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Amon Tobin, metteur en scène le plus doué de sa génération ?

L’expérimentation

et une nouvelle méthode de travail

 

© D.R.

Visuel, avais-je dit à propos du DJ ?

Foley Room désigne en anglais la « salle de bruitages » pour le cinéma. Pour cet album, il change véritablement de méthode de travail en laissant derrière lui l’utilisation permanente de samples mais avec  un micro, il sort et enregistre des rugissements d’animaux, des bruits d’insectes, des gens dans la rue ou encore des motos en train de démarrer. De retour au studio avec sa belle récolte de sons réels de la nature, il les retravaille, les modifie, tel un véritable chirurgien sonore. C’est à partir de Foley Room qu’Amon Tobin se rapproche de plus en plus de la musique concrète.

Le morceau d’ouverture Bloodstone réalisé avec l’aide du Kronos Quartet est somptueux : une progression lente et tombante, à l’aide de violons et de percussions, qui nous promet d’entrer dans un univers, encore une fois, fantastique et source de dangers.

En 2009, l’album Two Fingers est le fruit de la collaboration entre Amon Tobin et Joe Chapman afin de produire un disque de hip-hop aux sonorités sophistiquées, avec notamment des slameurs sur certains morceaux. En 2012, ils renouvellent l’expérience mais cette fois le résultat est instrumental et le dubstep est souvent présent sur les morceaux.

En 2011 c’est I.S.A.M. qui voit le jour et pousse les expérimentations de Foley Room encore plus loin. C’est une œuvre déroutante et complexe qui mérite de nombreuses écoutes avant de l’apprécier à sa juste valeur. Album exigeant, les titres de I.S.A.M. se rapprochent des production Warp (autre label anglais) et de Aphex Twin en particulier.
One Last Look de l’album I.S.A.M. tranche avec l’univers sombre et familier du maître. Le morceau est d’ailleurs relativement inédit puisqu’il apparaît en bonus sur certaines versions dont le dernier album.

Déjà deux points qui diffèrent de l’univers propre à  Amon Tobin (pour dire à quel point notre génie brouille les pistes) : le morceau dure moins de trois minutes (la majorité de ses premiers titres tiraient jusqu’à 6-7 minutes), ensuite, celui-ci est emprunt d’une ambiance plutôt positive, voire optimiste… Mais ce qu’on retrouve indéniablement, c’est la beauté du son, son émotion, sa profondeur et comme à son habitude, il superpose les couches sonores avec certains sons qui se faufilent comme de vifs petits serpents.

Cela commence par une petite ritournelle inoffensive – on a l’impression d’un petit ruisseau qui s’écoule nonchalamment -, suivie d’un beat profond qui nous fait décoller. Cela fait très nature et onirisme. Le beat insiste comme si on devait profiter au maximum de cet instant précieux puis la fin nous emmène avec des cordes, très haut dans les cieux… La mélodie est naïve, innocente : le son de Amon Tobin n’a jamais été aussi visuel et émouvant. À cela s’ajoute une atmosphère idyllique, certes mélancolique, mais en tout cas lumineuse, ouverte…

Imaginez-vous en train de marcher dans la nature avec devant vous une myriade de fleurs exotiques qui s’épanouissent et le soleil qui en passant à derrière les nuages, semble nous suggérer : « Profite pleinement de cette journée, elle s’annonce magnifique et miraculeuse ! »

Et voilà c’est presque fini, il nous reste une dernière étape, le live, qui en 2011 a vu Amon Tobin élargir son public, tout en fascinant d’autres artistes, tel Brian Eno.

Ce qui est… flatteur.

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