un film de franchise de cette envergure.

Dans ce sens, Baby Driver est en quelque sorte la quintessence de cette approche cinématographique. L’intégration méta/intradiégétique de la soundtrack à la dramaturgie relie ainsi totalement la mise-en-scène et le découpage/montage avec le scénario et l’action du film, jusqu’au jeu des acteurs qui va aussi devoir s’accorder au rythme de la musique.

Le résultat est vraiment bluffant, comme le témoigne l’excellent plan séquence suivant Baby en train d’aller acheter des cafés pour l’équipe. Une scène banale en soi (comparée aux scènes d’action) mais qui devient presque aussi divertissante, grâce à une chorégraphie méticuleusement travaillée qui nécessita pas moins de 28 prises —vous pouvez lire ici, en anglais, une description approfondie du tournage de cette seule séquence par Edgar Wright himself.

Pour en arriver là, le cinéaste anglo-saxon a dû se surpasser comme jamais auparavant. Et toute l’expérience qu’il a accumulé au cour de sa carrière, parallèlement à la longue gestation du projet, semble justement l’avoir préparer pour relever cet incroyable défi de mise en scène.

Un travail minutieux…

 

Edgar Wright a toujours minutieusement préparer ses films. Chaque plan, chaque mouvement de caméra, chaque détail du film est réfléchi dès la conception du scénario —les scripts interactifs en ligne de sa trilogie Cornetto sont extrêmement instructifs pour comprendre son workflow si particulier.

Mais pour Baby Driver, Edgar Wright a dû faire preuve d’encore plus de rigueur. Il a ainsi écrit un scénario plus abouti que jamais, avec une version digitale interactive synchronisée à un Ipod équipé d’une appli spéciale. Lors de la lecture, il était alors possible de cliquer sur des logos incrustés dans les pages du script pour lancer automatiquement les morceaux correspondants à la scène, et ce dans un parfait timing avec la dramaturgie!

Ce travail minutieux s’étendit naturellement pendant le tournage. Pour une majorité des scènes, les acteurs étaient équipés d’une oreillette discrète afin que leurs mouvements, déplacements ou dialogues soient parfaitement en rythme avec la musique que Baby écoutait à ce moment précis du film. Kevin Spacey confia d’ailleurs par la suite qu’il n’était pas toujours évident de se retenir de danser sur le groove de la soundtrack…

Enfin, pour s’assurer d’avoir le timing parfait pour chaque scène, Edgar Wright supervisa le montage en même temps que le tournage. Paul Machliss, l’un des monteurs du film, était même présent sur le plateau pour monter les plans directement. Un travail efficace qui n’empiéta aucunement sur le précieux temps de tournage du fait de la confiance et la connivence entre les deux hommes  —qui se connaissent depuis leurs débuts, sur la série Spaced (Les allumés, 1999-2001).

… pour un résultat spectaculaire!

 

Les courses-poursuites sont évidemment les scènes les plus spectaculaires du film. Le même travail minutieux appliqué à de telles séquences est en soi une prouesse remarquable. Si l’on ajoute à cela le fait que toutes les scènes de voiture furent tournées sans effets numériques ni fonds verts, la tâche relève de l’exploit.

Edgar Wright est attaché aux films du genre fait dans les années 70 (de William Friedkin à Walter Hill). Et comme son ami Tarantino avant lui (avec Death Proof), il va prendre soin de filmer ses séquences sans truquages numériques, à l’ancienne, pour le ressenti si brut et sensationnel qui en découle.

Difficile de se représenter l’envergure de la tâche. Mais pour se faire une idée, il aura fallu pas moins de huit week-ends pour tourner la seule scène d’ouverture sur l’autoroute I-85 traversant Atlanta —la production n’ayant le droit de bloquer cette route majeure que les week-end puisque la scène se déroule de jour.

Et malgré la préparation irréprochable du réalisateur, le tournage de scènes de telles ampleurs peut réserver quelques imprévus. Bill Pope (le célèbre chef opérateur qui travaille avec Edgar Wright depuis Le dernier pub avant la fin du monde) remarqua par exemple que l’une des courses-poursuites allait être trop longue comparée à la musique sur laquelle elle devait se calquer.

Le réalisateur plein de ressources détourna alors ce problème à son avantage: Baby devra simplement rembobiner un peu la chanson en pleine séquence pour qu’elle finisse synchrone avec l’action. Une idée ingénieuse apportant un décalage humoristique parfaitement en phase avec le concept ludique du film.

Les personnages au premier plan

 

Comme toujours chez Edgar Wright, en dépit du genre abordé et des séquences visuelles élaborées, ce sont les personnages qui sont véritablement au cœur du film. Avec Baby Driver,  le cinéaste profite de l’univers criminel pour développer des personnages plus complexes qu’ils n’y paraissent. Chaque braqueur, Baby y compris, joue un double jeu, partagé entre la personnalité affichée en groupe et celle qui se cache derrière la façade.

Ansel Elgort (Nos étoiles contraires) et Lily James (Cendrillon) sont attachants dans leur interprétation du jeune couple candide et intemporel. Mais ce sont surtout les seconds rôles qui volent la vedette, ce qui n’a rien d’étonnant vu le calibre du casting.

Kevin Spacey (House of Cards, Elvis & Nixon) est dangereusement envoûtant dans le rôle de Doc, sur le seuil de l’empathie et de l’intimidation meurtrière. Quand à Jamie Foxx (Les 8 salopards, Comment tuer son boss 1 & 2), il crève toujours autant l’écran avec cette fois un charisme on ne peut plus inquiétant dans la peau de l’effrayant Bats.

Mais la partition la plus surprenante reste celle de Jon Hamm, le seul acteur qu’Edgar Wright avait en tête en écrivant le scénario. On soupçonnait son potentiel derrière sa belle gueule en voyant la facilité avec laquelle il pouvait passer du drame sérieux (Mad Men, Black Mirror) à la comédie (Parks and Recreation, 30 Rock, Wet Hot American Summer…). Mais dans le rôle de Buddy, il balaye tout sur son passage et on ne le voit même pas venir!

 

Baby Driver est le film le plus abouti qu’ait réalisé Edgar Wright. Le découpage, le montage, la chorégraphie, le jeu d’acteur, tout s’orchestre au rythme de la soundtrack avec un facilité déconcertante. Et c’est là que réside tout le talent du cinéaste : faire passer une mise en scène si complexe et sophistiquée pour un simple jeu d’enfant.

On vous conseille donc de voir Baby Driver le plus rapidement possible… pour pouvoir y retourner une seconde fois plus tard! Avec les nombreux trésors de mise en scène que recèle ce film, ça ne sera pas de trop!

 

 

En savoir plus :

Emilio M.

Emilio M.

Rédacteur / Editor chez Bulles de Culture
Passionné de films et de séries, made in USA et d’ailleurs…

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Emilio M.

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