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Silvio et les autres affiche film paolo sorrentino

Critique / « Silvio et les autres » (2018) : luxure à la Berlusconi

Dernière mise à jour article : 5 juin 2020 à 23:40

Silvio et les autres (Loro 1 et Loro 2), film italien du réalisateur Paolo Sorrentino avec Toni Servillo, Elena Sofia Ricci et Riccardo Scamarcio, est dans les salles de cinéma depuis le 31 octobre 2018. L’avis et la critique film de Bulles de Culture sur ce long métrage dont le sujet est Silvio Berlusconi.

Synopsis :

Il a habité nos imaginaires par la puissance de son empire médiatique, son ascension fulgurante et sa capacité à survivre aux revers politiques et aux déboires judiciaires. Il a incarné pendant vingt ans le laboratoire de l’Europe et le triomphe absolu du modèle libéral après la chute du communisme. Entre déclin et intimité impossible, Silvio Berlusconi (Toni Servillo) incarne une époque qui se cherche, désespérée d’être vide.

Silvio et les autres : déluge de luxure

Silvio et les autres : Photo Giovanni Esposito, Toni Servillo
© Gianni Fiorito

« Tout est vrai/faux« , scande la bande annonce de Silvio et les autres accompagnée du titre King of My Castle de Wamdue Project en guise de musique de fond. Le marketing autour du film annonce bien tout le déluge de luxure de cette nouvelle proposition de Paolo Sorrentino. Cette dernière dépeint l’univers de débauche de l’ancien président italien.

« Il Cavaliere » aime la jeunesse et les femmes comme on le voit dans cette oeuvre toujours très stylisée du réalisateur. Celui-ci créé un film centré presque uniquement sur les fêtes indécentes du dirigeant. Le visuel est extrêmement soigné et montre les magnifiques corps et poitrines dans des postures subjectives et dansant sur les podiums de la ville du chef. Mais l’accent mis sur la futilité de ces parties fines montre en réalité le désordre et la légèreté avec laquelle Silvio Berlusconi envisage le pouvoir.

De prime abord très caricatural, Silvio et les autres est en réalité une oeuvre plus profonde qu’il n’y parait avec plusieurs niveaux de lecture. Il est dommage cependant que le réalisateur mette trop en avant l’aspect insouciant du personnage, basculant au second plan ses plus noires scandales comme le trafic de drogues, les complicités d’attentats ou les fraudes fiscales.

La construction narrative de Paolo Sorrentino pour ce film poursuit une filmographie du mystique et des symboles. L’ouverture du film n’y déroge pas lorsqu’on voit un jeune mouton pénétré dans le salon de la villa du maestro où une télévision est allumée sur une des chaînes de télévision. L’animal succombe ensuite au vent glacial d’une climatisation réglée sur 0 degré. Même effet de style pour la dernière séquence où le lyrisme bat son plein — mais pas de spoilers dans cet article !

Un condensé de la filmographie de Paolo Sorrentino

Silvio et les autres : Photo Elena Sofia Ricci, Toni Servillo
© Gianni Fiorito

Ce Silvio et les autres est un condensé de la filmographie de Paolo Sorrentino. Les scènes de liesse collent à l’héritage de La Grande Bellezza (2013) dans une Rome totalement sublimée. On retrouve également ce thème récurrent de la quête de jeunesse, toujours au centre des problématiques du réalisateur. On imagine bien Berlusconi terminer ses vieux jours au centre de remise en forme de Youth (2015).

L’image de la femme selon Sorrentino est d’ailleurs assez binaire. Au-delà des portraits monolithiques du harem que se fait le président dans le film, il est troublant de constater que l’actrice Kasia Smutniak, interprétant une conquête de l’homme politique, ressemble étrangement à Rachel Weisz, muse du cinéaste dans son précédent film. Autre acteur fétiche de ce dernier, Toni Servillo campe avec grande similitude Silvio Berlusconi, grâce notamment à un masque badigeonné d’auto-bronzant et affublé d’un sourire carnassier permanent.

Déception en revanche autour de l’acteur Riccardo Scarmacio interprétant Sergio Morra. Pourtant omniprésent en première partie du film, alors que Silvio n’a pas fait encore son apparition, son traitement est plutôt bâclé jusqu’à ce qu’il disparaisse totalement, et presque sans explication, dans la dernière demi-heure. Le charisme infernal de celui qui fût élu « politique le plus sexy » par le magazine Playboy aura eu raison des rôles secondaires !

La longueur de la version française (2h38) de Silvio et les autres, qui est composée en réalité de deux films sortis en 2018 en Italie, Loro 1 et Loro 2, montre quelques soucis de montages avec des longueurs et répétitions inutiles. On sent que la compilation a été difficile pour Paolo Sorrentino, plus habitué ces dernières années à travailler ses portraits sur la longueur comme dans sa série The Young Pope.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 31/10/2018
  • Distribution France : Pathé Films
Antoine Corte

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