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© Crédit KOUSKAS

Interview / Lucas Belvaux pour « Des hommes » : « C’est un film sur les blessures de guerre et la mémoire »

Dernière mise à jour : juin 8th, 2021 at 03:49

Adaptation cinématographique du roman éponyme de Laurent Mauvignier, publié en 2009 aux Éditions de Minuit, et label Cannes 2020, Des hommes (2020) est le nouveau long métrage de Lucas Belvaux avec Gérard Depardieu, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin et Yoann Zimmer. Rencontre Bulles de Culture avec l’auteur-réalisateur belge.

Synopsis :

Ils ont été appelés en Algérie au moment des « événements » en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies.

Mais parfois il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.

Des hommes : interview de l’auteur-réalisateur Lucas Belvaux

DES HOMMES Lucas Belvaux image film cinéma
© Synecdoche / Artemis Productions / Photographe David Koskas

Bulles de Culture : Comment présenteriez-vous votre adaptation du roman Des hommes de Laurent Mauvignier ?

Lucas Belvaux : C’est d’abord un film sur la mémoire des anciens combattants d’Algérie et plus généralement sur les blessures de guerre et la mémoire. Et bien sûr, sur l’impact d’une guerre sur un pays.

Bulles de Culture : Avez-vous donné le roman à lire à vos acteurs ?

Lucas Belvaux : Non, pas vraiment. A mon sens, ils sont libres. D’une manière générale, d’ailleurs, j’aime bien travailler dans la transparence : sur le plateau j’explique à tout le monde ce que je fais. Je ne suis pas le genre de réalisateur qui va essayer de voler des choses à ses acteurs, à leur cacher les choses.

S’il y a un livre et que l’acteur en a besoin pour travailler, c’est bien qu’il le lise. Et s’il préfère ne pas le lire pour ne rester qu’avec le scénario, c’est son choix. C’est la technique de chacun, je n’ai aucun problème avec ça.

« Je ne voulais pas que le spectateur soit choqué, mais ému »

DES HOMMES Lucas Belvaux image film cinéma
© Synecdoche / Artemis Productions / Photographe David Koskas

Bulles de Culture : Votre film Des hommes propose une utilisation de la voix off assez particulière, avec des changements de narrateurs, une omniprésence… C’était posé dès le départ ?

Lucas Belvaux : Oui, oui. En fait, c’était une des idées formelles qui m’excitait beaucoup. J’y ai pensé pendant tout le tournage. J’attendais le mixage avec énormément d’impatience pour voir si mon idée fonctionnait vraiment.

D’ailleurs, j’ai tenté de concevoir les voix off comme de la musique. Si vous faites attention, il y a très peu de musiques dans le film et ce n’est pas un hasard.  Il y a la voix de Jean-Pierre Darroussin, de Gérard Depardieu, de Catherine Frot, des jeunes acteurs et mon idée était de les agencer comme pour une partition.

Au début, il n’y en a qu’une, puis deux, puis cinq….  Et à un moment donné, elles vont toutes se répondre, entres-elles. Quelque part, elles représentent l’histoire commune de la France qui se raconte à travers cette multiplicité de voix. Et peu à peu, tout cela va se réduire pour revenir à une seule voix off à la fin du film.

Mais j’aimais bien aussi l’idée qu’avec une voix off, on puisse murmurer à l’oreille du spectateur, comme un enfant à qui on raconte une histoire le soir.  Cela me permettait d’adoucir la grande violence qu’il y avait dans le récit.

C’est quand même un film qui parle de violence, de sauvagerie et de barbarie. Et je ne voulais pas que le spectateur soit choqué, mais ému.

Bulles de Culture : Il y a même plusieurs types de voix off…

Lucas Belvaux : Exactement, et chacune a des statuts différents.
Il y a la voix off traditionnelle, une sorte de soliloque intérieur.
Ensuite, il y a celles construites comme des dialogues, surtout ente les personnages de Daroussin et de Depardieu : ils sont chez eux tous seuls la nuit, mais la voix est traitée comme s’ils se parlaient et que leurs voix se répondaient.
Il y a aussi les voix off de Catherine qui sont des lectures de lettres.
Enfin, il y a également les voix in montés off : des gens qui parlent et dont on reprend les dialogues pour les mettre en voix off.

Je voulais en fait qu’il y ait toutes les figures possibles de la voix off dans le film : que soit véritablement une figure de style et non une voix plaquée sur des images, juste pour raconter une histoire quand on n’y arrive pas.

Bulles de Culture : Finalement, peut-on dire que c’est un film sur les non-dits ?

Lucas Belvaux : Effectivement. Le film traite beaucoup des silences, de l’indicible, de ce qu’on ne peut pas raconter et de ce qu’on ne veut pas entendre.

Comme le dit l’historien Benjamin Stora dans une très jolie formule : « La guerre d’Algérie, c’est le secret de famille de la France ». Et, le film parle de ça.

Propos recueillis en août 2020 en Charentes.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 02/06/2020
  • Distribution France : Ad Vitam
Nicolas Bellet

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