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photo de François Hanss - réalisateur
François Hanss, réalisateur du téléfilm "Doutes" @ Marc Chesneau

Interview / « François Hanss » pour « Doutes », Prix SFCC 2021 de la meilleure œuvre de fiction

Dernière mise à jour : février 24th, 2022 at 09:00

François Hanss vient d’être récompensé par le Prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des films de télévision (SFCC) pour Doutes (2021), une fiction télévisuelle mettant à l’écran Muriel Robin, Élodie Wallace (également co-autrice du texte) et Olivier Claverie, et traitant des violences sexuelles et des multiples répercussions provoquées par leur révélation. Bulles de Culture a eu la chance de s’entretenir avec le réalisateur.

Synopsis :

Agnès Baer est la présentatrice d’une émission d’investigation à succès, « L’ombre d’un doute », produite par Gabriel, son mari et partenaire de toujours. Alors qu’elle s’apprête à recevoir un prix couronnant sa carrière, elle rencontre une jeune femme qui lui fait de bouleversantes révélations. Partagée entre le choc et l’incrédulité, Agnès décide de mener l’enquête par elle-même, au risque de tout perdre.

Doutes : rencontre avec François Hanss, Prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des films de télévision de la meilleure œuvre de fiction

Doutes - François Hanss, Prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des films de télévision de la meilleure œuvre de fiction photo
Sylvie-Noëlle Thiphonet, Muriel Robin, Elodie Wallace, Olivier Claverie et François Hanss © Livia Borel / Prix SFCC de la Critique 2021

Récompensé en 2014 du Prix de la SACEM, le réalisateur François Hanss a beaucoup travaillé à la réalisation de clips et de films issus de spectacles musicaux — il a notamment collaboré avec Mylène Farmer.

Il s’est également illustré dans la réalisation de courts-métrages (La Lettre, en 2007, rend hommage à la figure de Guy Môquet) et de longs métrages tels que Corps à corps en 2003, un thriller psychologique mettant à l’écran Emmanuelle Seigner et Philippe Torreton, et La Séparation en 2005, un docu-fiction traitant de la loi de 1905 de séparation de l’Église et de l’État.

C’est à l’occasion du Prix de la meilleure œuvre française de fiction, qui vient de lui être décerné pour son téléfilm Doutes — diffusé en 2021 sur ARTE — par le Prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des films de télévision, que Bulles de Culture a eu la chance de pouvoir s’entretenir avec lui.

Bulles de Culture : Vous avez été récompensé à plusieurs reprises, notamment en 2014 du Prix de l’auteur réalisateur audiovisuel de la SACEM et maintenant du prix du SFCC pour Doutes, quel impact cela a-t-il sur votre travail et ses perspectives ?

François Hanss : Il faut se méfier des prix (Rires). Non, ça fait super plaisir bien-sûr. Mais de mon côté, je me dis qu’il reste encore tellement de choses à faire, à apprendre… Alors un prix, oui, c’est formidable, d’autant que celui-ci me touche, mais je ne suis pas sûr que ce soit ce qui vous pousse à travailler plus, ou à travailler mieux, ou à mieux choisir. Souvent on rencontre les mêmes difficultés ensuite. Mieux vaut garder les pieds sur terre…

Bon mais dans le cas de Doutes encore une fois je suis quand même très content et je suis aussi très content pour toutes celles et ceux qui ont participé à ce projet. C’était une petite équipe géniale et soudée qui mérite vraiment de voir son travail récompensé. Et puis si ça peut inciter d’autres gens à initier, à soutenir, à produire ou à réaliser des films ou des objets de fiction qui ne soient pas forcément identifiables facilement…

« Sur Doutes, on a vraiment pris le temps de réfléchir »

Doutes de François Hanss image téléfilm
Élodie Wallace et Olivier Claverie dans le téléfilm « Doutes » © Hide Park

Bulles de Culture : Vous avez fait beaucoup de clips et films musicaux, notamment avec Mylène Farmer. Ce travail de réalisation dans le domaine musical influence-t-il vos choix de réalisation dans les films et courts-métrages fictionnels ?

François Hanss : Une chose est sûre en tout cas, c’est que mon envie de cinéma est toujours intacte quelque soit les projets, quelque soit leurs difficultés, quelque soit leurs natures.

Par exemple, c’est compliqué de filmer un concert. Il y a les contraintes du lieu, le public, le spectacle qui a été conçu pour être vu en salle, et non pas sur un écran. Il faut composer aussi avec les timings de production, les temps de tournage souvent incompressibles qui nécessitent d’aller à l’essentiel, d’aller vite, de faire des choix qui doivent être clairs dans votre tête, en termes de spatialisation, de réalisation, tout en étant respectueux de la mise en scène, de la chorégraphie, et de tous les artistes cela va sans dire…

Pour autant et pour prendre un autre exemple, Doutes était aussi un « objet » très complexe en soi. Il y a eu beaucoup de travail en amont, et comme d’habitude, beaucoup au-delà du tournage… De toutes façons les films, je ne les lâche jamais, ni en préparation, ni sur le plateau, ni en post-production… Je les accompagne jusqu’au bout du bout du bout, je sais pas faire autrement (Rires).

Bulles de Culture : Vous avez travaillé avec Mylène Farmer à de nombreuses reprises, est-ce important pour vous l’idée d’une collaboration sur la durée ?

François Hanss : Elle a toujours travaillé avec beaucoup de réalisateurs différents. Mais c’est vrai que j’ai eu la chance de la côtoyer assez tôt et que le temps, je crois, permet souvent d’approfondir les liens qu’on tisse avec les gens.

Par exemple, le chef opérateur avec lequel j’ai travaillé sur Doutes était déjà à mes côtés pour un des concerts de Mylène Farmer justement, et c’est cette collaboration qui m’avait permis d’apprécier ses qualités de réflexion et sa technicité. Sur Doutes, il a fait un travail formidable, on a vraiment pris le temps de réfléchir plus d’une fois sur la caméra, quelle caméra, à quoi ça allait ressembler… Tout l’intérêt de travailler avec des personnes avec qui vous avez déjà fonctionné c’est d’aller toujours plus loin, non ?

Donc oui, la fidélité ça compte pour moi.

« Il a été imaginé un film dans la lignée de Dogville« 

Doutes de François Hanss image téléfilm
Muriel Robin dans le téléfilm « Doutes » © Hide Park

Bulles de Culture : Vous venez donc d’être récompensé pour Doutes, pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?

François Hanss : Christophe Charrier est réalisateur-producteur — et je mets en avant le fait qu’il soit réalisateur. Il a sa structure de production, et à l’été 2020, il me soumet le script. Avec Christophe, on se connaissait sans se connaître, c’est plus lui qui était au fait de mon travail. Mais au fil du temps il m’avait sollicité pour que je vienne voir son court-métrage, puis son long-métrage. Du coup, nous nous étions découverts mutuellement comme réalisateurs, et nous avions une vision positive de nos travaux respectifs… Mais je ne le connaissais pas trop en tant que producteur.

Et donc un jour, il me soumet un script, c’est Doutes — qui ne s’appelait pas Doutes d’ailleurs —, et quand il me le soumet, je lui demande pourquoi il ne le réalise pas. En plus, c’était un projet dans lequel je voyais vraiment tout ce qu’il pouvait avoir envie d’y mettre, et en même temps, il semblait avoir une idée assez précise de ce que moi, je pourrais y apporter.

On a monté ce projet pendant plusieurs mois avant même de rentrer dans le chaud de la préparation, c’est-à-dire qu’on a discuté beaucoup, on a constitué une équipe artistique… Au départ, Élodie Wallace, coauteure du texte, avait le projet d’en faire une pièce de théâtre avec Muriel Robin, laquelle avait dit tout son intérêt pour le texte. Mais elle n’était pas disponible pour la jouer tous les soirs sur scène. Donc très vite, avant même que j’aie eu le texte entre les mains, le projet avait déjà évolué vers l’idée d’en faire un objet télévisuel.

C’est là où je suis entré dans la boucle, et j’ai eu beaucoup de bonheur à travailler avec la petite équipe que je viens de vous décrire.

Le texte que j’ai lu est devenu rapidement un scénario, il a juste fallu le remanier un peu, enlever les termes qui étaient propres au théâtre, quelques didascalies et certaines choses qui n’avaient plus lieu de perdurer, mais globalement on tenait un script.

Bulles de Culture : Doutes a gardé dans son format et sa scénographie l’influence de cette première écriture théâtrale. Comment avez-vous opéré ce passage du théâtre au film ?

François Hanss : C’est vrai qu’au départ toutes les caractéristiques du texte le destinaient au théâtre. Mais avec l’évolution du projet, il a été imaginé un film dans la lignée de Dogville, de Lars von Trier. Ça m’avait d’ailleurs été donné comme référence. Il y avait aussi le souhait d’aller faire une certaine forme de radicalité mais sans qu’il y ait encore une idée de décor… De mon côté, je n’avais pas du tout envie de faire la captation d’une pièce. J’avais vraiment le désir d’en faire un film, qui emploie un langage cinématographique, des plans, des contrechamps, même si assez vite l’utilisation de plans-séquences s’est aussi imposée.

Voilà un peu comment toute la réflexion s’est organisée, et de ce décor qui n’en était pas un, qui aurait pu être un plateau à la Dogville, finalement on a échafaudé autre chose. On est passés par plusieurs phases, et parallèlement aux lectures, à tout ce qui s’est fait en répétition avec les comédiens et que Christophe Charrier a chapeauté de son côté, il y a eu un vrai travail d’élaboration en amont, sur le plateau.

Après, il est vrai que Doutes a été tourné avec une énergie particulière aussi : on a eu quatre jours de tournage, ce qui est peu, même si le film ne dure qu’1 heure 10. Pour autant on a eu un vrai studio, de vrais décors, un gros travail sur la lumière, les cadres, le découpage… Ensuite, on a tourné pratiquement dans la continuité avec cette envie, comme je le disais, de privilégier des plans séquences pour offrir aux comédiens un temps qui devenait un peu le leur et qui leur permettait d’être dans une énergie, une tension, un instant particulier, avec des qualités de silences, et des regards que nous n’aurions peut-être pas eu autrement…

Bulles de Culture : Pour parler des regards, vous accentuez la tension du huis clos en mettant en scène un jeu de regards entre les trois personnages. Ces cadrages serrés sur les visages et les regards sont-ils pour vous une façon de traiter de la question des jeux de pouvoir entre les unes et l’autre, l’impression que chacun-e observe et est observé-e ?

François Hanss : Je pense que l’oralité, c’est une chose, mais les regards et les silences valent les meilleures répliques. Dans un dialogue, quand on a un jeu de champs et de contrechamps, on peut voir celui qui écoute ou celui qui se met comme ça tout à coup à réagir sans passer par la parole ; je trouve que c’est toujours très intéressant, très puissant. D’ailleurs au montage, on en joue beaucoup. Et j’avoue avoir à titre individuel une prédilection pour ça. J’adore les visages.

De toute façon, on allait forcément avoir envie de resserrer le cadrage, même si chaque séquence, chaque acte a un peu sa nature intrinsèque. On n’avait surtout pas envie, sur un huis clos, de systématiser, d’avoir la même écriture, la même rythmique, le même biorythme dans la mise en images.

Et puis cette histoire, c’est un billard à trois bandes au fond et à un moment donné, puisqu’ils sont trois, ils s’écoutent, ils se regardent, et il y a tout ce jeu de suspicions et de doutes qui s’installent. Parce qu’il y a les autres, parce qu’il y a soi-même… Donc oui, c’était vraiment notre volonté de mettre en avant la puissance de ces visages pour y lire des peurs et des sentiments cachés, intimes.

« Tous les témoignages sont vrais, y compris celui du pédophile »

Doutes de François Hanss image téléfilm
Muriel Robin dans le téléfilm « Doutes » © Hide Park

Bulles de Culture : Pour rester sur les choix de réalisation, avec sa mise en abyme du traitement médiatique des violences faites aux femmes, Doutes met l’écran au cœur de son dispositif. Ce choix tient-il à la thématique abordée ou plutôt, comme avec le jeu des regards, à l’idée du regardé/regardant ?

François Hanss : Il y a beaucoup de ça, oui, il y a l’idée d’avoir la preuve par l’image, par l’écoute ; il y a en tout cas l’image qui crée l’écoute, parce que à un moment donné chacun découvre, enfin surtout les personnages joués par Muriel [NDLR : Muriel Robin joue Agnès] et Olivier [NDLR : Olivier Claverie joue Gabriel]. Ils sont amenés à écouter des témoignages.

A ce propos, on s’est posé pas mal de questions sur la façon d’intégrer ces témoignages, de comment les mettre en scène. On s’est interrogés sur le rapport de cet écran, qu’on voulait central dans le décor, en termes de taille, de domination, d’échelle, en terme même de position des corps, c’est-à-dire qu’on peut voir cet écran en étant debout ou assis. Cet écran ne devait pas être un téléviseur non plus, on voulait échapper à cela, et puis il y a surtout cette image mentale d’un écran surdimensionné qui sert le témoignage de Jeanne, avec son visage qui vampirise soudain le décor… L’idée de cet immense écran, c’était aussi de permettre à ces femmes victimes d’interpeller en deux ou trois minutes le personnage que joue Muriel… D’ailleurs celle-ci n’a découvert les témoignages que lorsqu’on a tourné la séquence.

Il faut dire aussi que ces personnages-là, les témoins, au tout début de l’écriture, étaient présents d’une autre manière dans l’espace du décor. Dans le projet originel, on les devinait parmi les spectateurs, et lorsqu’ils entendaient l’histoire particulière de Jeanne, ils entraient sur scène. Mais cela, c’était la vision théâtrale.

De fait, cette idée-là s’est un peu métamorphosée au fil du temps : au début c’était un peu une cote mal taillée. Par la suite, on les a imaginés d’abord dans la pénombre, puis dans une sorte d’irréalité… Finalement, la présence des témoins a été effective dans cette séquence où les trois victimes femmes se retrouvent aux côtés de Jeanne et d’Agnès, dans l’appartement.

Cela donne ainsi une sensation un peu étrange, un peu fantastique, comme si ces femmes avaient peut-être – enfin – été entendues… C’est pareil pour le personnage de l’agresseur, qui doit permettre d’interpeller le mari (Olivier Claverie dans le film). L’ important, c’était la notion d’échelle : tout à coup, ce témoignage domine l’espace-temps, il « s’impose » en quelque sorte… On ne l’aurait pas entendu de la même façon sur l’écran d’un ordinateur ou d’un téléphone portable.

Bulles de Culture : Et ces témoignages au cœur de Doutes sont-ils de « vrais » témoignages ?

François Hanss : Tous les témoignages sont vrais, y compris celui du pédophile. C’est le fruit de plusieurs heures de récits de gens qui ont été entendus par des associations. Là encore il y a eu un vrai travail en préparation et en production là-dessus et c’était aussi le souhait d’Élodie Wallace d’avoir des récits qui viennent relayer son propos et son combat. Mais ensuite on s’est posé la question de leur insertion, de leur restitution, de la façon dont ils seraient joués, incarnés…

Au départ il y avait l’idée évidente que de réelles victimes allaient pouvoir témoigner, qu’on pourrait les filmer « pour de vrais »… Mais nous avons craint que ça crée un hiatus entre la fiction et la réalité, et qu’au final ça fonctionne mal ou que ça ne fonctionne pas. Alors nous avons finalement décidé que ces textes seraient dits par des actrices… Voilà un exemple de l’un des cheminements du film dans sa préparation.

On a procédé de la même façon pour l’agresseur bien-sûr.

« Ce qui est beau, c’est que le film parle à tout le monde »

Doutes de François Hanss image téléfilm
Muriel Robin dans le téléfilm « Doutes » © Hide Park

Bulles de Culture : Élodie Wallace, qui a co-écrit Doutes, s’est inspirée de son propre vécu. Muriel Robin, depuis son rôle de Jacqueline Sauvage, est très engagée sur cette question des violences faites aux femmes. Est-ce que cette thématique, qui porte ici une forte charge émotionnelle, a eu une influence sur votre travail ou est-ce qu’une fois le travail lancé, c’était un sujet comme un autre ?

François Hanss : Non, pas du tout. J’avais bien compris la nécessité pour Élodie de faire que ce film existe. Il fallait aussi que ce projet soit porté par la voix de Muriel qui est très impliquée dans cette cause en tant que femme, en tant que citoyenne, et en tant que comédienne qui d’ailleurs n’hésite pas à utiliser sa notoriété pour faire bouger les choses.

Et puis sans vouloir faire un film manifeste à tout prix, il y avait vraiment dans notre démarche cette idée que le texte soit toujours notre boussole sur le plateau. De mon côté, je n’ai pas utilisé ce script pour faire un film de réalisateur dans lequel j’aurais décidé de tout, tout seul, et le fait de faire jouer les comédiens le plus possible dans la continuité allait aussi dans ce sens.

D’ailleurs en termes de préparation, de répétition et de lecture, Muriel, Élodie et Olivier ont fait un gros travail sur ce film, plus de trois semaines en tout, dans un même espace. Donc, quand on a commencé à tourner, après ces trois semaines, on a vraiment voulu sanctuariser le studio, en faire un cocon pour eux, parce qu’on savait dès le départ que cela allait être tendu en raison de la nature même du sujet et des scènes qu’ils avaient à jouer.

De son côté l’ensemble de l’équipe avait éminemment conscience de ce qu’on faisait, de ce que ça racontait dans les dits et dans les non-dits ; il n’y a pas eu un technicien qui n’ait pas été touché par le texte.

Bulles de Culture : Vous semblez intéressé par certains événements historiques : La Séparation traite de la séparation de l’Église et de l’État, et La Lettre rend hommage à Guy Môquet. Est-ce cette même préoccupation qui vous a fait rejoindre le projet Doutes, qui traite d’un phénomène de société ?

François Hanss : Pas vraiment, d’ailleurs quand vous lisez un texte, un projet, ou un scénario, ça vous parle plus ou moins, il y a des thèmes qui entrent en résonance avec vous et d’autres pas. Évidemment plus la résonance est forte, comme ça a été le cas pour Doutes, et plus vous avez envie d’y aller.

Concernant La Séparation, le film sur la loi de 1905 donc, c’était un peu différent et ce que je trouvais intéressant c’était de savoir comment y aller avec la caméra, comment raconter l’Histoire, comment gérer les débats au sein de l’hémicycle, comment montrer l’adversité, la politique, les affrontements…

Quant à La Lettre, sur Guy Môquet, c’est une thématique qui me parlait au plus haut point, parce que c’était lié au conflit, à la guerre, à l’enfance…

Bulles de Culture : Avez-vous eu des échos sur la réception que le public a faite de Doutes ?

François Hanss : Ce qu’il faut préciser déjà, c’est qu’ARTE, on ne le dit pas assez, s’est comporté de façon assez extraordinaire sur ce projet. D’abord, ils ont nous accordé leur confiance alors qu’on leur proposait un objet pas facilement identifiable en télévision : le film dure 1 heure 10, il n’entre dans aucune case évidente, ce n’est pas un sujet facile. Bref il n’y avait guère qu’ARTE aujourd’hui pour soutenir un tel projet.

Au début ce devait être une deuxième partie de soirée, mais la chaîne a été tellement enthousiasmée qu’elle l’a passé en prime time ; toute la chaîne a vu le film et l’a adoré ; il y a eu une forme de consensus, et ça fait extrêmement plaisir avant même que le film ne soit diffusé.

Ensuite il y a eu la phase de diffusion, et on a senti que Doutes avait un impact sur beaucoup de gens très différents, ce qui était plutôt rassurant et positif ; ça ne donnait pas l’impression d’avoir fait un film manifeste, juste pour une chapelle. Ce qui est positif, parce que c’était là l’enjeu de la pluralité des regards dont on parlait tout à l’heure, pour que le film parle à tout le monde.

Outre la question des violences faites aux femmes, c’est aussi un film qui parle, en sous-texte certes, des liens qui nous rattachent les uns aux autres : qu’est-ce que vivre avec quelqu’un qu’on ne connaît jamais tout à fait, qu’est-ce que la confiance en l’autre ? Le film aurait pu n’être perçu que selon un axe déterminé, lié à son sujet, qui est dur, qui est fort et qui pose question. Or très vite on a eu des retours montrant que le film avait frappé plein de gens, à plein de niveaux différents…

C’est important pour moi l’identification du spectateur ; j’aime l’idée qu’il puisse se glisser, malicieusement ou pernicieusement, peu importe, dans la peau des personnages… Ainsi il peut avoir des sympathies ou des a priori pour tel ou tel protagoniste et tout à coup, par la dramaturgie, il est surpris, remué, ou interpellé. Et c’est ça qui est bien dans un projet comme celui-ci. C’est toute la vertu de certains films.

Bon les films ne changeront pas le monde, mais si l’on peut éveiller en nous à chaque fois des choses intimes, des choses auxquelles on ne pensait pas, c’est vraiment un pari gagnant.

Propos recueillis par e-mail en février 2022.

En savoir plus :

  • La cérémonie de remise des Prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des films de télévision 2021 a eu lieu le lundi 21 février 2022 à 19h à La Cinémathèque française
  • Site officiel du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des films de télévision (SFCC)
Morgane P.

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