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Suite Francaise affiche film cinéma

Critique / « Suite Française » (2014) : mémoire de notre mère

Dernière mise à jour article : 22 octobre 2020 à 10:04

Décryptage d’un phénomène littéraire, écrit par Denise Epstein, fille d’Irène Némirovsky, et porté aujourd’hui sur les écrans par la réalisatrice Saul Dib : Suite Française. La critique et l’avis film de Bulles de Culture.

Synopsis :

L’histoire se base sur la situation d’un petit village durant l’occupation allemande. Alors que chaque habitant adopte des postures différents vis-à-vis des nazis, on suit plus particulièrement le destin de Lucile Angellier (Michelle Williams), femme délaissée par un mari parti à la guerre, qui tombe, malgré elle, sous le charme d’un officier gradé, Bruno von Falk (Matthias Schoenaerts).

Suite Française : adaptation cinématographique du Prix Renaudot

« C’est un sentiment incroyable de constater le succès obtenu par l’œuvre de ma mère. Cela prouve que les Nazis n’ont pas vraiment réussi à la faire disparaitre. Ce n’est pas une vengeance, c’est une victoire ». Ces quelques mots prononcés par Denise Epstein témoigne de sa démarche artistique singulière, transformée en succès littéraire et baseé sur un travail de mémoire et d’hommage.

Critique / "Suite Française" (2014) : mémoire de notre mère 1 image
© Steffan Hill

C’est au cours de la Seconde Guerre mondiale que l’auteur juive ukrainienne, Irène Némirovsky, écrit plusieurs courts romans. À sa déportation à Auschwitz, les ébauches de ses écritures sont laissées à sa fille Denise Epstein qui se refuse de les lire, pensant découvrir le journal intime de sa mère. Ce n’est que cinquante ans plus tard que cette dernière prend connaissance de ce qui s’avérera finalement des œuvres de fiction.

Dès sa publication, Suite Française rencontre un grand succès public. Le récit est également couronné du Prix Renaudot. En 2007, l’adaptation cinématographique est lancée, sous l’œil bienveillant de Denise Epstein qui décédera deux mois avant le début du tournage.

La réalisatrice Saul Dibb livre ici un film classique dont les rouages ne sont pas sans rappeler ceux de la série française Un village français, diffusée sur France 3. On y retrouve en effet cette structure basée sur un même lieu, en l’occurrence le village de Bussy pour Suite Française. Les habitants, aux personnalités singulières, sont épiés par le spectateur comme ils le sont par les Nazis. On participe presque à la vie quotidienne de ce village, îlots isolés du reste du monde et qu’on souhaite préserver des atrocités liés à la déportation.

Un casting 5 étoiles

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© Steffan Hill

Ce focus dans les campagnes françaises a d’ailleurs été décrié par un cercle restreint de Juifs américains qui reprochaient à l’œuvre d’occulter la question de l’antisémitisme. Pour autant, ce choix, retranscrit fidèlement dans le film, n’apparait pas véritablement contestable, sachant que la pleine mesure des atrocités nazis n’a été révélée qu’à la découverte des camps de concentration.

Classicisme aussi dans la technique, la lumière — utilisation d’un filtre jaune — qui accentue la mise en avant d’un passé aujourd’hui révolu. On y salue dans Suite Française un casting cinq étoiles et éclectique avec des talents venus de tous horizons, avec notamment Michelle Williams, Kristin Scott Thomas et Matthias Schoenaerts dans les rôles-titres.

Une version originale à privilégier

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© Steffan Hill

Pour la partie musicale, Alexandre Desplat fait encore des merveilles, en composant une ballade pleine d’émotion, nommée Dolce, qui accompagne les scènes dramatiques du film — dans ce dernier, elle est composée par l’officier allemand comme une ode à l’amour.

La création de la partie orchestrale revient quand à elle pour partie à Rael Jones qui sort un peu l’artillerie lourde, tombant parfois trop dans le spectaculaire.

Cependant, le plus gros défaut du film Suite Française résulte dans un problème au niveau du doublage. On comprend les choix tortueux des producteurs de tourner l’œuvre en anglais et en allemand pour la carrière internationale de l’œuvre. Pour autant, dans notre contrée, la version doublée française ne passe pas. Aussi, on ne peut que vous conseiller d’opter pour l’original, même s’il peut paraitre plus que suspect que des Français puissent parler parfaitement, et avec l’accent impeccable, la langue de Shakespeare.

En savoir plus :

Antoine Corte

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