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THE HAUNTING OF BLY MANOR (L to R) AMELIE SMITH as FLORA and VICTORIA PEDRETTI as DANI in THE HAUNTING OF BLY MANOR Cr EIKE SCHROTERNETFLIX 2020
EIKE SCHROTER/NETFLIX © 2020

Critique / « The Haunting of Bly Manor » (2020) de Mike Flanagan

Dernière mise à jour article : 13 octobre 2020 à 17:52

Après la première saison de The Haunting of Hill House, une nouvelle maison hantée fait son apparition sur Netflix depuis le vendredi 9 octobre 2020 avec la série The Haunting of Bly Manor, librement adaptée du livre Le Tour d’Ecrou d’Henry James. L’avis et la critique série de Bulles de Culture.

Synopsis :

Une gouvernante, Dani Clayton (Victoria Pedretti), est engagée pour veiller sur deux orphelins vivant dans un manoir isolé en pleine campagne. Peu à peu, d’effrayantes apparitions viennent la hanter.

De l’horreur, mais pas que…

THE HAUNTING OF BLY MANOR (L to R) AMELIE SMITH as FLORA in THE HAUNTING OF BLY MANOR Cr EIKE SCHROTER NETFLIX 2020
EIKE SCHROTER/NETFLIX © 2020

Encore une maison hantée, pourrait-on se dire en découvrant la deuxième saison (en fait, pas vraiment une suite) de The Haunting of Bly Manor sur Netflix. Il en faut, du talent, pour renouveler cette arène surexploitée à l’écran. La précédente saison, The Haunting of Hill House, avait su avec brio nous surprendre avec des codes assez classiques, en nous proposant une histoire déchirante de deuil familial. La série avait eu un énorme succès sur Netflix, qui a décidé de commander une nouvelle saison sur le thème de la maison hantée à son créateur, Mike Flanagan. Mais s’il est également question de deuil dans The Haunting of Bly Manor, il s’agit surtout d’une histoire d’amour racontée avec beaucoup de finesse.

Tout commence lors d’un mariage, lorsqu’une des invitées propose de raconter une histoire de fantômes. Sa voix parsèmera les épisodes et nous comprendrons peu à peu comment elle s’imbrique dans l’histoire qu’elle raconte, dans un dénouement final tout à fait efficace, quoique un peu attendu. 

Son récit débute avec Dani Clayton (Victoria Pedretti – You, The Haunting of Hill House), une Américaine qui postule à un poste de babysitter auprès de Henry Windgrave (Henry Thomas – The Haunting of Hill House, Gangs of New York) pour s’occuper de son neveu Miles (Benjamin Evan Ainsworth) et sa nièce Flora (Amelie Bea Smith) dans un sombre manoir de la campagne anglaise, Bly Manor. Henry se demande bien pourquoi une jeune et brillante Américaine voudrait s’enfermer dans cette bâtisse. Dani lui rétorque qu’il est étonnant que l’annonce n’ait pas trouvé preneur et avoue à Henry qu’elle a compris que les deux enfants étaient orphelins, et qu’elle veut les aider. C’est ainsi qu’elle débarque au manoir, et tout de suite nous pénétrons dans une ambiance très étrange, le décor gothique n’étant pas le plus surprenant. La petite Flora, tout sourire et pleine de gentillesse, se prend d’affection pour Dani – et la prévient qu’il ne faut pas qu’elle sorte de sa chambre la nuit… Miles est fait d’un autre cuir: une diction très adulte, discordante avec son corps d’enfant, menaçant.

Assez vite, Dani s’intègre bien dans cette bizarre famille reconstituée – les deux enfants, la gouvernante, Hannah Grose (T’nia Miller, vue récemment dans Years and Years), une élégante femme aux soins des enfants, Owen (Rahul Kohli, iZombie), le cuisinier fantasque aux jeux de mots douteux, et Jamie (Amelia Eve), la jardinière brute de décoffrage. Les moments de complicité sont nombreux, mais peu à peu, l’horrifique s’installe – apparitions dans les miroirs, comportements étranges des enfants. Dani est de plus en plus terrorisée et la tension monte lors des cinq premiers épisodes. Un fantôme issu de son passé la harcèle. The Haunting of Bly Manor ne fait pourtant pas des fantômes une source sans fin d’horreurs. S’il y a quelques moments qui nous font sursauter, c’est surtout l’exploration des liens entre les vivants et les morts qui nous émeut. 

Le décor n’aide pas: une aile de la bâtisse laissée vide depuis la mort des parents, aux meubles recouverts de draps blancs qui projettent des ombres un peu partout, un grenier mystérieux et au parquet qui craque, de grands jardins impeccablement tenus qui semblent se transformer en pièges la nuit tombée…

Une histoire habilement construite

THE HAUNTING OF BLY MANOR (L to R) OLIVER JACKSON-COHEN as PETER QUINT in THE HAUNTING OF BLY MANOR Cr. EIKE SCHROTER/NETFLIX © 2020
EIKE SCHROTER/NETFLIX © 2020

La première partie de cette série se regarde comme une histoire finalement assez classique de maison hantée, plutôt bien menée, avec un suspens efficace et une ambiance envoûtante, mais sans véritable originalité. C’est à partir du cinquième épisode que la série ose dans sa construction narrative, et nous embarque totalement dans des récits imbriqués au sein de l’histoire principale. La voix de la narratrice nous emmène où elle veut, à la façon d’une conteuse. Ces épisodes suivants s’attardent sur un personnage puis l’autre, explorant en profondeur leur passé et leur psychologie, jouant des temporalités et de la frontière (fine, dans cette série) entre rêve et réalité, entre souvenirs et moments présents. La narration en flashbacks permet de revenir sur des instants que l’on aurait pu passer vite, de faire monter des révélations qui souvent nous surprennent.

Si les épisodes sont inégaux entre eux, la montée du récit en crescendo et l’étau qui se resserre sur les vivants sont ingénieusement mis en place, avec quelques cliffhangers en fin d’épisode qui nous laissent sans voix. En comparaison de The Haunting of Hill House, il est vrai que cette nouvelle proposition apparaît moins vibrante, mais reste tout à fait efficace. La mise en abyme des histoires est poussée à son paroxysme, et finalement, l’ensemble des fils se délie à notre plus grand plaisir.

La grande force de cette saison réside également dans le traitement des fantômes, humanisés, identifiés, proches de nous. Sans en révéler plus, le passé de l’un des fantômes hantant le manoir est révélé lors d’un épisode étonnant, qui nous glace le sang, non pas à cause de son caractère monstrueux, mais parce que nous voyions de plein fouet sa souffrance. The Haunting of Bly House est en effet une série qui, à défaut de faire véritablement peur, sait jouer des émotions et touche juste. 

Une série sur une maison hantée? Comme ça, on en redemande.

 

En savoir plus :

  • The Haunting of Bly Manor est disponible en streaming sur Netflix depuis le Vendredi 9 octobre 2020.
Cécile G.

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