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Critique / « Tenet » (2020) : Bombe James Bombe

Dernière mise à jour : mai 30th, 2021 at 11:36

Tenet est le terme salvateur du moment. Le dernier long métrage de Christopher Nolan n’est pas seulement un thriller d’espionnage intelligent suivant les péripéties fictionnelles d’un agent évitant une Troisième Guerre mondiale. Il est surtout l’oeuvre tant attendue pour sauver dans notre réalité une partie d’une exploitation cinématographique laissée en berne depuis la crise du coronavirus. La critique et l’avis film de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Muni d’un seul mot – Tenet – et décidé à se battre pour sauver le monde, notre protagoniste (John David Washington) sillonne l’univers crépusculaire de l’espionnage international. Sa mission le projettera dans une dimension qui dépasse le temps. Pourtant, il ne s’agit pas d’un voyage dans le temps, mais d’un renversement temporel…

Une sortie européenne exclusive

Il est peu dire que le nouveau Christopher Nolan est attendu comme le messie par le cinéma français en mal de fréquentations depuis la réouverture des salles après le confinement lié au COVID-19. La sortie de ce blockbuster en cette fin d’été ne s’est pas faite sans peine. Annoncée initialement le 17 juillet puis le 31 juillet ou encore le 12 août, la date de sortie de ce long métrage a, comme son intrigue, joué avec le temps au grand dam de son réalisateur, qui ne pensait pas que sa thématique favorite allait resurgir autant sur la distribution de son film.

Christopher Nolan a poussé lui-même à la sortie de Tenet dans les salles le plus rapidement possible, souhaitant insuffler une relance économique des cinémas et donner à son oeuvre un parfum de « nouveau monde ». C’était sans compter sur la frilosité de la Warner qui, à juste titre, ne souhaitait pas voir sacrifier un long métrage au budget colossal sur le terrain de la jauge réduite des salles de projection. Par crainte de piratage, le distributeur aspirait également à une sortie mondiale pour Tenet, refusant dans un premier temps de décaler la sortie européenne de celle des Etats-Unis.

Il est dit que Christopher Nolan lui-même a eu raison de cette stratégie mondialiste du distributeur et a permis une sortie du film uniquement sur les territoires de l’Europe, remettant à plus tard la sortie américaine où les conditions sanitaires ne permettent pas encore d’envisager une exploitation viable. Le 26 août, la France est donc l’un des premiers pays au monde à découvrir Tenet.

Tenet : Un blockbuster grandiose et intelligent

Sans plus de suspens, Christopher Nolan ne déçoit pas avec ce blockbuster grandiose et hautement intelligent. A l’heure où les grosses productions américaines sont boostées à la progestérone stéréotypée, noyées dans un scénario souvent bâclé et aux scènes d’action pop corn prédominantes, Tenet en est le fier contre exemple puisqu’il combine un cinéma à haute sensation avec une écriture minutieuse.

En effet, avec son budget de 200 millions de dollars, Christopher Nolan a vu les choses en grand pour construire des scènes époustouflantes. On remarque particulièrement le crash d’un (vrai) avion sur un hangar qui donne aux spectateurs son lot d’explosions spectaculaires. Quelques minutes plus tard, on est scotché à son siège par la technicité d’une course poursuite sur une autoroute avec un véhicule lancé en pleine vitesse en marche arrière.

Mais on le sait avec Christopher Nolan, on ne vient pas voir « que » du grand spectacle. Le cinéaste a le temps comme thématique qu’il traite dans la plupart de ses films, toujours avec une conception très physicienne. Inception abordait ainsi les méandres du comportementalisme des rêves, Interstellar la mécanique quantique et les théories de la relativité.

On comprend dans sa bande annonce que Tenet va continuer à jouer avec la temporalité et les relativités à travers les « reverses », qui permettent d’inverser le temps. Dans ce monde modifié, l’agent tout risque reçoit par exemple une balle dans son pistolet lorsque celui-ci tire ou encore doit se battre contre un soldat dont les mouvements sont à l’envers.

C’est que Tenet mérite une attention particulière. Christopher Nolan s’amuse en effet à jouer avec les nerfs de ses spectateurs en les perdant dans les méandres de l’incompréhension dans toute la première partie. A ce moment, le cinéaste est le seul à détenir les clés de son film et il s’agit pour le spectateur de se laisser porter par la trame générale de l’oeuvre en se résignant à ne pas pas pouoir tout expliquer. Puis, comme toujours dans tout film de Nolan, il survient cette scène pivot où tous les morceaux se recollent et on finit par comprendre la logique de l’univers. Remarquablement amenée, elle est un délice de réalisation où, sans trop en dire, le passé se conjugue avec le futur (ou bien le présent) à travers une brèche matérialisée par un changement de colorimétrie.

Une saga bondienne

Christopher Nolan n’a jamais caché sa fascination pour la saga James Bond. Il en fait d’ailleurs un hommage dans Inception lors d’une scène de descente à ski. Tenet marque cependant l’apothéose d’une inspiration bondienne, tant le film aurait pu être un épisode de l’agent créé par Ian Fleming.

La séquence d’ouverture, caractéristique des longs métrages de l’agent anglais, est ainsi reprise dans Tenet avec une conception des plus spectaculaires. Au cours d’une prise d’otage dans un opéra en Ukraine, des agents de terrain interviennent pour déjouer l’attaque terroriste.

La trame narrative est également empruntée aux plus belles aventures d’espionnage, en particulier Goldeneye, avec la très basique menace nucléaire provoquée par un puissant russe (Kenneth Branagh).

L’agent, interprété par John David Washington, a lui-même tous les atouts pour être un successeur à 007, alors que les fans de la saga appellent depuis plusieurs années le choix d’un acteur noir pour reprendre la place laissée vacante par Daniel Craig après Mourir Peut Attendre (Idris Elba ayant été un temps en lice). Son personnage de John David Washington a la classe british, que ce soit dans son attitude ou dans son style vestimentaire, après que le fidèle acteur Michael Caine ait parfait son style lors d’un caméo savoureux.

Le fils de Denzel Washington tient ici un rôle pivot qui va le propulser dans l’entertainment hollywoodien, deux ans après sa participation à Blackkklansman de Spike Lee. Il est épaulé par Robert Pattinson, qui a aboli depuis bien longtemps son étiquette Twilight et qui a ici l’aura d’une grande vedette populaire dans les habits d’un agent mystérieux qui regorge de secrets.

De son côté, Elizabeth Debicki, future Diana dans la série Netflix The Crown, a évidemment l’étoffe d’une James Bond girl. L’actrice australienne modernise ce statut en abolissant l’image de la femme objet. Dans Tenet, l’héroine n’a pas besoin de sortir avec le héros, ni même de coucher avec lui pour gagner de l’intérêt. Elle prend part d’une manière non négligeable à la résolution de l’intrigue.

La comédienne française Clémence Poesy, aperçue dans une unique scène de Tenet, a tout d’un agent Q. C’est lors d’un briefing technique et scientifique qu’elle va expliquer au protagoniste, et aux spectateurs par la même occasion, le concept de « l’entropie » (degré de désorganisation, ou d’imprédictibilité, du contenu en informations d’un système). Empruntées de recherches réellement effectuées par la NASA, des particules portant des anomalies proviendraient d’univers parallèle où le temps se déroule à l’envers.

Notre avis ?

En somme, Tenet coche toutes les cases de la réussite pour Christopher Nolan, qui fait de son nouveau long métrage un évènement spectaculaire, riche pour les yeux et pour le cerveau. Le réalisateur garde ainsi sa stature de grand nom du cinéma américain qui, à l’instar de James Cameron ou Steven Spielberg, tient en orfèvre ses propositions cinématographiques.

En savoir plus :

Antoine Corte

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