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Interview / « Boite noire » : le réalisateur Yann Gozlan plonge Pierre Niney en pleine enquête d’un crash aérien

Dans Boite noire, le réalisateur Yann Gozlan plonge le spectateur dans une enquête haletante pour tenter d’élucider les raisons d’un crash d’avion. Les techniciens de la BEA (Bureau d’enquête et d’analyse pour la sécurité de l’aviation civile) sont sur le pont. Parmi eux, Mathieu Vasseur est dans une quête frénétique de vérité. Pour son nouveau film, en compétition au Festival d’Angoulême 2021 et dans les salles de cinéma le 8 septembre 2021, Yann Gozlan travaille pour la seconde fois avec Pierre Niney, qui joue cet enquêteur de la BEA résolu à trouver des réponses. Rencontre avec le cinéaste.

Rencontre avec Yann Gozlan, réalisateur de Boite Noire

Boite Noire est un polar ultra documenté qui sort du cadre de la simple enquête policière pour aborder le milieu très complexe de l’aviation civile. Quel a été votre travail de documentation pour le film ?

Il a été très important. Je ne suis ni ingénieur, ni pilote de ligne. Par contre, je suis fasciné par ce mode méconnu de l’aviation civile. J’ai eu la chance que le BEA m’ouvre ses portes. J’ai eu de nombreuses entrevues avec énormément de techniciens. Ces interviews ont nourri le scénario.

Quand les médias évoquent les boites noires, on a l’impression que ce sont les cavernes d’Ali Baba qui renferment toutes les vérités. En réalité, c’est tout autre chose…

Dans un avion, il y a deux boites noires localisées dans la queue de l’avion, partie censée être la moins touchée en cas de crash. Une boite noire enregistre tous les paramètres de vol, l’autre, objet central du film, restitue toutes les conversations et les bruits dans le cockpit. Le cockpit est un lieu très bruyant, notamment avec le bruit des moteurs. Il suffit de turbulences pour que cela dégrade encore plus la qualité de l’enregistrement. A la fin, la bande sonore est de très mauvaise qualité où il est compliqué de déterminer qui est en train de parler. Cela offre des ressorts dramatiques passionnants pour donner du suspens à un scénario.

« on a voulu combiner l’intrigue policière au réalisme et l’authenticité du milieu de l’aviation »

La dimension économique est très présente dans Boite Noire

J’avais envie que mon film soit une sorte d’enquête sociologique. Je voulais comprendre les coulisses de l’aviation où se côtoient les constructeurs, les compagnies aériennes, les pilotes et les enquêteurs. Chacun a ses intérêts divergents. C’est ce qui créent une tension dramatique. On a voulu donc combiner l’intrigue policière au réalisme et l’authenticité du milieu de l’aviation.

La première scène du film est un plan-séquence qui met directement en tension.

Il était écrit dès le départ avec les scénaristes, Nicolas Bouvet et Simon Montaïrou. L’idée de plan séquence est fait pour présenter ces fameuses boites noires. On part du cockpit puis on finit par la queue de l’appareil pour filmer ces boites. Pour le spectateur, cela offre une lisibilité très claire de la dimension spatiale de l’avion.

BOITE NOIRE_PHOTO film
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Une autre scène est également marquante dans Boite Noire, c’est celle du hangar où l’enquêteur joué par Pierre Niney évolue dans une reconstitution de l’avion. On y voit alors l’obsession dans sa quête de vérité.

Cette scène est effectivement l’ADN du film. Boite Noire bascule à ce moment là dans quelque chose de mental. On est à la lisière du fantastique. La caméra rentre dans le cerveau du personnage principal. On épouse vraiment sa pensée et son raisonnement. On ne sait pas à ce moment là si ce qu’on voit est le résultat d’une représentation scientifique crédible ou bien si c’est le fruit d’une totale intuition. D’ailleurs les ingénieurs aéronautique me l’expliquaient très bien. Malgré leur grande technicité, il y a aussi dans leur métier une part d’intuition pour déterminer les causes d’un crash.

« J’ai été marqué adolescent par Conversations Secrètes ou Blow Out »

On peut penser en voyant votre film au Chant du Loup d’Antonin Baudry, sur une oreille d’or embarquée dans un sous marin nucléaire, ou bien à la série Le Bureau des Légendes. Avez-vous vos propres références pour Boite Noire ?

Le Bureau des légendes a amené quelque chose de très quotidien sur le monde des espions. Cela m’a aidé pour le film. J’ai été marqué adolescent par Conversations Secrètes ou Blow Out, films paranoïaques des années 70 mettant en scène un personnage principal avec un enregistrement sonore. Je ne voulais pas m’appuyer trop sur ces références écrasantes. J’ai donc très vite pris du recul pour revenir à mon inspiration principale : celui du milieu de l’aviation. Paradoxalement, je me suis nourri du réel pour créer cette fiction. La problématique autour de l’étude des avions, ce n’est pas de la science-fiction, c’est vraiment réel.

Pierre Niney, avec qui vous avez déjà collaboré sur Un Homme idéal, a t-il aussi été inspirant dans l’écriture du personnage principal ?

Il l’a été car on a fait des lectures ensemble. On a crée avec Pierre Niney une sorte de costard sur mesure. Il a amené plein d’idées. On a rendu le personnage principal encore plus dans le doute. Parfois, quand un acteur demande des modifications dans le dialogue, cela peut arriver de ne pas être sur la même longueur d’onde. Mais là, j’ai réalisé que Pierre Niney voulait des choses qui me correspondaient parfaitement.

Votre début de carrière est surtout centré sur des problématiques de femmes. Dans votre premier court métrage, Pellis, vous racontez le parcours d’une brillante interne dans un service de dermatologie qui découvre plusieurs plaques noires cutanées sur son corps… Dans Echo, c’est une jeune femme enceinte souffre d’étranges troubles de l’audition. Mais depuis quelques films, on est davantage centré sur des personnages d’hommes avec Un Homme Idéal, sur un écrivain torturé, ou Burn Out, un motard qui ose tout. Est-ce un hasard ?

Je ne sais pas très bien. C’est très intuitif. En même temps, le personnage secondaire de Lou de Laage dans Boite Noire a un rôle vraiment central. Mon  prochain film revient à cette thématique féminine abordée dans mes courts métrages.

En savoir plus :

  • Date de sortie : 08/09/2021
  • Distributeur : StudioCanal
Antoine Corte

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