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LES INVISIBLES de DE LOUIS-JULIEN PETIT affiche film cinéma

[Critique] « Les Invisibles » (2018) de Louis-Julien Petit

Pour son troisième long-métrage, Louis-Julien Petit s’intéresse à un sujet peu exploré par la fiction : les femmes sans abri. L’avis et la critique film de Bulles de Culture sur le long-métrage engagé Les Invisibles.

Synopsis :

Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis !

Les Invisibles : un film résolument engagé

LES INVISIBLES de DE LOUIS-JULIEN PETIT image film cinéma
© JC Lother

Les Invisibles, ce sont les femmes SDF, celles que l’on croise dans la rue mais qu’on ne voit pas. Ce sont aussi les travailleuses sociales d’un centre d’accueil, l’Envol, qui œuvrent pour leur offrir une dignité. Rares sont les films qui abordent la problématique des sans-abris, surtout d’un point de vue féminin, à l’exception de No et moi en 2010.

Dès la première scène, le ton est donné : des femmes attendent devant la porte d’un centre d’accueil, avec leurs affaires, leurs visages fatigués et à la main, un papier avec leur « identité » : « Brigitte Macron », « Lady Di », « La Cicciolina »… Des pseudos qui font sourire dans une scène qui aurait pu être misérabiliste. Face à elles, la gouailleuse Angélique (Deborah Lukumuena) finit par leur ouvrir la grille du centre. Elle nous régalera tout au long du film de ses répliques cinglantes et inventives. Portée par une actrice lumineuse, ce personnage incarne l’une des travailleuses sociales qui se battent avec acharnement pour offrir un accueil — en journée seulement — à ces femmes, dont on apprendra plus tard qu’elles ne sont pas actrices professionnelles. Certaines d’entre elles ont vraiment vécu dans la rue.

Ce casting composé à  la fois de novices du cinéma et d’actrices célèbres (Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky et Deborah Lukumuena) fonctionne bien. On se surprend à s’énerver avec elles quand l’administration française montre son inhumanité.

L’engagement aurait pu être encore politique : le film Les Invisibles montre que beaucoup de choses ne fonctionnent pas dans l’accueil des personnes sans-abri en France, mais les pouvoirs publics ne se sont jamais clairement remis en cause. Ici, les solutions semblent devoir venir de bonnes volontés individuelles. Et des bonnes volontés, il y en a beaucoup parmi ces héroïnes.

Une mise en scène au service du message

LES INVISIBLES de DE LOUIS-JULIEN PETIT image film cinéma
© JC Lother

Portée par une bande-son bien sentie, le film Les Invisibles joue sur notre corde sensible. Pourtant, il parvient à ne jamais tomber dans un voyeurisme larmoyant qui aurait desservi le message. On pleure, mais on rit aussi beaucoup. L’autodérision des personnages est salutaire, à l’image du personnage haut en couleur de Chantal, interprétée par Adolpha van Meerhaeghe.

Les Invisibles n’a pas pour ambition de révolutionner l’art cinématographique. Toutefois, on y voit de belles trouvailles de mise en scène, certes pas révolutionnaires, mais qui fonctionnent. Filmer Corinne Masiero — dont la performance est remarquable — derrière une vitre opaque pour montrer une faille émotionnelle. Ou la terrible scène de démantèlement du terrain où étaient installées les tentes des sans-abris : on y voit des hommes en combinaison ramasser les abris de fortune comme s’il s’agissait de débris après une catastrophe nucléaire. Attendu, mais efficace.

On notera également la prestation de Sara Suco, qui incarne Julie, jeune femme en prise avec quelques addictions, et dont l’engagement au centre d’accueil suscite des polémiques auprès des autres femmes. L’acharnement d’Audrey (Audrey Lamy) pour l’aider à s’en sortir est particulièrement touchant. On se souviendra de la scène où elle va chercher Julie dans un parking, filmée caméra à l’épaule pour souligner l’urgence de la situation et la ténacité du personnage.

Une émotion qui emporte tout

LES INVISIBLES de DE LOUIS-JULIEN PETIT image film cinéma
© JC Lother

Le parti pris de s’intéresser particulièrement aux femmes soulève des problématiques intéressantes. Être une femme à la rue est une double peine, pour toutes les raisons qu’on imagine. Cet aspect est suggéré de façon pudique.

Bien sûr, ces Invisibles nous prennent par les (bons) sentiments. Bien sûr, certains effets de mise en scène sont un peu faciles. Bien sûr, l’intrigue sentimentale du personnage d’Audrey n’était pas forcément nécessaire. Mais, comme les protagonistes qui se laissent porter par la musique dans la belle scène de fête, il est difficile de ne pas se faire emporter par l’émotion et l’énergie de ce film.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 09/01/2019
  • Distribution France : Apollo Films

Lauriane N.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Cinéphile dilettante, j'aime qu'on me raconte des histoires.

Top 3 Cinéma : "Mulholland Drive" (2001), "Mommy" (2014), "Volver" (2006)
Lauriane N.

Un commentaire

  1. Wouah quel excellent film. J’ai beaucoup pleuré mais pas de tristesse. Jamais voyeur, toujours d’une finesse saisissante. Ce film bouscule par son sujet, le jeu des acteurs et des non acteurs. La réalité de vie de ces femmes nous fait remettre en question notre propre réalité. Bravo et merci pour ce film qui est un des meilleurs que j’ai vu ces derniers mois.

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