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Matt Ross
© Emiien Moreau

♥ [Interview] Matt Ross, réalisateur de « Captain Fantastic » (2016)

« il s’agit de chercher avec la caméra et les acteurs si la scène est aussi dramatique qu’elle pourrait l’être »

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© Mars Films

Bulles de Culture : Vos films sont centrés sur les personnages et sur les acteurs. Vos scènes semblent dépendre beaucoup du jeu des acteurs, de la manière dont ils vont réagir, de ce qu’ils vont trouver. Comment écrivez-vous votre scénario avec cela en tête ?

Matt Ross : Il faut essayer d’écrire une scène en la distillant jusqu’à son essence. Et l’idée, c’est d’espérer que si l’on filme la scène simplement, telle qu’elle est écrite, ça marchera quand même. Mais ce que j’espère aussi, c’est qu’on puisse jouer avec la scène. Parfois, ce n’est pas possible. On ne peut pas s’attendre à ce qu’un jeune acteur de huit ans invente une réplique du genre : « Cette maison est un vulgaire étalage de richesses et une utilisation immorale de l’espace ». On ne peut pas attendre d’un enfant de huit ans de trouver une telle réplique. Donc dans ce cas, je leur demande de dire cette tirade. Ils peuvent en dire d’autres, on peut essayer de voir ce qu’ils  trouveront…

Pour 28 Hotel Rooms, c’était un film plus naturaliste et les acteurs n’interprétaient pas des personnages aussi savants que les enfants de Captain Fantastic, donc j’ai pu utiliser plus de dialogues improvisés. Mais j’espère tout de même que le procédé est le même. J’essaie de ne pas créer un environnement où les acteurs doivent accomplir une certaine performance entre le « Action ! » et le « Coupez ! ». Je veux vraiment qu’ils explorent et qu’ils jouent devant la caméra. Parfois on fait cela en laissant la caméra tourner, je vais parler aux acteurs pendant qu’on tourne : « Demandes-lui à nouveau, mais attaque-la plus… Demandes-lui à nouveau, mais essaie de la faire rire… Demande-lui encore mais essaie de la séduire… » Donc ce n’est pas une performance figée où je dis « Action ! » et « Coupez ! » et c’est fini. J’essaie de ne pas faire ça. Certains acteurs n’aiment pas travailler de cette façon et si c’est le cas, je les laisse jouer puis je viens après coup et on en parle. Il n’y a pas de règles.

Bulles de Culture : Et comment préparez-vous vos acteurs avant de tourner une scène ?

Matt Ross : Je ne les prépare pas vraiment avant une scène. Je les prépare avant le tournage, mais avant une scène, j’aime bien laisser les acteurs tranquille. Le jeu d’acteur est un art d’interprétation, donc j’aime voir ce qu’il va faire avant de dire quoi que ce soit. La pire chose qu’on puisse faire à un acteur c’est… Comment tu t’appelles déjà ?

Bulles de Culture : Emilio.

Matt Ross : Ok. La pire chose que je puisse dire c’est : « Emilio, dans cette scène, je veux que tu t’assois comme ceci, et que tu sois très calme, etc… » C’est la pire chose que je puisse faire, te dire ce que tu dois faire avant que tu le fasses. Donc la meilleure chose à faire pour moi, c’est de la fermer, ne rien dire et voir ce que tu vas faire, de voir comment tu voudras interpréter la scène. Et après, si je sens qu’il y a d’autres façons de faire, je dirais : « J’ai bien aimé ta façon de poser des questions, c’est très plaisant, mais imaginons que tu sois plus agressif, voyons ce que ça donne… » Tant que c’est logique et que ça a du sens pour la scène, on essaie de trouver autant de notes musicales possibles pour qu’une fois qu’on arrive dans la salle de montage, on ait du choix, car on ne sait jamais vraiment de quoi on aura besoin.

Donc je ne prépare pas tant les acteurs, mais j’espère qu’ils seront ouverts pour essayer différentes manières de jouer et d’explorer la scène devant la caméra. Mais au début, j’essaie de ne rien dire le plus longtemps possible, comme ça tu explores la scène par toi-même, parce que tu en as besoin. Cela prend deux ou trois prises pour commencer à comprendre les enjeux de la scène. Au théâtre, il y a cinq semaines de répétitions pour explorer une pièce. Dans un film, tu ne peux pas attendre d’un acteur d’apprendre des dialogues dans sa chambres d’hôtel puis d’arriver sur le plateau et faire une performance incroyable. Je ne pense pas que c’est ça le travail. Il faut explorer.

Bulles de Culture : Et combien de prises faites-vous en général?

Matt Ross : J’en ferais un million… J’aime bien ce que dit David Fincher à ce sujet,  lui qui est critiqué de faire 90 prises. Il a dit, et je vais sûrement mal le citer: « On dépense tout cet argent et toute cette organisation, cette énergie, pour rassembler toutes ces personnes dans cette pièce aujourd’hui. Alors explorons la scène aussi longtemps que possible ! » Je n’ai jamais été dans une situation où je pouvais faire 90 prises mais pour moi, il s’agit tout de même de chercher avec la caméra et les acteurs si la scène est aussi dramatique qu’elle pourrait l’être, si on a essayé la manière la plus calme de la faire, ou la plus forte… quelles autres idées pourraient s’y trouver, entre les lignes du scénario.

Emilio M.

Rédacteur / Editor chez Bulles de Culture
Passionné de films et de séries, made in USA et d’ailleurs…

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Emilio M.

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