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Big Eyes (2014), Tim Burton nous fait de l’œil / Tim Burton’s wink at us

Vingt ans après Ed Wood (1995), Tim Burton renoue avec le biopic : inspiré par la vraie vie de Margaret Keane – interprétée à l’écran par Amy Adams – et de son mari Walter Keane – joué par Christoph Waltz -, Big Eyes est une comédie réjouissante qui tranche avec la filmographie du réalisateur.

Twenty years after Ed Wood (1995), Tim Burton returns to biopic : inspired by the real life of Margaret Keane – played by Amy Adams on screen –  and her husband Walter Keane – played by Christoph Waltz -, Big Eyes is a delightful comedy that contrasts with the filmography of the director.

More in English >> (Translation in progress, come bubble later)

Synopsis : Big Eyes raconte la scandaleuse histoire vraie de l’une des plus grandes impostures de l’Histoire de l’Art. À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses.

La surprenante et choquante vérité a cependant fini par éclater : ces toiles n’avaient pas été peintes par Walter mais par sa femme, Margaret. L’extraordinaire mensonge des Keane a réussi à duper le monde entier. Le film se concentre sur l’éveil artistique de Margaret, le succès phénoménal de ses tableaux et sa relation tumultueuse avec son mari qui a connu la gloire en s’attribuant tout le mérite de son travail.

© StudioCanal

Si le synopsis ne laisse aucunement présager que Big Eyes a été réalisé par Tim Burton, la scène inaugurale annonce la couleur, ou plutôt les couleurs : dans une coquette et bariolée banlieue américaine des années 50, Margaret, élégamment interprétée par Amy Adams, plie bagages, bien décidée à quitter son rôle d’épouse modèle. Elle part s’installer à San Francisco avec sa fille où elle retrouve sa meilleure amie DeAnn (Krysten Ritter), femme très émancipée pour l’époque, qu’on regrette de ne pas voir plus souvent dans le film.

Mais Margaret, fragile mère célibataire influençable, ne tarde pas à se remarier : à peine rencontre-t-elle Walter Keane (Christoph Waltz) qu’elle l’épouse. Il faut dire qu’au premier abord, il a tout du prince charmant. Mais le sourire carnassier de Waltz sous-tend parfaitement le scandaleux dessein de son personnage. Discrète, Amy Adams est un peu écrasée par son partenaire bouffonesque et bavard. On pourrait trouver cela dommage mais c’est en fait parfaitement en accord avec leurs personnages.

© StudioCanal

Artiste raté, Walter Keane n’est pourtant pas dépourvu de talents : sens du commerce, charisme et entregent lui sont indéniablement innés. Tel un as de la publicité, il s’arrange pour “créer le buzz” autour de la première exposition des tableaux Big Eyes. Il se lie d’amitié avec un journaliste et l’engouement médiatique est lancé : bientôt, toute la ville accourt pour regarder et acheter ces drôles de peintures, pourtant très kitsch. L’épigraphe du film, signé Andy Warhol, commence à faire sens : “I think what Walter Keane has done is just terrific. It has to be good. If it were bad, so many people wouldn’t like it”.

Les premiers questionnements apparaissent : qui peut juger de la valeur d’une œuvre d’art ? Le succès populaire est-il synonyme de qualité ? Ou au contraire de médiocrité ? Le parallèle est bien sûr rapidement établi entre ces tableaux et les films de Burton, d’autant que les enfants peints rappellent l’univers des Noces Funèbres (2005) ou de L’Étrange Noël de Mr Jack (1993).

© StudioCanal

Les apparitions de Jason Schwartzman, galeriste très snob, offrent un plaisant contrepoint au couple Keane. Horrifié de voir s’installer une Galerie Keane en face de sa galerie d’art moderne, ce hipster avant l’heure juge les Big Eyes médiocres, voire hideux. Il assiste même, effaré, à la marchandisation à l’extrême des tableaux de Keane lorsque Walter a l’idée de vendre pour quelques dollars des reproductions sur posters et cartes postales.

L’art devient accessible à tous : est-ce la naissance de l’art populaire, le “pop art” ? Grâce à cette idée qui frôle le génie commercial, Burton se moque tout autant des bourgeois qui se précipitent sur l’artiste à la mode pour en posséder une copie que des critiques d’art, incapables de trouver la moindre valeur à toute œuvre devenue populaire.

À part une scène où l’on voit les yeux de clients d’un supermarché prendre une taille démesurée, le réalisateur ne montre aucune scène fantastique ou surréaliste. Avec Big Eyes, Tim Burton sort de son univers bien connu, devenu comme les tableaux très populaire, et cette sortie de route est plutôt réussie. Hors de ses sentiers battus, il s’autorise une réflexion sur l’œuvre d’art et ses liens avec l’artiste, l’argent et le public. Avec le couple Margaret/Walter, il soulève de nombreuses questions : reste-t-il de l’amour entre ces deux personnages ? Ou ne s’agit-il que d’un contrat entre un artiste et son manager ? Derrière ce couple, ne se dessine-t-il pas un autoportrait du réalisateur ?

Artiste fantasque, parfois incompris des critiques élitistes, Burton est également un fin marketeur et un excellent communicant. En montrant ainsi un succès populaire fulgurant, grâce à la peinture d’un univers pop-gothico-kitsch puis le malaise de l’artiste qui n’en peut plus de peindre les mêmes personnages et tente d’autres sujets, le film ferait-il allusion à la carrière du cinéaste ?

Entre réflexion sur l’art et autoportrait tout en finesse, Big Eyes est finalement une comédie bien plus Burtonesque qu’on pourrait le croire au premier abord. Simple récréation ou véritable tournant dans la carrière du cinéaste ? Affaire à suivre.

Lauriane

En savoir plus :
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– Date de sortie France : 18/03/2015

Lauriane N.

Lauriane N.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Cinéphile dilettante, j'aime qu'on me raconte des histoires.

Top 3 Cinéma : "Mulholland Drive" (2001), "Mommy" (2014), "Volver" (2006)
Lauriane N.

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