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Critique & Interviews / « Sauvage » (2018) de Camille Vidal-Naquet

Dernière mise à jour article : 11 juillet 2020 à 23:52

« Le film traite de la tendresse entre hommes, un sujet qu’on ne voit pas souvent »

Bulles de Culture : Dans le film Sauvage, le seul personnage féminin significatif est une figure proche de la maternité…

Camille Vidal-Naquet : Le film traite de la tendresse entre hommes, un sujet qu’on ne voit pas souvent. La tendresse entre hommes et femmes ou entre femmes semble normale. Pour moi, il y a une misogynie sous-jacente : on attribue la tendresse aux femmes.

Et au milieu du film, il y a ce personnage, qui d’ailleurs aurait pu être joué par un homme et parler de l’aspect maternel que peut avoir la tendresse d’un homme.

Mais il m’est venu d’autre chose : de ma médecin-généraliste que je connais depuis 30 ans, qui me touche et m’impressionne énormément par son humanité. Je voulais montrer cette manière d’être dans la compréhension, sans être nunuche. Elle pose des questions à Léo sur la santé et lui dit « Là si vous avez des problèmes, c’est parce que vous ne vous nourrissez pas bien ».

Mais en même temps, elle n’est jamais dans le jugement, elle essaie juste de comprendre. Le moment d’affection qui a lieu au milieu du rendez-vous, je le trouve intéressant parce que je me dis : comment un médecin réagit-il à ça ?

« C’est l’intensité du moment seulement, sans rien prévoir »

Bulles de Culture : Justement, la médecin dit à Léo qu’il faut qu’il se soigne, qu’il a une maladie. Sa vie telle qu’elle est, en dehors de tout jugement ou de question morale mais de façon très concrète, elle n’est pas viable…

Camille Vidal-Naquet : C’est le prix à payer pour cette forme-là de liberté : une déconnexion totale des conséquences des actes. Le personnage a une espèce de capacité à l’oubli de lui-même qui est incompréhensible. C’est l’intensité du moment seulement, sans rien prévoir. On ne sait pas pourquoi il est comme ça, pourquoi il est avec des clients violents, pourquoi il ne se soigne pas… Il a un don absolu de lui sans véritablement y réfléchir.

Pour autant, il y a une bienveillance autour de Léo. Il est constamment sauvé. Ce qu’il vit est très dur mais à la fin quand il va mourir, quelqu’un le ramasse. Quand on ne le paie pas, quelqu’un vient casser la figure au client, quand il est malade quelqu’un lui dit « Soigne-toi ».

Il a une innocence d’enfant et comme un enfant, quand il ne va pas bien, quelqu’un s’occupe de lui. Il s’abandonne à l’autre dans une confiance absolue et c’est ce qui est beau. Cette inconscience absolue est à la fois terrifiante et je trouve assez fascinante.

Zoé Klein

Un commentaire

  1. Magnifique film, à voir impérativement pour sa force.

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