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Les Hérétiques avis critique livre

Critique / « Les Hérétiques » (2020) d’Elyse Carré

Dernière mise à jour article : 8 mars 2021 à 00:21

Elyse Carré, tout juste trente ans, a eu pour date de sortie de son premier livre, Les hérétiques aux éditions Inculte, une période peu favorable en juin 2020, lorsque les librairies étaient fermées pour cause de pandémie. Ainsi elle n’a pas bénéficié d’une exposition à la hauteur de la qualité de son roman. Celui ci se révèle captivant, original et ambitieux durant 750 pages. La critique et l’avis sur le livre livre. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

L’Hérétique, Ruth, Federica, Ioulia, Ispao ont un point commun : le refus de renoncer. Connaître l’espoir ténu que leur destin n’est pas d’avance tracé. Se battre contre soi, s’extraire de l’inertie, de cette boue qui nous aspire et nous endort.

Les Hérétiques : « un brillant roman choral« 

Long voyage entre les siècles et les continents, l’auteure dévoile le destin de cinq femmes à un moment clé de leur vie. Ces héroïnes aux caractères bien trempés, s’entrecroisent en permanence et toutes luttent pour abattre des barrières étouffantes qui régissent leurs existences. Échapper à leurs vies étriquées pour pouvoir vivre libres selon des règles plus équilibrées, tels sont leurs souhaits. Armées d’une grande détermination et d’une profonde pugnacité, elles combattent individuellement ou collectivement pour leur émancipation. Cinq personnages très différents, qui se font écho constituant un véritable continuum. Un brillant roman choral, d’où émergent plus particulièrement l’Hérétique, Ruth et Federica.

L’Hérétique, femme âgée et veuve, vit au XVIe siècle dans un petit village de la Drôme, Die. Sa connaissance approfondie des plantes en fait une sorcière et une avorteuse. Face au danger qui se profile, pour protéger ses descendantes, elle fuit. Grâce à un subterfuge, tout le monde la croit morte. Sa rencontre avec l’envoûtante Giorgina, au lourd secret, la conduit auprès de voleurs, de marginaux, de réprouvés, dans des grottes.

En 1968 durant la guerre du Viet Nam, Ruth se remet en cause au contact de Amy, jeune militante à l’université, une future bru. Sa révolte contre la société patriarcale et machiste, dont son mari et ses trois fils sont de dignes représentants, la conduisent à reprendre ses études. En se dévouant pour de jeunes mères étudiantes, sous l’impulsion de Sarah, bientôt veuve, cela lui permet de surmonter un deuil insupportable. 

« une écriture agréable »

Au début des années de plomb en Italie, Federica, mariée, employée en usine, milite au Parti communiste et s’ennuie lors des longues réunions improductives entre militants. Lassée par ces palabres, elle rompt avec cette vie sans perspectives, sans espoir. Attirée par Lucia, une jeune artiste délurée, revigorée par l’arrivée à Milan de Tonio, son frère adoré, elle quitte son mari, abandonne son engagement politique et plonge progressivement dans l’action directe et violente, de manière irréversible, après un deuil très brutal. 

A ces trois femmes qui ont vécu nombre de batailles, en gagnant et en perdant, se succèdent deux combattantes du futur, qui elles aussi voudront remettre en cause l’ordre existant. Ioula, jeune moscovite, à la fin du XXIe siècle, monnaie sa beauté et son temps comme influenceuse. Dans un monde aseptisé où tous les êtres « Irréguliers » sont éliminés ou survivent en marge de la société, les réseaux sociaux dictent irrémédiablement leurs règles coercitives. Pouvoir vivre libre et échapper aux fans hystériques sont des choix lourds de conséquences. Enfin Ipsao vit en un lieu dénommé Calbano, à une date indéfinie dans un futur de science fiction où toute notion de genre a disparue, où les protagonistes ne sont jamais décrits physiquement. Le monde équilibré dans lequel Ipsao évolue est régenté par quatre passions : la Peur, la Joie, la Tristesse et la Colère. Un simple intrus suffit à remettre en cause ce monde fragile et particulier.

Le roman Les Hérétiques est porté par une écriture agréable, qui s’adapte parfaitement à chaque univers, mettant en relief les menaces, les peurs, les doutes qui assaillent les divers protagonistes. Les intrigues sont parfaitement imbriquées et dédiées aux inlassables militantes qui sortent des chemins tracés pour obtenir une vie meilleure, collective ou individuelle. Les Hérétiques est également un livre riche de personnages secondaires qui ont de la densité et qui sont marquants. Elyse Carré réussit une très belle entrée en littérature.

En savoir plus :

Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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