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Critique / « Mississippi solo  » (2020) d’Eddy L. Harris

Dernière mise à jour article : 24 septembre 2020 à 22:10

Mississippi solo est le dernier livre de Eddy L. Harris de la rentrée littéraire 2020. La critique et l’avis sur ce roman qui raconte le périple de la descente du fleuve Mississippi. 

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

Le Mississippi. Un fleuve mythique qui descend du lac Itasca dans le Minnesota jusqu’au golfe du Mexique, en passant par Saint-Louis et La Nouvelle-Orléans. Impétueux et dangereux, il charrie des poissons argentés, des branches d’arbre arrachées, des tonnes de boue, mais aussi l’histoire du pays et les rêves d’aventure de ses habitants.
À l’âge de trente ans, Eddy décide de répondre à l’appel de l’Old Man River, de suivre en canoë son parcours fascinant pour sonder le cœur de l’Amérique et le sien, tout en prenant la mesure du racisme, lui qui ne s’est jamais vraiment vécu comme Noir. Au passage, il expérimentera la puissance des éléments, la camaraderie des bateliers, l’admiration des curieux ou l’animosité de chasseurs éméchés. Mais aussi la peur et le bonheur d’être seul. Il en sortira riche d’une force nouvelle et d’un livre fondateur, publié en France pour la première fois.

Mississippi solo : une aventure hors normes

A trente ans, en 1988, Eddy L.Harris, écrivain noir n’ayant pas encore rencontré le succès, se lance dans une aventure hors norme. Lui, l’enfant de Saint-Louis qui admirait le fleuve Mississippi, décide de descendre le fleuve en canoë depuis sa source, au Minnesota, jusqu’à La Nouvelle Orléans. « Le fleuve s’est emparé de mon imagination dans ma jeunesse et ne l’a jamais lâchée. »

Un périple de quatre mille kilomètres pour un homme, raconté dans Mississippi solo, qui n’est pas un sportif surentrainé, sans prédispositions physiques particulières, qui n’a pas de canoë, ne sait pas pagayer, ne connaît rien au camping, n’est pas une tâche aisée. En plus, pour ajouter un peu de difficultés à l’expédition il part en extrême fin de saison, mi octobre après les premières neiges. 

Non encouragé par ses proches et ses amis pour cette folle équipée, il trouve enfin du soutien auprès de Robert, le vieil homme noir, et l’aide matérielle de Robinovich. Accompagnatrice jusqu’au lac Itasca, source du fleuve, elle le suit deux jours en voiture pour le réconforter et s’assurer qu’il peut être livré, seul, au Mesipi, le grand fleuve, tel que les Ojibway appellent le Mississippi.

Cette longue descente va être rythmée par les rencontres avec les animaux, nombre de personnes diverses et variées. La beauté sauvage des paysages va s’étioler au fur à mesure de son avancée sur un fleuve qui s’urbanise. Le croisement des géants du fleuve, barges, grands navires comme pétroliers, céréaliers, vraquiers, incite à une prudence extrême et est la cause de grandes inquiétudes et de stress. Et il y a les écluses à franchir en respectant des règles strictes. 

Excellent livre où franchise, honnêteté abondent

Dans Mississippi solo, une fois la pratique de la pagaie maîtrisée, il faut apprendre à guider le canoë quelques soient les conditions météorologiques ; orages, vents violents, pluie, tempêtes. Et quand le soleil est trop chaud il faut aussi se protéger. Il faut trouver des refuges sur les rives, ne pas oublier d’accrocher son embarcation, faute de devoir la rechercher à la dérive. Il faut également monter sa tente, apprendre à faire un feu et veiller à ce qu’il soit non visible des populations.

Les bruits de la nuit maintiennent éveillés et parfois c’est la découverte d’un jeune ours dans le campement, d’un toucan cabossé ou de chiens sauvages. Et, il faut faire la cuisine, rechercher de la nourriture. La bienveillance de certaines personnes comme le patron d’une barge permet à Eddy de repartir avec de gros stocks. Un pêcheur lui donne un gros poisson, des chasseurs, en réalité des braconniers, lui offrent trois canards. Et dans des restaurants ou des gargouilles il trouve de quoi se sustenter, y compris avec les poissons chats qu’il affectionne.

La fatigue physique se fait régulièrement ressentir tant les muscles sont sollicités. Le moral est parfois bas. L’idée d’abandonner, le sentiment d’inutilité de son projet l’assaillent. Mais il y a toujours un sursaut, pour le ramener sur le fleuve et continuer. Ce n’est pas tous les jours qu’il peut se laver, et il s’accepte tel qu’il est c’est à dire avec une odeur un peu forte dans de vêtements bien déchirés.  Les rares douches prise sont un vrai bonheur.

Avec seulement un couteau et un pistolet comme armes de défense, qui se révèlent fort utiles, Eddy L.Harris a réussi son pari fou. Il en sort épuisé mais heureux et recommencera cette  longue descente plus de trente ans après. De son expérience initiale il écrit Mississippi solo, un excellent livre où franchise, honnêteté abondent, ainsi que son amour pour les individus quels qu’ils soient. Une belle traversée d’un morceau d’Amérique dans ses composantes géographiques, historiques, humaines, sociales et économiques. Un auteur qui ne demande qu’à être mieux connu. Une belle découverte. 

 

En savoir plus :

  • Mississippi solo, Eddy L.Harris, Editeur Liana Lévi, 3 septembre 2020, 336 pages, à partir de 15.99 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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