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Patagonie route 203 d'Eduardo Fernando Varela couverture livre

Critique / « Patagonie route 203 » (2020) d’Eduardo Fernando Varela

Dernière mise à jour article : 24 septembre 2020 à 22:10

Les éditions Métailié aiment faire découvrir des livres d’autres pays et en particulier des ouvrages d’Amérique latine. Il y a souvent un souffle, une démesure, un coté burlesque et onirique dans ces romans que le lecteur ne trouve pas ailleurs. Pour la rentrée littéraire 2020, il semble bien qu’avec Patagonie route 203, l’éditeur ait identifié une pépite dans le genre, le premier roman d’Eduardo Fernando Varela, 60 ans, scénariste argentin pour la télévision et le cinéma. L’avis et la critique du livre. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Gilles M..

Synopsis :

Parker est un chauffeur de camion solitaire et bougon qui vit du transport de fruits et légumes de plantations agricoles vers les ports de Patagonie. Marginalisé, devenu sans domicile à l’exception de la cabine de son véhicule, un de ces plaisirs est de sortir quelques meubles de son camion pour installer le soir une espèce de salon en plein air au milieu de la nature sauvage.
Cette routine assez misérable va être bouleversée par sa rencontre avec  une femme Méyten  qui dans le cadre d’une PME familial foraine tient un stand de jeu de massacre alors que son mari Bruno gère le train fantôme  avec deux acolytes boliviens  frères Eber et Fredy.
Comme Parker, le couple va de ville en ville. La rencontre va donc être brève !  Parker abandonne progressivement, patron, chargement, repères  et se lance sur les routes de Patagonie,  glanant au fil de rencontres improbables des informations contradictoires  avec une seule obsession : retrouver Méyten…

Le camionneur comme objet littéraire ou cinématographique mythique

Le camionneur musicien du roman qui ne se sépare jamais de son saxophone, philosophe, confronté à une nature grandiose, roule sans répit. Ses  rares rencontres avec d’autres humains prennent une intensité inattendue.  Parker a des cousins dans la littérature ou le cinéma. On pense en particulier à un des premiers films tibétain diffusé en Europe  Jinpa,un conte tibétain  du réalisateur Pema Tseden  où le spectateur accompagnait un chauffeur livreur dans les paysages du Tibet dans des aventures quasi  métaphysiques. Le bruit du moteur du camion, les paysages déserts comme sortis de début de l’univers, la rudesse mais aussi l’humanité des personnages, ne se font pas oublier facilement.

Mais on pourrait aussi affilier Patagonie route 203 aux récits des âpres conducteurs du salaire de la peur dans le film d’Henri-Georges Clouzot où, pour souligner ses quêtes semblant désespérées, le rapprocher de Don Quichotte qui avait pour Rossinante la même tendresse que ses lointains descendants pour leurs camions !

Un paysage et un climat extraordinaire

Parker et ses poursuivis puis ses poursuivants, errent au cœur de la Patagonie depuis le sud de Buenos Aires et jusque dans les fjords du détroit de Magellan et de la Terre de Feu, une région oppressante, balayée par un vent puissant omniprésent.

Au fil des chapitres le lecteur de Patagonie route 203 visite la montagne, des salines, les côtes où les marées et la brume font vivre des moments magiques. Il y aura même un volcan pour recouvrir de poussière les protagonistes.

Le climat précipite les personnages du récit dans une précarité encore plus grande. Rester ensemble, se séparer, se retrouver entre amants ou entre amis : les décisions sont prises sous la pression des catastrophes climatiques et l’incertitude progresse au fil du roman.

Patagonie route 203 : L’humour et l’amour  

Il y a dans Patagonie route 203 des passages loufoques comme les scènes d’amour ou de poursuite dans les wagonnets du train fantôme sous les yeux de personnages de chiffons terrifiants. Les quelques humains égarés dans cette nature hostile, évoluant autour de Parker, journaliste spécialisé en enquêtes bizarres, anciens nazis, sont atypiques et inattendus. On assiste à des dialogues et des situations si absurdes qu’elles en deviennent drôles. Solitude et amitié, misère et  drôlerie, le mélange est improbable, mais réussi.

Le grand moteur du récit reste l’amour entre Parker et Méyten. L’auteur les préserve du grotesque généralisé. Ces éclopés de la vie s’apprivoisent, se cherchent. Ils apportent une touche de tendresse, de sincérité et d’authenticité à ce grand récit débridé.  

En savoir plus :

  • Patagonie route 203, Eduardo Fernando Varela, août 2020, 357 pages. Editions Métailié
  • Prix Transfuge du Meilleur roman hispanophone – 2020
  • Prix Casa de las Americas – 2019
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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