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Critique / « L’embuscade » (2021) d’Emilie Guillaumin

Émilie Guillaumin, trentenaire, a été fortement marquée par son engagement dans l’armée, dont elle a si longtemps rêvé pour échapper à une vie sans relief, faite d’études et de jobs routiniers. Après un premier livre, Féminine, fortement autobiographique, elle entre dans la fiction, avec L’embuscade chez Harper Collins. Néanmoins la documentation est solide avec durant plus de trois mois, la rencontre de veuves de soldats tombés au combat, et la visite de régiments des forces spéciales, notamment le 13e régiment de dragons parachutistes ou 13e RDP, communément appelé le Treize. Ceci était indispensable pour être au plus près de la réalité et donner du corps au roman et aux personnages, sur des sujets profonds. La critique et l’avis sur ce livre.

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L..

L’embuscade : « un livre qui se lit comme un thriller »

À l’ouest de Bordeaux, Martignas-sur-Jalle peut s’enorgueillir depuis 2011, d’héberger un régiment au passé prestigieux, le 13e RDP. Descendant en ligne directe des dragons de 1791, le Treize a subi de nombreuses mutations, pour devenir une unité spécialisée dans la recherche du renseignement, par de petites unités autonomes, sur tous les terrains, en temps de paix ou de guerre. Le plus grand secret entoure leurs missions. Aucune information ne doit être donnée à qui que ce soit, même pas aux membres de la famille. Ces règles contraignantes sont indispensables. Ne jamais savoir où se trouve son mari, lors de ses missions durant de longs mois, Clémence en a pris l’habitude. Entre son travail et ses trois garçons, et bientôt un quatrième, elle vit dans l’attente du retour de son mari adoré et magnifié par les enfants. Au mieux durant cette absence, il y aura peut-être une séance Skype, exceptionnelle. Tout rappelle Cédric, ses vêtements qui pendent à la patère, son bol sur l’évier, son bureau désordonné.

Et brutalement, un matin, fin août, de bonne heure, cinq militaires viennent lui annoncer que Cédric est tombé lors de l’embuscade qui a fait six victimes et deux blessés, quelque part au Levant. Les informations divulguées sont succinctes, comme le souhaite la hiérarchie militaire. Elle se refuse à informer ses enfants, et s’enferme dans un déni profond, l’obligeant à maints mensonges et pirouettes pour camoufler la réalité. Partagée entre la protection de ses fils et son immense chagrin, qu’elle doit cacher, Clémence trouve des ressources insoupçonnées pour faire face à l’insupportable certitude. Lorsque les corps sont rapatriés en France, deux manquent à l’appel, dont celui de son mari, laissant naître les espoirs les plus fous.

Après un premier chapitre, très court, au cœur de l’embuscade, le lecteur ne quitte plus Clémence. Il la suit pas à pas lors de ses rencontres, avec ses doutes, ses désespoirs, ses peurs, ses déprimes, ses pensées. L’envers du décor se dévoile, celui des épouses ou des parents survivants lors du décès de soldats en opérations. Le réalisme et la précision de l’écriture sont remarquables donnant une réalité à des personnages, riches et complexes, ayant une approche propre face au deuil. L’enquête menée pour trouver la vérité et non celle inculquée par l’armée, trouble, tronquée, remplie de zones d’ombres, s’avère passionnante, avec de multiples rebondissements.

Rien de plus ne doit être dit sur L’embuscade. Il faut prendre le temps de lire ce livre, être patient, ne pas être tenté de feuilleter la fin du roman. Émilie Guillaumin réussit un livre captivant, touchant, qui se lit comme un thriller. Le monde secret des forces spéciales est bien analysé tout comme celui de la hiérarchie militaire, milieu hermétique avec ses règles et ses codes. Intimité et émotions de Clémence et des veuves sont restituées avec délicatesse et pudeur. Fidèles à la devise du régiment, Cédric et Clémence ont été « au delà du possible » et ont porté dignement le chant du 13e RDP ; « C’est ça notre destin / C’est de vivre en clandestins / Silence, discrétion, c’est notre but ». Une excellente surprise en cette rentrée littéraire avec une nouvelle plume de qualité.

En savoir plus :

  • L’embuscade, Emilie Guillaumin, Harper Collins, août 2021, 304 pages, 17 €
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