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[Critique] « Whiplash » (2014) : L’accouchement dans la douleur

Xavier Dolan a du souci à se faire : un autre jeune surdoué stakhanoviste vient de faire surface. Damien Chazelle, 29 ans, réalisateur franco(corico)-américain diplômé d’Harvard, a raflé en 2014 le Grand Prix ET le Prix du Public au Sundance Film Festival ET au Festival du Cinéma Américain de Deauville avec son PREMIER long-métrage Whiplash ! Un film sur le jazz, l’éducation et la création dans lequel l’excellent J.K Simmons (Oz, Spider-Man, Juno et des dizaines d’autres) campe enfin un — presque — premier rôle. L’avis et critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

Whiplash dépeint une certaine idée de la quête artistique à travers la lutte acharnée d’Andrew (l’ultra trendy Miles Teller), un jeune batteur de jazz martyrisé par son professeur Terence Fletcher (J.K. Simmons), qui pense de cette façon tirer le meilleur de lui. Fletcher est-il un tortionnaire dangereux ou un ascète accoucheur de génies ? c’est la question que pose le film.

Whiplash : une frénésie visuelle et sonore

© Daniel McFadden

Damien Chazelle, lui-même ancien batteur de jazz et mélomane passionné, tente de porter à l’écran ses sensations de musicien. Le lieu central du film Whiplash est la salle de répétition du Studio Band, l’orchestre dirigé par Fletcher dans lequel Andrew cherche désespérément à se faire une place. Le spectateur assiste à de multiples séquences musicales, ultra découpées et alimentées de nombreux inserts, et se trouve ainsi pris dans une frénésie visuelle et sonore. Une frénésie cependant tempérée par une image aux couleurs chaudes trop propre et un peu attendue dans un film sur le jazz.

Le film ne parvient pas à envoûter ou émouvoir

© Daniel McFadden

Malgré cette intéressante façon de filmer l’orchestre en action, le film Whiplash ne parvient pas réellement à envoûter ou émouvoir. Comme Terrence Fletcher, Damien Chazelle est obsédé par le tempo de batterie ultra rapide du morceau Whiplash de Hank Levy qu’Andrew doit trouver. Une conception un peu simpliste et « bourrine » de l’exploit musical, illustrée par les mains et les baguettes saignantes et accentuée par le jeu crispé peu nuancé de Miles Teller. Le personnage d’Andrew prend cependant de l’ampleur dans son rapport à ses collègues, à sa famille et à sa petite amie. Hautain, cynique, rageur d’écraser les autres, méprisant vis-à-vis des gens peu ambitieux : son envie de réussir s’alimente de sa honte de lui-même et de ses proches.

Un J. K. Simmons fantastique

« Last but not least », vous vous en doutiez : J. K. Simmons est fantastique. Il livre une interprétation puissante et non conventionnelle, bien mise en valeur — pour le coup — par la lumière chaude et surabondante qui fait ressortir son visage de bouledogue et briller son crâne comme une cymbale. Une prestation qui lui vaut une nomination pour l’Oscar du meilleur… second rôle ! Le sort s’acharne.

On ira donc voir Whiplash parce que c’est très intelligent, parce que J.K. Simmons est une star… et parce qu’il faudra défendre Xavier Dolan dans les diners en ville ces prochains mois ! Mon argument infaillible : la condition du génie, c’est de provoquer de l’émotion.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 24/12/2014
  • Distribution France : Ad Vitam
Marie Deconinck

Marie Deconinck

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Comédienne franco-québécoise, scénariste à mes heures et surtout obsédée de cinéma, j'aime les oeuvres flamboyantes et hypersensibles (Terrence Malick, Leos Carax, Charlie Kaufman, Xavier Dolan, David Lynch, Les frères Coen, Coppola...).

Top 5 Cinéma : "Nos meilleures années" (2003),"The Tree of Life" (2011), "Fargo" (1996), "Apocalypse Now" (1979), "Les enfants du paradis" (1945), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004)
Marie Deconinck

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