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Critique / « Nature Humaine » (2020) de Serge Joncour

Dernière mise à jour article : 24 septembre 2020 à 22:12

Avec pour titre, Nature humaine, nombreuses sont les interprétations étant possibles pour le dernier roman proposé par l’auteur Serge Joncour pour cette rentrée littéraire 2020. En à peine plus de deux pages, Serge Joncour saisit le lecteur dans ses filets qui ne lâchera pas prise. La critique et l’avis sur ce livre. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

Ce jeudi 23 décembre 1999, Alexandre Fabrier est enfin seul dans cette ferme du Lot où quatre générations ont vécu. Seul paysan restant sur les coteaux des Bertranges, depuis le décès du chevrier Crayssac, ce taiseux légèrement anar, considéré comme un vieux fou par certains et un vieux sage par d’autres. Depuis le départ de toutes les vaches de la ferme, il n’y a plus âme qui vive. Tout est en ordre, engrais, fuel et mortiers sont bien positionnés pour fêter l’an 2000.

Nature Humaine : l’urbanisation des campagnes

En 1976, Alexandre a quinze ans et a déjà l’assurance, en l’absence de frères, de reprendre un jour l’exploitation agricole familiale. Pour lui c’est la certitude d’une vie exigeante faite de sacrifices. Ses sœurs cadettes suivront, comme l’ainée, l’appel de Toulouse ou de Paris. La campagne s’urbanise avec le déploiement du téléphone, la télé qui envahit le quotidien de chaque demeure.

La vie hors de la ferme, c’est le Mammouth le samedi, avec la halte à la cafétéria, juste pour participer à la vie citadine. Parkings, ronds points détruisent progressivement les terres agricoles. La filière de la vache à viande est poussée vers l’élevage intensif sous l’impulsion de la grande distribution. Les éleveurs croient à une vie meilleure. 1976 est aussi l’année de la grande canicule durant l’été en France.

Dans Nature Humaine, le monde est agité, secoué de ci, de là, par les attentats de l’ETA, la Bande à Baader, les Brigades rouges. Des contestations et rebellions secouent la France. La lutte anti nucléaire bat son plein avec les manifestations et actions violentes à Creys-Malville, Golfech. Il y a aussi les tensions sur le Larzac contre l’installation d’un camp militaire. Les activistes européens, solidaires, sont présents.

Alexandre en rencontre parmi les relations de Constanze, la belle allemande de l’est dont il est éperdu. Crayssac sait comment empêcher l’édification d’un viaduc sur l’autoroute A20, sur les terres des Bertranges. Il le dira en temps voulu au jeune Fabrier, le seul avec qui il parle. Les années filent jusqu’à 1981 avec l’accession au trône républicain de Mitterrand. Des espoirs qui se transforment vite en désillusions. Golfech est réalisé malgré les promesses électorales.

Une très belle plongée dans une époque révolue

En 1986, lors d’une opération de distribution de tracts, Constanze découvre la beauté sauvage de la région où habite Alexandre, et tombe sous le charme des paysages. C’est une révélation pour cette altermondialiste aux engagements humanitaires. Le monde, brinquebalant, subit le nuage de Tchernobyl et enregistre la chute du mur de Berlin. 1991 et 1996, autres marqueurs du roman, où crise de la vache folle, maïs transgénique, combats contre l’avancée de la A20, agitent le monde agricole.

Tout se dérègle y compris les relations familiales. Conflits générationnels entre le père et le fils qui s’opposent sur le futur de l’exploitation. Les relations avec les sœurs se délitent progressivement. La ferme, une fois par an, ça leur suffit, mais elles exigent leurs parts d’héritage. Pour Alexandre, pas question de voir ses vaches élevées en batterie, il faut que cela change dans la nuit du passage à l’an 2000. Il est prêt. Ce n’est pas la marée noire de l’Erika qui va changer quoi que ce soit.

Un livre très dense, où social, politique, histoire s’invitent. S’ y croisent amours, rancoeurs, individus broyés par le monde capitaliste, militants convaincus, rêveurs, utopistes. La nature malmenée et avilie est sublimée par Serge Joncour. Une très belle plongée, dans une époque révolue qui semble si proche cependant. Nature Humaine est rythmé, équilibré sous la plume d’un excellent conteur. Le lecteur est tenu en haleine en permanence.

En savoir plus :

  • Nature Humaine, Serge Joncour, Flammarion, août 2020, 400 pages, à partir de 14,99 euros
  • Rencontre de Serge Joncour dans une librairie près de chez vous : en savoir plus
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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