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Les Limbes d'Étienne Saglio photo cirque
© Etienne Saglio / Monstre(s)

Critique / « Les Limbes » d’Étienne Saglio : la mort en face

Avec Les Limbes, Étienne Saglio invite son public à le suivre dans un monde métaphorique et inquiétant. À l’instar de Dante, il nous emporte dans un voyage après la mort dont on ne sort pas indemne. L’avis et la critique de Bulles de Culture sur ce spectacle vu à l’Espace des Arts, Scène nationale Chalon-sur-Saône.

Synopsis :

Quel voyage peut-on bien faire lorsqu’on vient de mourir ? Vers quelles abysses, quelles profondeurs inquiétantes s’enfonce-t-on ? Et qui pour peupler cet espace intermédiaire qui emprunte aux Enfers antiques ou à ceux de Dante ? Toutefois ce ne sont ni Orphée, ni Virgile que nous suivons dans l’au-delà, mais un Étienne Saglio dont l’imagination macabre est fascinante.

Les Limbes : la magie de la fantasmagorie 

Les Limbes d'Étienne Saglio photo cirque
© Etienne Saglio / Monstre(s)

Le propos des Limbes peut inquiéter : qui, de prime abord, a envie d’imaginer les mondes qui se dévoilent après la mort ? Étienne Saglio s’en empare pourtant et fait surgir devant nos yeux un univers singulier peuplé d’illusions, de chimère et d’extravagance. S’éloignant de l’imaginaire antique, de celui de Dante ou des imageries chrétiennes, Étienne Saglio invente un monde d’après qui lui est propre, fantasque et surprenant.

C’est d’abord le minimalisme du dispositif scénique qui interpelle. Le comédien, un crâne, un manteau rouge, une épée. Un duel s’engage. Est-ce un duel face à soi, un rite de passage, une lutte pour revenir à la vie ? Nul-le ne le sait. Mais la musique s’élève, puissante et engageante — il s’agit du Stabat Mater de Vivaldi. La magie s’incarne quant à elle dans des formes variées. Celles déjà que prennent ces morceaux de plastique, devenus monstres marins, méduses envahissantes… monstres surgis d’une poche et disparus en quelques secondes. L’enchantement prend aussi des formes plus complexes, avec des jeux d’ombres et de duplication que la vidéo-projection fait naître.

Un double-je(u) troublant

Les Limbes d'Étienne Saglio photo cirque
© Etienne Saglio / Monstre(s)

S’il est un thème qui sous-tend l’ensemble du spectacle, c’est bien celui du double. Double maléfique, double fantomatique, double drolatique aussi. Étienne Saglio enchaîne les jeux de dédoublement, de faux-semblants, de reflets. Nul n’aura incarné si justement cette célèbre affirmation d’Arthur Rimbaud selon laquelle « Je est un autre ».

Mannequin hyper-réaliste, projections dédoublées, la magie d’Étienne Saglio dans Les Limbes finit par susciter le doute. On confond le personnage et ses avatars, le personnage et ses doubles. C’est au fond la dimension la plus troublante du spectacle, tant on se sent schizophrène devant un tel panel de soi, démuni-e face à l’idée que c’est soi l’éternel-le adversaire.

Nul doute en tout cas que dans ces mondes qu’Étienne Saglio fait surgir avec Les Limbes, mondes teintés d’onirisme, de métaphores, dans lesquelles ombre et lumière se disputent l’avant de la scène, chacun-e fera son propre chemin de sens, sa propre route d’une mort éminemment vivante.

En savoir plus :

Morgane P.

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