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Samouraïs dans la brousse couverture livre critique

Critique / « Samouraïs dans la brousse » (2018) de Guillaume Jan

Avec Samouraïs dans la brousse en 2018, une nouvelle fois Guillaume Jan s’aventure en République démocratique du Congo. Ici il est sur les traces d’un célèbre et très discret spécialiste des bonobos, Takayoshi Kano, scientifique à l’université de Kyoto. Sa première rencontre avec cet animal fascinant eut lieu en 1967 en Tanzanie et fut décisive dans sa vie. De 1973 à 1996 avec quelques interruptions pour cause de conflits armés, il étudia ces primates dans leur milieu naturel. Estimés à 100 000 individus dans les années 1970, quarante plus tard moins de 10 000 individus sont recensés. Critique et avis livre.

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

Une aventure peu commune, une enquête sur les traces des derniers bonobos et d’un homme qui leur a voué une grande partie de sa vie, du Congo au Japon.

Une plongée historique dans la situation dramatique du Congo

Dès 2009 Guillaume Jan parcourt l’ex- Congo belge, traversant l’Afrique d’est en ouest, de Zanzibar à l’embouchure du fleuve Congo. Cette aventure est relatée dans son ouvrage Le baobab de Stanley » où il s’est retrouvé sur les chemins fréquentés par Henri Morton Stanley à la recherche du Docteur Livingstone. Ce fut l’occasion d’y rencontrer Bélange qui deviendra son épouse lors d’un mariage improvisé chez les pygmées, improbable événement de Traîne-Savane, édité en 2014, sur les traces de Livingstone le fantasque explorateur écossais.

Dans chaque livre, l’aventure personnelle de l’auteur alterne avec les épopées très variées de personnes précurseuses, plus ou moins oubliées de nos jours. C’est également l’occasion de pouvoir évoquer la situation dramatique de ce pays aux richesses immenses mais où la pauvreté est grandissante. Après l’exploitation éhontée de ce pays et les innombrables victimes de Léopold II, succédèrent cinquante années chaotiques vers l’indépendance. Puis vint la triste transition, sous le nom de Zaïre entre 1971 et 1997, avec Mobutu, le président mégalomane, le « Mussolini de carnaval » qui amassa de gigantesques sommes d’argent au détriment de son peuple. Aujourd’hui rebaptisé République démocratique du Congo le pays est meurtri, appauvri, exsangue avec un avenir toujours très incertain.

Samouraïs dans la brousse : une écriture simple, sensible et directe

Pour atteindre le repère de Wamba où exerça le primatologue, Guillaume Jan utilise une pirogue surchargée et aux forts relents d’essence, une moto parfaitement maîtrisée par Joël, son pilote. Il faut réussir à rester en équilibre sur les routes défoncées ou sur des ponts brinquebalants. Il faut résister aux pluies diluviennes, aux multiples attaques d’insectes divers et variés, aux fourmis voraces et aux personnes qui veulent profiter du Mundélé (blanc).

Il faut également passer avec succès les multiples obstacles administratifs et échapper aux demandes incessantes de bakchich. Il ne faut pas être exigeant sur les conditions d’hébergement, ni sur la nourriture. Il convient de s’adapter et se contenter de ce qui existe, c’est à dire pas grand chose. Heureusement il y a nombre de personnes qui ont le sens de l’accueil et qui sont remplis de bonté. Des personnages aux patronymes tels que l’Afrique sait en créer comme Flaubert, Papa Magellan, Colbert, Sinatra, Dieu Merci (le pharmacien, sans aucun diplôme) égaient le voyage.

Au terme de son périple il y a la récompense de pouvoir voir les « hippies » ou bonobos aussi surnommés singes Kamasutra, à leur réveil matinal. Au final, avec une chance inouïe, il rencontre le mystérieux scientifique, chez lui au Japon. Il n’a pas connu la célébrité de Jane Goodall et de ses chimpanzés ou celle de Dian Fossey et de ses gorilles. Il est cependant leur alter ego avec ses bonobos qu’il a tant aimé. Un homme obstiné, pugnace, réservé à qui Guillaume Jan rend un juste hommage respectueux.

L’écriture est simple, sensible et directe. Le ton est décontracté, l’humour toujours présent. L’amour pour ce pays est indéniable mais sans aucune complaisance, seulement avec beaucoup de tendresse. Quelque soit le livre de Guillaume Jan, son talent d’écrivain-voyageur s’épanouit et enchante le lecteur qui sans avoir besoin de quitter le confort de son domicile, réussit un voyage dépaysant, original, instructif et sans aucun risque.

 

En savoir plus :

  • Samouraïs dans la brousse, Guillaume Jan, Editions Paulsen, février 2018, 216 pages, à partir de 11.99 euros (ebook)
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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