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[ITW] Sepideh Farsi (Red Rose, 2015)

Je pense que le sujet tourné par un homme

aurait été fait différemment

 

Red Rose - image
© Urban Distribution

 

BdC : Le personnage de Sara, interprété par Mina Kavani, est magnétique et occupe beaucoup l’écran. En dehors du contexte politique en lui- même, peut-on parler d’une approche féministe ?

SF : Si, on peut dire ça. Je pense que le sujet tourné par un homme aurait été fait différemment, bien sûr. C’est vrai que l’idée du scénario vient d’un homme et je partage la portée féministe avec mon complice Javad puisqu’il est à l’origine (sourires). Mais je pense que après, il y a des choses qui sont venues par le fait que j’étais moi derrière la caméra. Par exemple, dans le fait que dans les scènes de sexe et notamment dans la seconde scène, qu’il y ait des plans où elle est au dessus. 

BdC : Elle est souvent au-dessus… (sourires)

SF : Oui, et dans cette fameuse deuxième scène qui est très agressive, je voulais cette agressivité, je voulais qu’elle s’impose à lui et ça par exemple, c’est peut-être un regard de femme qui l’a fait, dans la façon dont je lui ai demandé de dégager l’énergie, la rage de Sara, et qu’elle prenne le dessus, et que ce soit elle qui mène la barque dans certaines positions et globalement dans le scénario.

Il y a donc une partie qui est due au scénario et c’est Javad qui avait déjà cette idée-là, mais j’ai orienté encore plus le film dans ce sens. Pas uniquement parce que je suis une femme, mais aussi parce que cela me semblait plus juste pour représenter cette génération de jeunes femmes iraniennes. Elles sont plus articulées, très précises dans leur demande, pleines de velléités. Elles sont rentre-dedans, parfois même un peu trop ! Au début du film, Sara énerve, elle excède un tout petit peu. C’est fait exprès parce que ces jeunes-là sont comme ça ! A peine arrivée, elle tutoie les gens… 

C’est peut-être une composante de la jeunesse d’aujourd’hui, pas seulement en Iran mais partout dans le monde ! Les médias, Internet ont créé une sorte de globalisation qui n’existait pas. Avant, on allait d’une ville à une autre et les comportements étaient différents, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. il y a donc cette généralisation qui, associée à la spécificité iranienne, fait que cette génération est très « pushy » ! C’est à la fois excessif et intéressant. Mais je pense qu’elle s’humanise dans le film. Au début, elle est très arrogante et après elle s’ouvre au fur et à mesure qu’elle devient amoureuse. 

BdC : Il y a quelque chose de frappant dans sa façon de parler. Elle utilise beaucoup d’images, une pratique pas forcément de sa génération. Etait-ce voulu pour lui donner malgré sa jeunesse une certaine profondeur ?

SF : Oui, c’est une fille atypique. Elle a un côté très brut de décoffrage dans sa façon de parler et des éléments plus raffinés, ou alors cocasses. Et effectivement, même si on a beaucoup improvisé, c’était voulu.

Fanny N.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
J'aime rire, j'aime pleurer, l'aime danser, j'aime chanter et tout ça, je le vis souvent au cinéma.

TOP 3 Cinéma : "Légendes d'automne" (1994), la saga "Le Parrain", "La Jeune fille à la perle" (2003)
Fanny N.

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