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To the Bone affiche

Critique / « To the Bone » (2017) : polémique et anorexie sur Netflix

Dernière mise à jour article : 6 octobre 2020 à 23:29

Après la série 13 Reasons Why sur le suicide chez les jeunes, To The Bone de Marti Noxon est une nouvelle fiction Netflix sur un sujet polémique, en l’occurrence l’anorexie. L’avis et la critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

Ellen (Lily Collins), jeune anorexique turbulente de 20 ans, a passé presque toute son adolescence à suivre des programmes qui n’ont eu d’autre effet que de lui faire perdre quelques kilos de plus. Déterminée à trouver une solution, sa famille névrotique accepte de l’envoyer dans un foyer pour jeunes dirigé par un médecin non traditionnel (Keanu Reeves). Surprise par les règles inhabituelles du lieu et charmée par ses camarades de foyer, Ellen doit découvrir par elle-même comment faire face à son addiction et apprendre à s’accepter pour pouvoir enfin affronter ses démons.

To the Bone : un film polémique sur l’anorexie

Sélectionné au prestigieux film du cinéma indépendant, le Sundance Film Festival 2017, le long métrage To the Bone s’attaque à un sujet très sensible, celui des personnes atteintes de troubles alimentaires. Et comme tout premier film, il y a du bon et du moins bon dans ce film de Marti Noxon (productrice exécutive entre autres des séries télévisées UnREAL et Buffy contre les vampires). Surtout qu’avec un thème si rarement traité dans la fiction, les attentes étaient grandes et que le traitement du sujet provoquerait forcément des réactions.

Ce qui n’a pas manqué puisque le film a suscité une grosse polémique comme la plateforme Netflix en raffole — le renouvellement d’une deuxième saison pour la série française Marseille, malgré son « lynchage » critique et public, en est un autre exemple.

Mais pourquoi le film To the Bone a-t-il créé la polémique ?

Pas à cause d’un manque de réalisme en tout cas. En effet, le film montre notamment parfaitement que ce manque d’appétit pathologique qu’est l’anorexie touche tous les jeunes, sans distinction de couleur de peau ou de sexe. Ce réalisme n’est d’ailleurs pas surprenant car ce long métrage s’inspire de la vie de l’auteure-réalisatrice Marti Noxon qui a connu elle-même ces problèmes alimentaires à un moment de sa vie.

Par contre, une des choses qui est reprochée au film est que cette pathologie a aussi touché l’actrice principale Lily Collins (Blanche Neige, Okja) et que comme certains acteurs jusqu’au-boutistes, elle a tenu à maigrir pour le rôle — sous le regard d’une nutritionniste toutefois ! — et prendre ainsi le risque de replonger — une prise de risque que certains professionnels sur le sujet lui ont reproché.

« I’ve got it under control. Nothing bad’s gonna happen »

Mais de quoi parle le long métrage To the Bone ?

Le film raconte l’histoire d’Ellen, interprétée par Lily Collins, une fille anorexique depuis de nombreuses années et qui ne semblent pas vraiment avoir envie de s’en sortir. Elle lance d’ailleurs à un moment dans le film à sa demi-sœur Kelly : « Je contrôle. Rien de mauvais ne va arriver ». Bien sûr, son assurance sur le sujet n’est partagé ni par Kelly ni par le reste de sa famille.

Et même si ses deux parents ont baissé les bras — son père brille par son absence et sa mère (Lili Taylor) par sa distance —, sa belle-mère Susan — incarnée par l’actrice Carrie Preston que nous avions adoré dans le rôle de l’excentrique avocate rousse Elsbeth Tascion dans la très bonne série The Good Wife — s’accroche au dernier espoir que représente un médecin très demandé dont la méthode radicale et révolutionnaire aurait fait ses preuves.

Celui-ci est incarné par l’acteur Keanu Reeves (sagas Matrix, John Wick) qui va jouer une sorte de figure paternelle un peu atypique pour cette jeune femme en perte de repère et l’amener par elle-même à reprendre contact avec son corps — jolie scène de groupe avec une fausse pluie et la chanson Water de Jack Garrett — et à reprendre « goût » à la vie.

« Be good… Not too good, not perfect »

Cette réplique (« Sois bien… pas trop bien, pas parfaite ») est joliment dite par la belle-mère d’Ellen quand elle la laisse dans la maison où le Dr. William Beckham accueille les patients qu’il suit. Elle nous amène à la question : le long métrage To the Bone est-il réussi… sans être forcément parfait ?

Avant de répondre, il faut souligner que c’est une belle gageure de traiter un tel sujet au cinéma et pour cela, il faut féliciter l’auteure-réalisatrice Marti Nixon de l’avoir fait. Et pour y arriver, elle a réalisé un film dans les standards des films sélectionnés au Sundance Film Festival, c’est-à-dire une fiction avec un sujet social et un personnage talentueux et attachant.

Le problème, c’est qu’avec un sujet si rare, on aurait pu s’attendre à une réalisation un peu plus frontale et mieux à même de se confronter aux comportements pathologiques que le film décrit. En effet, si une mention au début du film précise que certaines scènes du long métrage To the Bone pourraient choquer certains téléspectateurs, il ne faut surtout pas s’attendre à une approche comme l’avait pu le faire le cinéaste Darren Aronofsky pour le film Requiem for a Dream (2000) sur la drogue et les addictions. De même, les méthodes annoncées comme révolutionnaires du personnage de Keanu Reeves sont très très loin d’être aussi fortes et marquantes que celle d’un Robin Williams dans Le Cercle des poètes disparus (1989).

Mais même sans jouer au jeu des références, on pourrait aussi reprocher à la réalisatrice Marti Noxon d’avoir choisi de nous placer à la fin du parcours de son personnage principal, nous empêchant ainsi de mieux la connaître et la comprendre. Car si plusieurs facteurs déclenchants sont avancées pour expliquer son état (une famille défaillante, le suicide d’une adolescente lié aux réseaux sociaux et dont elle semble porter la responsabilité…), elles sont à peine évoquées, voire même carrément évacuées par le Dr. William Beckham.

Même regret sur le choix d’un huis clos qui instaure une sorte de normalité à l’état des personnes soignées que rien ne vient vraiment contrebalancer. On ne voit notamment jamais les chiffres de la pesée du matin et l’entourage du personnage principal est montré comme particulièrement dysfonctionnel.

Bref, bien qu’étant parti de son propre vécu, la réalisatrice Marti Noxon a eu au final peut-être peur pour un premier long métrage de trop rester coller à la réalité et a donc préféré filer vers le romanesque et une histoire d’amour plus conventionnelle entre deux jeunes patients. Ce choix donne certes une histoire d’amour originale mais aussi un traitement en demi-teinte du thème de l’anorexie avec une résolution un peu trop forcée et surtout étrangement onirique.

Reste que le film To the Bone a le mérite de parler du sujet si sensible de ces troubles alimentaires qui sont hélas bien souvent les conséquences des standards actuels de la beauté dans notre société.

En savoir plus :

  • To the Bone est disponible sur Netflix depuis le vendredi 14 juillet 2017
Jean-Christophe Nurbel
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3 Commentaires

  1. Bonjour Jean Christophe,

    Je viens juste de regarder ce film, par hasard sur Netflix.

    Je comprends tout à fait que les éléments que vous avancez puissent donner un avis en demi teinte. Mon sentiment, est plutôt que tout a été travaillé sur la symbolique de manière totalement assumée et à mon sens c’est beaucoup plus intéressant de voir à quel point les symboles ont leurs places dans ce film et dans les causes des troubles alimentaires.

    Et je pense, toujours selon moi bien-sûr, que si elle s’était concentrée sur les chiffres, les consultations cela aurait totalement effacé les symboles du cadre. À titre personnel je ne suis pas sur que cela aurait rendu le film aussi beau qu’il ne l’est aujourd’hui.

    Voir Ellen être biberonnée par sa mère à 20 ans, qu’elle image étrange n’est-ce pas ? Pourtant cela a l’air, dans la symbolique, de réparer le lien maternel, ce qui lui permets doucement de réussir à rebondir.

    À bientôt Jean Christophe

    Denis

  2. Bonsoir,

    je tiens à répondre à votre critique sur le film To The Bone car je ne suis pas d’accord avec votre vision. pour l’avoir regardé alors que j’étais au plus fort de l’anorexie, j’ai trouvé la narration et les personnages tout à fait réalistes, et le style parfaitement délicat pour faire voir à des non anorexiques et à des anorexiques ce qu’est cette maladie. Vous dénoncez le trop plein de symboles et la fin bizarrement onirique, et pourtant c’est là que réside le coeur de l’anorexie, dans les symboles, dans ce que l’on voit de dangereux dans la nourriture, dans le corps, dans le quotidien familial et dans la vie en général. je l’exclue pa la pression de la minceur de notre société, mais cela s’ancre bcp plus profondément en soi. L’absence d’un parent, la perte de sens, le refus de la féminité ou de l’âge adulte, que de choses peuvent faire naître l’anorexie mentale. Ah! je précise également : ce n’est pas une question de perte d’appétit âthologique. on a faim. très faim. tout le temps faim. mais on se refuse obstinément, le plus longtemps possible, de manger.
    Les proches hystériques qui gravitent autour de l’héroïne sont aussi très fidèles, car ils essaient encore et encore de trouver des solutions et des institutions qui soigneront leur proche malade, sans vouloir ou sans pouvoir comprendre ce qui la motive. La famille vit la maladie autant que le corps qui en souffre. Je me rappellerai toujours cette scène où Ellen commence à se rendre compte qu’elle est en fait victime de ses pensées et de ses obsessions, d’un système qu’elle a créé, et où elle avoue au médecin « I can’t stop ». Combien de fois je me suis dit la même chose! Contrairement à l’adage populaire, non, on n’a pas fait la moitié du chemin quand on comprend où on en est. C’est un travail abyssal à faire avec soi-même. C’est là que je critique aussi le « huit-clos » dont vous parlez pour vous référer à la maison de soin où va Ellen, car fréquenter d’autres anorexiques, comme rencontrer d’autres malades quand on a une maladie chronique, est le plus difficile de tous les traitements. L’anorexie est une maladie silencieuse, on ne dit rien à personne et discrètement, on disparaît, on ne participe plus à la vie, on ne peut plus manger avec quelqu’un ni parler de soi, c’est une maladie d’enfermement de soi en soi. La maison où va Ellen, au contraire, la force à retrouver une communauté, la force à se montrer et à voir qu’elle n’est ni martyr (car elle n’est pas la seule à souffrir) ni perdue (car il y a notamment un jeune homme qui remonte incroyablement bien la pente). La romance ne m’a pas dérangé car elle est elle aussi traitée sur le mode symbolique. Anorexique, je n’osais plus approcher personne, car j’étais enfoncée en moi-même, persuadée que mon système était le bon, et obsédée par lui. Lorsqu’elle est seule ou en famille, Ellen fait du show off en comptant les calories de son assiette. Seul, on tire toujours une grande fierté de l’anorexie, on se croit tout puissant et en parfait contrôle de ses désirs et de ses besoins qu’on veut supprimer. Elle cesse de le faire une fois en compagnie d’autres malades. Cette partie du film montre aussi que l’anorexie n’a pas une seule cause et est très personnelle, car chaque patiente a son histoire, sa logique, son langage symbolique de la maladie. D’où la résolution intérieure, qui est la seule possible et durable. Il n’y a rien de nian nian à parler du goût de vivre, de l’ouverture vers l’autre, de la beauté de l’amour inconditionnel, du lâcher-prise et de l’acceptation de soi, car toutes ces choses sont ancrés dans le corps, et c’est l’anorexie qui nous l’apprend. Enfin (mon dieu que je suis longue), cette citation « be good. not too good! not perfect » est trop belle et trop essentielle pour que vous puissiez, à mon avis, l’utiliser pour dire que le film est « pas trop bien, pas parfait ». L’envie de perfection et la haine de soi sont au coeur de l’anorexie, et cette phrase de la tante d’Ellen résume tout le drame de cette maladie et de sa résolution. Je vous remercie infiniment si vous avez lu tout mon message. 🙂

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