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© Jérémie Nassif / 2003 MK2 Productions / France 3 Cinéma

Critique / « La fleur du mal » (2002) de Claude Chabrol

Dernière mise à jour : juin 16th, 2021 at 10:26

À la télévision ce soir et en streaming : La fleur du mal, un film de Claude Chabrol avec Nathalie Baye, Benoît Magimel, Bernard Le Coq, Suzanne Flon et Mélanie Doutey. L’avis et la critique film de Bulles de Culture sur ce drame familial diffusé sur C8.

Synopsis :

La famille Charpin-Vasseur vit depuis trois générations dans une demeure bourgeoise aux alentours de Bordeaux. D’étranges relations unissent ses membres.

Après la guerre, Micheline, dite Tante Line (Suzanne Flon), fut accusée d’avoir assassiné son père, puis acquittée, faute de preuves.

Aujourd’hui, sa nièce Anne Charpin (Nathalie Baye), femme de Gérard Vasseur (Bernard Le Coq), le frère de son ex-époux décédé, mène sa campagne électorale.

Michèle (Mélanie Doutey), la fille d’Anne et François (Benoît Magimel), le fils de Gérard, se consacrent à leur amour.

Un tract anonyme révélant des détails sordides sur la famille circule dans la ville.

La fleur du mal : sous la surface, les secrets de famille

Réalisateur prolixe, Claude Chabrol a signé avec La fleur du mal son cinquantième long métrage. Pour celui-ci, nous sommes invités en Gironde où le film a été tourné pour rencontrer une famille bordelaise dont la femme Anne Charpin-Vasseur, interprétée par  la comédienne Nathalie Baye, est en pleine campagne municipale, le mari Gérard Vasseur, sous les traits de l’acteur Bernard Le Coq, se sert de son bureau comme d’un boudoir tandis que le fils François Vasseur, interprété par Benoît Magimel, revient après une longue absence inexpliquée.

Le film débute donc par un long plan-séquence où la caméra part du jardin de la maison familiale puis pénètre dans la demeure des Vasseur, passe devant une pièce, où une femme prostrée par terre pleure, et s’arrête dans une chambre voisine où gît un cadavre. La caméra cadre alors celui-ci en plan serré, d’un geste mal assuré. Puis raccord cut et brutal sur l’atterrissage d’un avion.

Nous connaissons bien évidemment la passion de Claude Chabrol pour les téléfilms et nous pensons donc assister dans cette nouvelle séquence à des retrouvailles anodines entre un père, Gérard, et son fils, François, de retour d’Amérique.

Mais à la fin de leur conversation, sur un sous-entendu du père (« Tu ne me demandes pas des nouvelles de Michèle »), François semble hésiter puis répond évasivement pendant que la musique de Matthieu Chabrol prend le relais et installe un début de mystère.

Cette seconde séquence résume alors bien les tenants du film La fleur du mal : Claude Chabrol va nous tenir en haleine pendant près d’une heure quarante avec des effets très subtils et où les secrets de cette famille ne vont qu’affleurer à la surface.

Et comme Un souvenir, titre de la chanson interprétée par la chanteuse Damia qui ouvre le film et reviendra plusieurs fois ensuite, le récit va dériver subrepticement, sans crier gare.

Politique et bourgeoise provinciale

Si la bourgeoisie changeait, sur trois générations, ça devrait se voir. Or ces personnages n’ont que l’apparence du changement : ils se reproduisent, ils sont d’âges différents mais ce sont les mêmes à toutes les générations.
— Caroline Eliacheff, coscénariste

Bien que décrivant également dans La fleur du mal le démarchage politique et le cloisonnement familial de la bourgeoisie bordelaise, Claude Chabrol s’attache surtout à la personnalité ambiguë de la tante Line, interprétée par l’excellente et regrettée comédienne Suzanne Flon.

Ainsi, après le grand déballage familial où le bras droit d’Anne, Matthieu Lartigue, joué par Thomas Chabrol, a lu une lettre anonyme s’en prenant à la famille Charpin et Vasseur, le récit va se focaliser de plus en plus autour de cette tante et du lourd secret qu’elle semble garder depuis trop longtemps.

Durant cette séquence-clé du film, sur la musique du fils de Chabrol — compositeur donc de la bande originale du film, comme souvent dans les œuvres de son père —, la caméra effectue un travelling latéral gauche/droite de la tante vers un pot de fleur placé au premier plan. Et c’est à partir de ce moment-là que cette tante va se mettre à mélanger de plus en plus fréquemment flash-back et réalités.

Un récit un peu trop subtil mais plaisant

Le propos du film La fleur du mal repose donc sur les lourds secrets des familles provinciales qui pèsent sur les générations suivantes. Et c’est donc tout à fait logiquement que nous pénétrons dans cette famille par l’entremise du fils prodigue François que joue le comédien Benoît Magimel.

Vivant éloigné, celui-ci est en effet susceptible de ne pas être encore tout à fait marqué par cette filiation fatale. Et c’est par ce moyen que Claude Chabrol se joue de nous et surtout de ses personnages à travers une critique cynique de leur enfermement sur eux-même.

Notre avis ?

Le parti pris subtil du récit de La fleur du mal, où les secrets n’explosent jamais tout à fait, peut certes dérouter mais cet exercice de style, qui oblige à rester attentif jusqu’au bout, poura aussi procurer un certain plaisir chez le cinéphile.

Un film à (re)voir donc.

En savoir plus :

  • La fleur du mal a été diffusé sur C8 le dimanche 22 avril 2018 à 21h
Jean-Christophe Nurbel

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