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Critique / « Le tour du monde en 80 saveurs » (2020) de William Navarrete et Pierre Bignami

Mis au défi par leur éditrice Emmanuelle Collas, lors du premier confinement, d’écrire ce type de livre, William Navarrete et Pierre Biganmi ont brillamment rempli leur contrat. Paru lors du second confinement, Le tour du monde en 80 saveurs est un festival de destinations choisies parmi trente années de voyages effectués le plus souvent à deux. De nombreuses recettes culinaires célèbres ou inconnues, y sont dévoilées hors des chemins traditionnels. Aucune chronologie n’existe dans le livre, ni aucun ordre dans les voyages. Les 36 chapitres qui égrènent les souvenirs des deux gourmets, se dévorent littéralement. Le lecteur est libre de piocher selon ses goûts ou tentations ou tout simplement de suivre les chapitres. La critique et l’avis

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Deux co-auteurs pour Le tour du monde en 80 saveurs

Pierre Bignami, débute avec l’histoire familiale, celle de sa grand-mère et de ses sœurs qui en 1922 fuirent le fascisme en Italie, et s’arrêtèrent à Villefranche sur mer faute d’avoir pu atteindre les États-Unis, et y tinrent deux restaurants réputés. Ces racines italiennes et l’odeur de la cuisine permettent de nombreuses échappées sur cette terre si riche en patrimoine et en traditions culinaires. A côté de la pizza napolitaine, naturellement avec des tomates de San Marzano, des sublimes glaces dans des lieux sans charme, les gnocchi et la panna cotta de la vallée de Varaita exceptionnels, dans une trattoria familiale aux règles bien établies. Et que dire des citrons ramassés au sol en Sicile, à la saveur hors norme, qu’un chien agressif laissa aux deux touristes en échange de gâteaux. Et déguster l’or rouge de Sardaigne, durant les grandes fêtes en l’honneur de ce mets, est un instant de félicité.

William Navarrete, naturalisé français, va à Miami, lieu d’exil, pour découvrir les plats traditionnels cubains auxquels il n’a jamais eu accès, face  à la pénurie alimentaire qui frappe son pays de naissance, Cuba. Mexique, Bolivie, Colombie, apportent couleurs, exubérance, et se révèlent terres de violences par instants. Lorsque l’ivresse de l’altitude au Pérou agît, et qu’une vendeuse de tamales (papillotes de maïs, fourrées de viande) les envoute avec son mets, ils sont dans l’incapacité de la retrouver, personne ne la connaissant ou ne l’ayant déjà vue. Le Moyen Orient, l’Asie ne sont naturellement pas oubliés dans ces haltes.

« Une lecture qui dépayse« 

Outre les monuments, les églises, les sites classés, l’histoire, Le tour du monde en 80 saveurs permet de très belles rencontres, comme Alexia, qui réalise des loukoumades, petits beignets croquants au miel et à la cannelle, qui les invite au mariage de sa fille en Grèce. Au Portugal ils dormirent, en un lieu pour le mois insolite, une résidence pour personne âgées. Être hébergés dans un palais vénitien à Essaouira, en pleine restauration, est loin d’être une sinécure. Il y aussi des superstitions qui se réalisent, comme celle qui dit que quiconque escalade la montagne Rouge à Tenerife, ne quittera jamais l’île. Il existe des endroits où le castillan classique est encore parlé, où des Mennonites fabriquent un bon fromage, où des arrières cuisines valent mieux ne pas être vues. Enfin, il y a des parents qui s’exilent, comme l’oncle Georges et sa famille au Malawi, permettant de découvrir une  spécialité locale, le gâteau aux mouches.

Le tour du monde en 80 saveurs est un livre festif, coloré, odorant, parsemé de très belles rencontres et nombreuses anecdotes bien sélectionnées. Les auteurs, amoureux de culture,  d’histoire, de géographie, mettent en valeur le patrimoine exceptionnel des pays visités, qu’il soit culinaire ou architectural. Sans en avoir l’air, les deux compères transmettent énormément de choses à leurs lecteurs, avec passion et bienveillance. Le livre est très équilibré et très varié, porté par une écriture délicate, élégante et entrainante. Les aventureux auteurs ont relevé le défi lancé par leur éditrice et offrent une lecture qui dépayse, qui donne le sourire, qui éveille l’odorat, le goût, la vue et qui donne envie de voyager.

En savoir plus  :

  • Le tour du monde en 80 saveurs, William Navarrete et Pierre Biganmi, Ed. Emmanuelle Collas, octobre 2020, 348 pages, 19 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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