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Critique & Interviews / « Sauvage » (2018) de Camille Vidal-Naquet

Dernière mise à jour article : 11 juillet 2020 à 23:52

Interview du réalisateur Camille Vidal-Naquet et des comédiens Félix Maritaud et Éric Bernard

Bulles de Culture : Que dit le film Sauvage sur la marginalité ?

Félix Maritaud : C’est avant tout un film qui parle de choses très universelles : la relation amoureuse, les sensations de rejet, de manque, de tendresse, le besoin de l’autre, etc… Ce qui est assez fort c’est de réussir à créer ces sensations dans un milieu interlope, un lieu que la société a laissé tomber, auquel elle ne s’intéresse pas. La police ne fait rien là-bas. Il y a très peu de systèmes de services sociaux qui s’occupent des garçons qui se prostituent au bois de Boulogne.

Il y a presque une négation politique de l’existence d’une prostitution des hommes. Quand tu dis pute, c’est tout de suite une fille. Il y a des gens qui n’arrivent même pas à imaginer que ça existe.

Bulles de Culture : Camille Vidal-Naquet, quel instinct vous a mené à vous intéresser à ces garçons-là plutôt qu’à d’autres catégories de personnes méconnues et marginales ?

Camille Vidal-Naquet : Je ne suis pas parti d’un sujet. J’avais un personnage que j’avais développé dans mes court-métrages : un jeune homme de 20 ans qui se lance dans les rues, seul, en quête d’amour.

J’avais beaucoup travaillé sur la solitude et j’avais envie de m’intéresser à une solitude du côté de la marginalisation, qui est au-dessus des règles, attachée à aucune possession, qui est au-dessus de tout ça. C’est-à-dire une manière de vivre qu’on ne connaît pas nous. Spontanément ça m’a mené à un milieu de précarité.

Ce n’est pas un film à thème : c’est l’énergie et l’émotion d’un personnage.

« Le geste politique de Sauvage est de donner à voir »

Bulles de Culture : Une femme prostituée transgenre a été assassinée dans le bois de Boulogne le 24 août 2018, réveillant le débat politique autour de la prostitution. Sauvage porte-t-il un message politique ?

Camille Vidal-Naquet : Ce n’est pas un film militant au sens classique du terme. Il ne s’agit pas d’une analyse sociologique, politique, qui prend un parti pour le défendre.

Le geste politique du film est de donner à voir. De montrer des garçons qu’on a tendance à associer à une fonction : des prostitués — moi, je dis des garçons — et leur rendre leur humanité. Le film montre des personnes qu’on n’a pas l’habitude de voir, une activité qu’on ne connaît pas très bien.

Le temps que j’ai passé avec eux, j’ai essayé de le mettre à l’écran, dans le scénario, de rajouter tout ce que j’ai pu vivre avec ces garçons. En ce sens-là, il y a un geste politique.

Bulles de Culture : Pourquoi le film s’appelle-t-il « Sauvage » ?

Camille Vidal-Naquet : Il y a d’abord l’idée d’un personnage sur lequel la domestication ne fonctionne pas. C’est quelqu’un qui est très instinctif, animal, qui n’est pas dans l’analyse des choses, dans la réflexion, les plans de carrière. Il vit des instants. Il a un rapport à la nature privilégié, on a du mal à le dompter.

« Sauvage », c’est aussi l’énergie du film, qui a été fait un peu “à la sauvage”. La caméra est très en mouvement, fébrile. Le montage assez épileptique ne respecte pas les règles de la grammaire traditionnelle, tout comme l’écriture.

Zoé Klein

Un commentaire

  1. Magnifique film, à voir impérativement pour sa force.

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