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Le pays des autres Leïla Slimani livre critique couverture

Critique / « Le pays des autres » (2020) de Leïla Slimani

Début mars 2020, Leïla Slimani a proposé en librairie un nouveau roman, Le pays des autres. Et dans la France confinée, le livre s’est installé en tête des meilleures ventes numériques devant Nuit sombre et sacrée de Michael Connelly. Critique et avis livre.  

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Gilles M..

Synopsis :

Le pays des autres raconte l’histoire d’une famille entre 1944 et l’été 1955 au Maroc. A la fin de la guerre en 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, tombe amoureuse d’Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l’armée française. Le couple part s’installer au Maroc à Meknès pour relancer une exploitation agricole. Mathilde rêve d’une  demeure coloniale et s’attend à  la vie de Karen Blixen. Mais elle va devoir se confronter à une réalité beaucoup plus difficile : l’argent manque, deux enfants naissent, les relations avec son mari, qui s’attendait à une femme soumise comme pour les colons voisins,  sont difficiles. Chacun des deux est dans le pays des autres.
A l’extérieur de la ferme,  la violence, avec la montée du désir d’indépendance des marocains, se développe. Le pays des autres, annonce Leïla Slimani, est le premier opus d’une trilogie dont les deux autres tomes devraient paraître en 2022 et 2024.

Ces dernières semaines, Leïla Slimani a été sur tous les écrans. François Busnel, Augustin Trapenard, Léa Salamé semblent fascinés par cette franco-marocaine (née en 1981 au Maroc) brillante, précise et intensément féminine. Elle est déjà l’auteure de deux romans : Dans le jardin de l’ogre et Chanson douce. Ce dernier a été récompensé par le Prix Goncourt en 2016 (plus d’un million d’exemplaires vendus et traduit en plus de 40 langues) et récemment adapté au cinéma avec Karin Viard et Leïla Bekhti.

Le pays des autres de Leïla Slimani : des personnages restitués sans manichéisme

Le pays des autres frappe par l’intensité de ses personnages. Leïla Slimani décrit le point de vue de chacun avec fluidité. Nous pénétrons dans leur intimité. Nous partageons  leurs contradictions, leurs désirs, leurs ambiguïtés, leurs espoirs et leurs renoncements.
Mathilde impressionne par son courage. C’est surtout elle qui vit  dans « le pays des autres ». Elle renonce peu à peu à une vie romanesque pour accepter son destin avec lucidité. Tiraillée entre plusieurs identités qu’on voudrait lui assigner, elle trace son propre chemin de femme sensible et déterminée.
Son mari Amine montre aussi du caractère. Dur au travail, peu loquace, avec un fond de violence rentrée, ne transigeant pas sur les valeurs de la famille, du travail et de l’honneur, il aime Mathilde mais tous les deux font la course de la vie dans des couloirs séparés et c’est seulement leur sensualité qui les fait se rejoindre.

Nous faisons aussi connaissance avec d’autres femmes : Mouilala, la mère de Amine, qui, sa vie durant, n’a fait que la cuisine et des enfants, Selma, la jolie belle-sœur en quête d’indépendance, Aïcha, l’aînée du couple déjà très douée pour les études mais malheureuse dans sa classe de filles de colons.

Toutes ces femmes, Leïla Slimani ne les juge pas. Elle nous les fait connaitre à travers leurs actions. Nous devinons la tendresse qu’elle leur porte d‘autant que l’histoire de Mathilde et Amine est inspiré de celle de ses grands-parents. 

L’histoire de la décolonisation en arrière-plan

A l’époque où se déroule l’histoire du roman Le pays des autres, le Maroc est sous le Protectorat français mais celui-ci est de plus en plus mal accepté par les marocains. Leur combat pour l’indépendance est illustré par Omar, le frère d’Amine, qui dénonce oralement les envahisseurs français avant de s’associer à des actions plus violentes. Meknès devient pour la famille une ville dangereuse et la tension gagne les environs de la ferme. La petite histoire de la famille se télescope alors avec la grande histoire tragique du pays.

« C’est la guerre, la guerre, la guerre » comme le souligne le second titre sur la couverture du livre. Nous apprendrons par Selma que cette phrase est tirée du film Autant en emporte le vent. Scarlett O’Hara la prononce avant le déclenchement de la guerre de Sécession par dérision. Dans le livre de Leïla Slimani, nous y voyons plutôt l’annonce d’un tripe combat : indigènes et couples mixtes contre colons, femmes revendiquant leur indépendance contre hommes et poussée générale de la liberté contre tradition.

Un livre séduisant

Le pays des autres enchante par la justesse de ses personnages et de l’écriture. L’évolution personnel des membres de cette famille contre les autres et leur pays, contre leur territoire assigné, crée la tension qui fait tourner les pages avec avidité. Nous les retrouverons donc avec plaisir dans  le second tome de la saga prévu pour 2022.

En savoir plus :

  • Le pays des autres, Leïla Slimani, éditions Gallimard, Collection Blanche, 368 pages, 5 mars 2020, à partir de 20 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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