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Il pourra toujours dire que c'est pour l'amour du prophète de Gurshad Shaheman photo 1
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

♥ [Critique] « Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète » de Gurshad Shaheman

Cet article est le 8e sur 44 pour Festival IN & OFF d'Avignon 2018

Au Festival d’Avignon 2018, Gurshad Shaheman a choisi des élèves comédiens de l’Ensemble 26 de l’École Régionale d’Acteurs de Cannes et Marseille (ERACM) pour la création de son oratorio Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète. On ne sort pas indemne de ce spectacle coup de poing et coup de cœur. L’avis et critique théâtre de Bulles de Culture.

Synopsis :

Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète retrace le parcours de jeunes migrants d’Afrique ou du Moyen-Orient, chassés non pour les seuls conflits armés, mais pour s’être trouvés homosexuels ou transsexuels dans des pays où ils ne peuvent s’affirmer tels.

Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète au Festival d’Avignon 2018

Il pourra toujours dire que c'est pour l'amour du prophète de Gurshad Shaheman photo 4
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Les récits que Gurshad Shaheman donne à entendre, ce sont les témoignages qu’il a recueillis, à Athènes ou à Beyrouth. Ce sont les confidences de jeunes migrants, qui ont entre 16 et 30 ans. Ils sont une vingtaine à avoir livré leur histoire à Gurshad Shaheman, et Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète montre bien la nécessité de faire entendre ces histoires poignantes.

Ces récits, Gurshad Shamenan choisit de ne pas nous les faire entendre d’une seule traite ni d’une façon linéaire. Il les fragmente pour ensuite les tisser ensemble dans un texte global. La progression qu’il choisit est chronologique : nous entendons d’abord des récits d’enfance de jeunesse, montrant des comportements atypiques, la prise de conscience d’une différence ; puis ce sont les événements qui ont précipité le départ que nous écoutons ; on nous narre enfin les traversées, les périples subis, et l’installation dans l’exil.

Ces trames multiples, volontairement agencées en un patchwork extraordinaire, n’en finissent pas de toucher, d’émouvoir, de questionner. Pas de pathos excessif. Le récit épouse une vérité brute, parfois brutale, parfois paradoxalement légère. Certains passages nous retournent, nous sidèrent dans leur violence. D’autres nous bouleverse dans la beauté cristalline des histoires d’amour, de résistance qu’ils livrent.

Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète : une polyphonie chorale singulière et sublime

Il pourra toujours dire que c'est pour l'amour du prophète de Gurshad Shaheman photo 2
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète est un objet théâtral qui intrigue et questionne. Quatorze jeunes gens sur scène, tous issus de l’Ensemble 26 de l’École Régionale d’Acteurs de Cannes et Marseille (ERACM), proches en âge de ceux dont ils racontent l’histoire. Toutes et tous sont assis, debout, allongés, avec une lampe de poche qui s’allume ou s’éteint tour à tour plus un micro avec un fil.

Gurshad Shamenan choisit une simplicité déconcertante dans sa mise en scène. Chacun-e prend son micro pour livrer une bribe de vie. Toutes et tous, qu’ils parlent ou se taisent, ferment les yeux d’un bout à l’autre du spectacle, comme si ce qu’ils narraient ne devaient pas passer par des visages, par un contact, une personnalité rendant possible l’identification, mais bien plutôt atteindre le cœur du public sans passer par ses yeux.

Si les récits se succèdent, c’est également en se superposant. Cela nous force à tendre l’oreille, à ne pas laisser échapper notre attention durant la moindre seconde. Cette sobre mise en voix est accompagnée d’un son, créé par Lucien Gaudin, électroacoustique ou de synthèse pour souligner le texte, mais aussi jouer avec le strident, l’aigu, l’insupportable.

Une nouvelle page d’Histoire

Il pourra toujours dire que c'est pour l'amour du prophète de Gurshad Shaheman photo 3
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète donne à entendre et à réfléchir. Le spectacle met des histoires, des récits, des témoignages, sur l’acharnement cruel à laquelle l’intolérance mène les hommes. Il force à entendre une violence qui n’est pas dite, peu combattue, peu dénoncée.

Tabous et stéréotypes volent en éclat avec Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète. La parole relayée par Gurshad Shaheman est un geste d’engagement fort, qui doit parvenir à une prise de conscience individuelle et collective, celle qu’il y a là des victimes à écouter et à défendre contre une violence pure parfois savamment organisée et protégée par les organisations étatiques.

Nous ne pourrons plus dire que nous ne savions pas.

Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète est un spectacle coup de cœur de Bulles de Culture.

En savoir plus :

  • Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète s’est joué au Festival d’Avignon 2018, au Gymnase du lycée Saint-Joseph du 11 au 16 juillet à 15h et 18h
  • Tournée du spectacle : les 10 et 11 novembre 2018 à Le Phénix, scène nationale de Valenciennes ; les 13 et 14 novembre 2018 aux Rencontres à l’échelle de Marseille ; le 16 novembre 2018 au Théâtre des 13 vents de Montpellier ; le 22 novembre 2018 à la Maison de la Culture d’Amiens ; les 6 et 7 décembre 2018 au CDN de Normandie-Rouen ; du 8 au 14 février 2019 au théâtre de La Commune à Aubervilliers ; les 26 et 27 avril 2019 au CCentre Culturel André Malraux / Scène Nationale de Vandœuvre
  • Durée du spectacle : 1h30
Morgane P.

Morgane P.

Rédactrice/Editor chez Bulles de Culture
Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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Morgane P.

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