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Opération Condor - sélection de livres sur une campagne de crimes transnationaux couvertures de livres

Critiques / « Opération Condor » : sélection de livres sur cette campagne de crimes transnationaux

Le condor, un charognard, est un prédateur qui sévit en Californie et dans les Andes. Son nom, dans les années 1970, a servi à une opération frappant de nombreux pays d’Amérique latine : l’« opération Condor ». Disparitions, assassinats, détentions illégales et vols d’enfants y ont été perpétrés par les services secrets de ces pays avec le soutien entre autres des États-Unis. Quelques excellents opus (roman noir, roman policier, récit, roman autobiographique ou simple roman) ont été produits. Critiques et avis livres.

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L.

Les auteurs Patrick Bard (Orphelins de sang), Erich Hackl (Sara et Simón), Julián Fuks (Ni partir, ni rester), Jean-Paul Delfino (Dans l’ombre du Condor), Caryl Fery (Condor) et Laura Alcoba (Le bleu des abeilles) connaissent le pays dont ils parlent, pour y avoir vécu ou voyagé un certain temps. Documentation et recherches importantes sous-tendent nombre de leurs ouvrages. Ils y décrivent parfaitement la dictature avec ses exactions et ses conséquences, que ce soit au Guatemala, au Brésil, en Uruguay, au Chili ou en Argentine. Écrits  entre 2005 et 2016, ces livres sont émouvants et sont une magnifique trace d’Histoire.

« Opération Condor » au cœur du trafic d’enfants

Synopsis d’Orphelins de sang :

On ne compte plus les cadavres à Ciudad de Guatemala. Et quand une femme est retrouvée vivante, c’est son bébé qui a disparu. Excellent sujet d’enquête pour Victor Hugo Hueso, officier des pompiers municipaux qui rêve de devenir journaliste. Loin de là, en Californie, un couple en mal d’enfant tombe sur une annonce attrayante : « Adoptez au Guatemala. Temps d’attente moyen : entre un et quatre mois ».

Orphelins de sang (2010) de Patrick Bard décortique le trafic d’enfants entre le Guatemala et les Etats-Unis sous l’autorité de gangs et de cabinets d’avocats véreux. L’action se situe dans les années 2000 à Ciudad de Guatemala, l’une des villes les plus criminogènes au monde, conséquence de la longue période dictatoriale vécu par ce pays. C’est aussi l’occasion de rappeler les crimes commis contre les populations indiennes. Le récit est porté par une plume alerte, vive et percutante. Un livre au-delà du roman policier ou du roman noir, il s’agit d’une solide enquête romancée comme l’était un autre de ses romans, La Frontière (2002).

Synopsis de Sara et Simón :

13 juillet 1976, en Argentine. Un commando de militaires fait irruption dans une maison de Buenos Aires où se cachent deux réfugiées politiques uruguayennes : l’une d’elles, Sara Méndez, est une militante recherchée depuis plusieurs années. Avec cette arrestation, la jeune maîtresse d’école voit sa vie basculer. Les soldats la séparent immédiatement de Simón, son fils tout juste âgé de trois semaines. Elle est conduite dans une prison clandestine de la capitale argentine pour y être interrogée. Cette prison est en fait un ancien garage appelé à devenir tristement célèbre : Automotores Orletti. Sara Méndez va y subir – comme des dizaines d’autres prisonniers – les pires tortures. Au bout de dix jours, elle est discrètement ramenée en Uruguay pour répondre à de nouveaux interrogatoires, puis être officiellement emprisonnée. Elle restera en prison jusqu’en 1981, date à laquelle elle est enfin libérée. Commence alors le début d’une quête qui durera plus de vingt ans et fera d’elle l’une des victimes emblématiques de la dictature : retrouver Simón, le fils qui lui a été enlevé.

Dans un style sobre, minimaliste, sec et factuel Erich Hackl raconte l’histoire de Sara Mendez, militante uruguayenne dans Sara et Simón. Réfugiée en Argentine, elle y est arrêtée en 1976 et son bébé de trois semaines lui est arraché. Depuis 1981, date de sa libération, et malgré les embûches et difficultés juridiques rencontrées, elle recherche son enfant. Un combat poignant d’une mère consciente que son fils est peut être vivant et adopté par une famille qui l’aime comme si il était le leur.

Des récits d’exils et de filiation

Synopsis de Ni partir, ni rester :

Suite au coup d’état de 1976, un couple dissident quitte l’Argentine pour le Brésil accompagné du bébé que leur avait confié une sage-femme. C’est ensuite en exil qu’ils donnent naissance à Sebastián et à sa sœur. Aujourd’hui écrivain, Sebastián s’interroge sur les origines de son grand-frère adopté dont on ne sait presque rien de la famille biologique. L’auteur se rend à Buenos Aires à la rencontre des Grands-Mères de la place de Mai, une organisation rassemblant des femmes dont les petits-enfants ont été volés à leurs parents par le régime militaire…

Dans Ni partir, ni rester (2015), Julián Fuks écrit sur son frère aîné tout en s’adressant à  lui. Vivant au Brésil après la fuite de ses parents adoptifs argentins, des doutes sur sa filiation rongent son existence. Les non-dits et les silences familiaux empêchent toute construction individuelle. Nostalgie,  écriture fiévreuse, densité des réflexions et interrogations au programme d’un livre qui se dévore.

Synopsis de Dans l’ombre du Condor :

Lucina, 16 ans, a deux passions : la musique et la politique. Paulinho, 20 ans, rêve de richesse et de femmes. La vie est douce à Rio de Janeiro, au rythme de la bossa-nova et du football… mais, en ce début des années 1960, le plan « Condor » élaboré par la CIA pour mettre au pas les démocraties du Sud étend son ombre sur le Brésil. Et risque de changer à jamais la destinée des deux jeunes gens…

Jean-Paul Delfino analyse en détail la montée de la dictature au Brésil. Certains militent et résistent pour conserver leurs libertés. D’autres s’engagent dans la compromission et la répression. Ils collaborent avec la CIA dans la lutte contre les communistes ou supposés tels. Les protagonistes, complexes et engagés, marquent durablement le lecteur. Dans l’ombre du Condor (2006), pivot de la trilogie brésilienne de l’auteur, est un livre très réussi, rempli de rage et d’espoirs.   

Les passés douloureux du « Condor »

Synopsis de Condor :

Dans le quartier brûlant de La Victoria, à Santiago, quatre cadavres d’adolescents sont retrouvés au cours de la même semaine. Face à l’indifférence des pouvoirs publics, Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par sa destinée chamanique et les souffrances de son peuple, s’empare de l’affaire. Avec l’aide de son ami Stefano, militant rentré au Chili après plusieurs décennies d’exil, et de l’avocat Esteban Roz-Tagle, dandy abonné aux causes perdues qui convertit sa fortune familiale en litres de pisco sour, elle tente de percer le mystère. Dans un pays encore gangrené par l’héritage politique et économique de Pinochet, où les puissances de l’argent règnent en toute impunité, l’enquête dérange, les plaies se rouvrent, l’amour devient mystique et les cadavres s’accumulent…

A partir de la mort d’un gamin qui sniffait de la colle, Caryl Férey nous confronte au passé noir du Chili avec Condor (2016). Gabriela, une jeune Mapuche, Estebàn, un avocat désespéré, et Stefano, un survivant de la période des geôles, forment un trio inoubliable. Caryl Férey est un auteur qui accroche toujours ses lecteurs dans un climat de violence et de rébellion.

Synopsis de Le bleu des abeilles :

À 10 ans, l’héroïne quitte l’Argentine de Videla pour rejoindre sa mère réfugiée en France tandis que son père est emprisonné à La Plata. À la dure réalité de l’exil se mêle bientôt l’enthousiasme de la découverte d’un pays et d’une langue.

Dans Le bleu des abeilles (2015), Laura Alcoba livre ses souvenirs d’enfant déracinée d’Argentine en France alors que son père est encore emprisonné. L’exil induit la perte d’une culture et d’une langue, la découverte d’un autre monde. Un livre plein de sensibilité et d’une grande justesse.

Les dictatures nées de l’ »opération Condor » en Amérique latine sont donc dépeintes avec acuité et lucidité par ces six auteurs si différents. De très bons livres pour se divertir et se souvenir.

En savoir plus :

  • Orphelins de sang de Patrick Bard, Éditions Points, 2010, à partir de 7.90 euros
  • Sara et Simón de Erich Hackl, Éditions Viviane Hamy, 2005, à partir de 7 euros
  • Ni partir, ni rester de Julián Fuks, Éditions Grasset, 2015, à partir de 11.99 euros
  • Dans l’ombre du Condor de Jean-Paul Delfino, Éditions Points, 2006, à partir de 7.70 euros
  • Condor de Caryl Fery, éditions Gallimard, collection Folio policier, 2016, à partir de 8.49 euros
  • Le bleu des abeilles de Laura Alcoba, éditions Gallimard, collection Folio, 2015, à partir de 6.49 euros
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