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affiche Madre film 2020

Critique / « Madre » (2019) de Rodrigo Sorogoyen

Rodrigo Sorogoyen démontre une fois de plus, s’il en est besoin, toute l’originalité et l’ingéniosité du cinéma espagnol avec Madre. La douleur d’une mère, la perte d’un être cher, un sujet délicat abordé de façon singulière. La critique et l’avis film de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Dix ans se sont écoulés depuis que le fils d’Elena (Jean Porier), alors âgé de 6 ans, a disparu. Dix ans depuis ce coup de téléphone où seul et perdu sur une plage des Landes, il lui disait qu’il ne trouvait plus son père. Aujourd’hui, Elena y vit et  travaille dans un restaurant de bord de mer. Dévastée depuis ce tragique épisode, sa vie suit son cours tant bien que mal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle furieusement son fils disparu… 

Mères sensibles d’abstenir !

C’est le cas de le dire, car Rodrigo Sorogoyen n’épargne pas le spectateur pendant les premières minutes du film. C’est Madre ou comment suspendre le cœur de toute mère qui se mettrait automatiquement à la place d’Elena, assistant impuissante à la disparition de son fils. On est suspendu, à la voix du petit garçon au téléphone, au débit de paroles de sa maman qui doit tempérer son inquiétude afin de pouvoir rassurer son fils apeuré.

En quelques minutes, qui paraissent interminables, Rodrigo Sorogoyen va nous rappeler cette expérience du thriller qui a fait le succès de Que Dieu nous pardonne (2016).  Après nous avoir déposé tout la-haut dans cette inquiétude, qu’il va alimenter grâce à des interludes d’une plage déchaînée, comme les émotions qui nous parcourent, le réalisateur va nous faire redescendre tranquillement. En prenant (vraiment) son temps, il va nous servir la douleur de l’après. … Mères sensibles, s’abstenir, on répète…

Quand la douleur frôle la folie

C’est à ce point culminant que nous emmène Madre. Comment vit-on après un tel événement ? À priori Elena semble bien s’en sortir. La douleur entoure d’une aura grave et mystérieuse la beauté de Marta Nieto, sorte de sosie d’une certaine Monica Bellucci. Une douleur qui voûte ses épaules, nous faisant néanmoins apprécier la lourdeur du fardeau qui ne la quitte pas. C’est alors qu’apparaissent les attendrissantes boucles de Jules Porier. Celui que l’on a découvert appréhendant avec douleur sa sexualité dans Marvin ou la Belle Éducation, est aujourd’hui Jean, un adolescent qui va être fasciné par l’intérêt que lui porte une si belle adulte.

Et là, tout comme il l’a fait depuis ses débuts derrière la caméra, Rodrigo Sorogoyen va injecter des faits de société. Outre la difficulté de vivre avec quelqu’un qui n’est clairement plus entier, il y a la part de responsabilité d’un adulte face à ce qui reste un enfant. L’intensité de la douleur d’Elena est palpable, parfois en sourdine, comme ces petites vagues (encore elles) qui vous effleurent les pieds sur la fameuse plage, parfois insupportable, comme les rouleaux d’eau qui s’abattent sur les rochers.

On trouve cette femme brave, touchante quand elle essaye de retrouver de la légèreté, admirable face à la cruelle injustice de certaines situations.  Puis survient la gêne, et comme lorsque la marée monte et qu’on s’est trop avancé, on a juste envie de quitter la plage…Tout cela fait de Madre une expérience unique, un vrai roller coaster émotionnel. Rodrigo Sorogoyen nous livre un film puissant, prenant et parfois carrément dérangeant.

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 22/07/2020
  • Distribution France : Le Pacte
Fanny N.

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