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Critique / « Les autres américains » (2020) : roman polyphonique pour Laila Lalami

Dernière mise à jour article : 24 septembre 2020 à 22:11

Les autres américains de Laila Lalami est un superbe roman polyphonique, où les voix s’imbriquent merveilleusement. Grâce à neuf personnages, l’Amérique des campagnes est radioscopée au plus profond d’elle même, avec une grande précision. L’avis et la critique sur ce livre de la rentrée littéraire 2020. 

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

Un soir de printemps, Driss Guerraoui quitte le diner dont il est propriétaire. Au moment de traverser une intersection sombre de sa ville en Californie, dans le désert du Mojave, il est tué par un chauffard. Seul un homme est témoin de cette scène : Efraín Aceves, un père de famille d’origine mexicaine. Son statut de sanspapiers et la peur de l’extradition l’empêchent de témoigner. La mort de Driss est-elle un accident ? Ou bien découle-t-elle d’autre chose ? Un crime haineux, raciste ?
Au fil du roman, plusieurs habitants de cette ville de Californie prennent alternativement la parole à l’instar d’un choeur de tragédie, leurs histoires se chevauchent, faisant de ce roman l’un des textes les plus saisissants sur l’immigration contemporaine. Dans une société qui se divise toujours plus,

Les autres américains : une profonde analyse introspective

Dans Les autres américains, Nora, le pivot central, se souvient de la disparition brutale de son père il y a quatre ans. Renversé par une voiture et tué sur le coup, Driss Guerraoui, cet immigré marocain, qui a fui les émeutes de Casablanca en 1981, vend des donuts dans son diner, lui le philosophe de formation. Cet homme discret, aux secrets bien gardés, avait toujours eu une relation privilégiée avec Nora, cette enfant sensible à l’âme rêveuse et artistique. Cette perte est d’autant plus douloureuse pour Nora que le responsable de la mort de son père a pris la fuite. L’idée que ce décès n’est peut-être pas accidentel s’enracine.

Elle, la compositrice de musique, qui vit à Oakland va devoir se replonger dans sa ville natale, aux frontières du désert des Mojaves, en Californie. Les souvenirs désagréables de sa jeunesse ressurgissent quand elle était moquée, insultée, pour ses origines. Le premier magasin de son père fut incendié et le racisme latent s’exerça avec force.

Retrouver Maryam, sa mère, qui ne s’est jamais intégrée bien qu’elle ait tout fait pour s’installer aux Etats-Unis est difficile tant elles ont peu à se dire. Avec sa sœur Salma qui souffre d’un sentiment de supériorité et de réussite sociale, les conflits latents sont innombrables. Les rancœurs et jalousies qui sous tendent leurs relations sont prêtes à renaître. Les tensions s’exacerbent encore plus lorsqu’il apparaît le mot d’héritage.

Elle recroise des connaissances de jeunesse comme A.J. ou Jeremy. Ce dernier, amoureux de Nora non déclaré lorsqu’il était jeune, a bien changé. D’un garçon au physique jadis enveloppé il est devenu un homme plutôt attrayant. Devenu policier, il réussit progressivement à sortir des traumatismes vécus lors de la guerre d’Irak. Abandonnés, les vétérans sombrent rapidement dans les affres où la société les conduit. Se reconstruire est compliqué et les dérives rapides comme pour son ex-ami de galère, Fierro. Sa rencontre avec Nora est décisive. Ils vont se soutenir réciproquement pour sortir de leurs vies cahoteuses, et oublier leurs démons.

Non impliqué dans l’enquête policière qui est ouverte, Jérémy voit sa jeune collègue, Coleman, se débattre au milieu de machistes blancs pour imposer ce qu’elle est : une jeune femme noire. Efraín, témoin oculaire de la mort de Driss, est un mexicain, sans-papiers. Assailli par la peur il estime qu’il ne peut témoigner, prenant un risque d’expulsion. L’annonce du versement d’une prime le débloque de ses inhibitions.

Enfin il y a Baker Anderson, le voisin du magasin de Driss, qui tient un bowling désuet. Acariâtre, le vieil homme de soixante-dix huit ans est violent. Son fils, empâté, A.J. l’ex-terreur du lycée, le meneur de bandes est l’ombre de lui même. Il est revenu revivre chez ses parents par nécessité après ses échecs professionnels. Une famille qui a brillé à une certaine époque et qui a décliné progressivement mais inéluctablement. Un famille qui accuse « les autres » de leurs échecs.

Un grand roman américain

Ces personnages, représentatifs de l’Amérique du XXIe siècle, se livrent à une profonde analyse introspective, ne cachant rien de ce qu’ils sont et de ce qu’ils pensent d’autrui. Véritable concentré des composantes ethniques, sociales et économiques du pays, cette grande nation d’immigration exclut depuis très longtemps sur des critères notamment de race, de sexe, de religion.

Laila Lalami a réussi avec Les autres américains un grand roman américain que ne lâche pas le lecteur où passion, haine, jalousie, mensonge agitent aussi bien les familles que la société. Passionnant de bout en bout.

En savoir plus :

Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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