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Ku Klux Klan, une histoire américaine de David Korn-Brzoza image documentaire
Défilé à Washington
© Library of Congress, Prints & Photographs Division

♥ Critique / « Ku Klux Klan, une histoire américaine » (2020) de David Korn-Brzoza

La question du racisme et de la violence contre les Afro-Américain-e-s enflamme l’actualité depuis la mort de George Floyd. Pour comprendre comment racisme et violence gangrènent les États-Unis, ARTE propose un documentaire de David Korn-Brzoza en deux épisodes, Ku Klux Klan, une histoire américaine, diffusé le mardi 13 octobre 2020.

Synopsis :

De 1865, année de la fin de la guerre de sécession, à nos jours, le Ku Klux Klan est une organisation secrète américaine qui a fait régner une terreur tristement célèbre contre les Afro-Américain-e-s, puis plus généralement contre les étrangers, notamment Juifs ou Catholiques. David Korn-Brzoza revient sur l’histoire de cette congrégation dont l’ambition n’est autre que de perpétuer la domination de la race blanche.

Ku Klux Klan, une histoire américaine : deux volets chronologiques

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Membres du Ku Klux Klan
© Library of Congress, Prints & Photographs Division

Deux épisodes de 55 minutes, intitulés « Naissance d’un empire invisible » pour le premier, et « Résurrections » pour le second, voilà à quoi nous invite David Korn-Brzoza. Le choix de ce fil chronologique est pertinent, en ce qu’il permet de suivre les événements de l’Histoire américaine qui ont fait évoluer le mouvement. 

Le premier volet de Ku Klux Klan, une histoire américaine s’ouvre ainsi sur la fin de la guerre de Sécession et l’espoir des quatre millions d’esclaves qui suit l’abolition de l’esclavage. Immédiatement se crée dans le Tennessee une société secrète de vétérans, rassemblant des sudistes esclavagistes, qui font tout pour saboter la liberté qu’entrevoient les nouveaux hommes libres. Le Ku Klux Klan est né. Il a bientôt un chef : Nathan Bedford Forrest, un « héros » qui s’est illustré par des crimes de guerre et des massacres lors de la guerre de Sécession. De belles décennies s’ouvrent donc pour l’organisation.

Le second volet se situe à l’époque du mouvement des droits civiques, celui qui naît autour de 1954, année durant laquelle la ségrégation à l’école est déclarée inconstitutionnelle, et de 1955, année durant laquelle une certaine Rosa Parks décide que la soumission doit prendre fin. Ce sont alors des décennies de crimes odieux et médiatisés perpétrés par un Ku Klux Klan toujours plus violent, jusqu’à ce que les scandales adviennent et ternissent l’image de la congrégation.

Une histoire de la violence

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Défilé de membres du Ku Klux Klan
© Library of Congress, Prints & Photographs Division / Photograph by Harris & Ewing

Ce que l’on observe, en suivant l’histoire du Ku Klux Klan, c’est une sidérante histoire de la violence contre les Afro-Américain-e-s. La violence de qui perd ses privilèges et ne l’entend pas ainsi, la violence de qui veut dominer et régner sans partage. Elle est puissante la force de cette violence, qui instaure un système ségrégationniste pour remplacer l’esclavagisme. Elle est puissante cette force de provocations, d’intimidations, de crimes, de meurtres…

Ce qui est au départ une réaction de vétérans sudistes prend en effet de l’ampleur géographiquement, s’organise, se hiérarchise, s’institutionnalise en quelque sorte. Le secret devient visible, puis même public. Les membres affluent. Les exactions aussi. La violence interloque dans sa gratuité, sa méchanceté, sa cruauté. Est-ce là l’humanité ? Quand un groupe raciste, anti-immigration, anti-juif, anti-catholique, anti-urbain et n’acceptant que les Blancs protestants arrive à compter 300 000 membres ?

Lynchages barbares, coups de fouets spectaculaires, meurtres gratuits propres à semer la terreur. Un mode de fonctionnement terroriste. Un mode de fonctionnement qu’un film pourtant montre comme chevaleresque, Naissance d’une nation (1915) de D. W. Griffith. Quand le cinéma devient propagande et apologie d’une violence pourtant illégale, l’engouement, malheureusement, s’emballe encore.

On comprend, à l’aune de Ku Klux Klan, une histoire américaine, que la question soit encore si sensible aux États-Unis, et les réactions si vives au moindre fait divers, quand une telle haine a pu avoir pignon sur rue, agir dans une presque impunité, tant de décennies durant…

Autopsie d’un régime de privilèges

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Regroupement du Ku Klux Klan
© Library of Congress, Prints & Photographs Division

Ce qui surprend franchement dans le documentaire de David Korn-Brzoza, c’est l’autopsie qui est faite du fonctionnement du Ku Klux Klan. Un système très ancien régime, tout à fait pyramidal, permettant au grand sorcier et à ses têtes pensantes de s’enrichir. La féodalité n’est pas très loin.

On saisit bien, au fil du documentaire Ku Klux Klan, une histoire américaine, la dimension commerciale de l’organisation secrète à partir du moment où William Joseph Simmons prend sa tête. Secondé par deux publicitaires, c’est lui qui instaure costumes, rituels des cérémonies secrètes et code d’honneur. Le nazisme n’est pas loin, d’ailleurs, c’est à cette idéologie que le Klan fait allégeance pendant la Seconde Guerre mondiale.

Avec efficacité, le documentaire de David Korn-Brzoza permet d’y voir plus clair sur ce passé sombre de violences racistes et raciales. Deux épisodes essentiels qui remettent en contexte esclavage, ségrégation, mouvement pour les droits civiques, et rendent plus compréhensibles les levers de bouclier autour du slogan #BlackLivesMatter.

Ku Klux Klan, une histoire américaine est un documentaire coup de cœur pour Bulles de Culture.

En savoir plus :

  • Ku Klux Klan, une histoire américaine est diffusé sur ARTE le mardi 13 octobre 2020 à 20h50, puis le 9 novembre 2020 à 01h25
  • Le documentaire est également disponible en streaming et en replay sur Arte.tv du mardi 6 octobre 2020 au vendredi 11 décembre 2020
Morgane P.

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