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Vladivostock Circus d'Elisa Shua Dusapin image couverture livre 2020

Critique / « Vladivostock Circus » (2020) d’Elisa Shua Dusapin

Dernière mise à jour article : 24 septembre 2020 à 22:12

Après Hiver à Sokcho, livre plein de sobriété porté par une écriture concise, et Les billes de Pachinko très dépouillé, rempli de sensibilité et de délicatesse, Elisa Shua Dusapin est de retour pour la rentrée littéraire 2020 avec Vladivostock Circus. L’avis et la critique du livre. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

A Vladivostok, dans l’enceinte désertée d’un cirque entre deux saisons, un trio s’entraîne à la barre russe. Nino pourrait être le fils d’Anton, à eux deux, ils font voler Anna. Ils se préparent au concours international d’Oulan-Oude, visent quatre triples sauts périlleux sans descendre de la barre. Si Anna ne fait pas confiance aux porteurs, elle tombe au risque de ne plus jamais se relever. Dans l’odeur tenace d’animaux pourtant absents, la lumière se fait toujours plus pâle, et les distances s’amenuisent à mesure que le récit accélère. 

Vladivostock Circus : trois acrobates s’entrainent pour le grand concours d’Oulan Oude

Cette fois ci, Elisa Shua Dusapin prend la direction de ce Vladivostock Circus, sur la mer du Japon aux frontières de la Corée du Nord et de la Chine. Après la saison des spectacles, durant l’hiver, trois acrobates s’entrainent pour le grand concours d’ Oulan Oude. Sous les yeux du metteur en scène canadien, Léon, et de la costumière française, Nathalie, cinq nationalités cohabitent le temps des répétitions d’un nouveau numéro à haut risque. L’anglais, la langue universelle, permet de communiquer.

Anton, le puissant porteur russe de 65 ans, a pour coéquipier Nino, un élève allemand, très mobile, proche des trente ans. Sur la barre russe qu’ils maintiennent solidement sur leurs épaules meurtries, ils propulsent dans les airs Anna, la voltigeuse ukrainienne de 22 ans, ancienne championne de trempoline. Leur objectif commun est de réussir quatre triples sauts sans descendre de la barre.

Tout doit être effectué à la perfection. Aucun doute, aucune hésitation, ne sont permis. La forme doit être optimale tant physiquement que mentalement. Entrainements répétés et coordination sont les clés de la réussite. A cela s’ajoute la barre méticuleusement préparée par Anton, constituée de trois perches pour le saut. Ni trop rigide, ni trop souple, elle doit être adaptée à la morphologie de chaque voltigeur.

Endurance physique et bonne appréciation du lieu de retombée d’Anna sont les qualités complémentaires exigées d’Anton et Nino. La synchronisation parfaite des artistes, la confiance réciproque les uns envers les autres sont vitaux pour la survie du voltigeur. C’est un exercice à haut risque qui engendre au quotidien tension et stress.

Une écriture épurée et la précision des mots

Chaque personnage de Vladivostock Circus porte ses propres soucis sur lesquels aucun ne souhaite réellement s’étendre. Ils essaient de vaincre leurs propres démons. Sur cette troupe plane l’ombre d’Igor, l’ancien voltigeur. Petit à petit Nathalie apprivoise les athlètes et entre peu à peu dans leur intimité. Grâce à Nino quelques secrets sont pudiquement évoqués. Nathalie travaille pour la première fois pour le cirque, elle la spécialiste de théâtre et de cinéma.

Sans aucune consigne artistique de Léon, livrée à elle même, elle  produit des costumes de scène, totalement inadaptés. Nathalie doit se remettre en cause et redémarrer à zéro en essayant de mieux comprendre les personnes et les besoins propres à chaque artiste dont le corps doit garder toute sa liberté.

Vide, le cirque n’en maintient pas moins les odeurs des animaux qui ont sillonné, encore récemment la piste et les coulisses. La vie à cinq n’est pas facile tous les jours, d’autant plus que c’est l’hiver et que les conditions d’hébergement sont plutôt spartiates. Selon les jours, il y a toujours quelqu’un qui traverse un mauvais moment et il convient de le soutenir au mieux. Il faut aussi partager les corvées de ménage, de cuisine, de vaisselle à tour de rôle et supporter les humeurs de chacun.

Le lecteur retrouve dans Vladivostock Circus les qualités qui ont fait apprécier les précédents livres d’Elisa Shua Dusapin, remplis de subtilité. Seul ce qui est utile et indispensable est écrit. Une écriture épurée et la précision des mots donnent corps à des êtres humains très crédibles. Ils se découvrent progressivement au lecteur par petites touches tout en conservant leurs secrets les plus intimes.

Vladivostock et ses environs se dévoilent dans leurs aspects les plus rudes : gel, froid, neige. Au fil des pages les amitiés croisées naissent, seulement éphémères. Un roman, d’une grande maîtrise, d’un grand réalisme sur les rapports humains, qui confirme la spécificité et le talent de l’auteure. Une plume rare.

En savoir plus :

  • Vladivostock Circus, Elisa Shua Dusapin, Edition Zoé, août 2020, 176 pages, à partir de 9,99 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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