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Le choix de Martin Brenner critique avis livre

Critique / « Le choix de Martin Brenner » (2020) de Björn Larsson

Björn Larsson, soixante sept ans, multilingue, navigateur passionné, a débarqué sur la scène littéraire française avec Le cercle celtique en 1995. Universitaire, ses romans ont toujours été remarqués. Le dernier, Le choix de Martin Brenner chez Grasset, en novembre 2020, est le plus émouvant, teinté d’interrogations philosophiques. L’avis et la critique livre.

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Le choix de Martin Brenner : être juif ou ne pas l’être

Martin Brenner, homme discret, la cinquantaine, est heureux, entre son épouse Cristina et sa fille adorée, Sara. Doté d’un travail qui le passionne comme directeur d’un laboratoire spécialisé en analyses génétiques, il voit sa vie basculer au décès de sa mère, Maria. Il exécute les dernières volontés de la défunte, en procédant à la dispersion de ses cendres. Triste mais sans plus, fils unique, il n’entretenait pas de relations affectives étroites avec cette femme secrète et effacée qui l’a élevé sans mari.

La maison de son enfance vendue, avec une préférence aux acquéreurs qui en ont le plus besoin, et non pas à ceux qui font la meilleure offre, résume le tempérament humaniste de Martin. Reprenant sa vie normalement, il est bouleversé par la lecture de la lettre, à son attention, faite par l’avocat de sa mère. Maria s’appelait en réalité Gertrud et était une rescapée juive d’Auschwitz, la seule survivante de toute sa famille déportée. Voilà des informations qui ont de quoi déstabiliser le commun des mortels. Sa mère, en cachant ce lourd passé, a souhaité protéger son fils, en ne lui imposant pas de naître juif et de risquer de vivre ce qu’elle a dû endurer. Elle lui laisse une totale liberté pour accepter ou refuser cette judéité. Par ailleurs, il apprend que son père n’est pas celui qu’il croyait, un nazi, sans cependant savoir qui est son géniteur.

Martin va devoir prendre une terrible décision. En gardant son secret, il ne devient pas juif et tout peut continuer comme cela était. En acceptant d’être juif, il sait que les antisémites le haïront. Enfin une troisième voie périlleuse s’ouvre à lui, celle qui reconnaît que sa mère était juive et que lui refuse de le devenir. Quel sera « Le choix de Martin Brenner » ? Quel qu’il soit, les conséquences seront lourdes tant pour sa femme, sa fille, ses rares amis, ses collaborateurs, que pour lui même.

Suivant les conseils du rabbin Golder, ami de sa mère, Martin, afin de se faire une idée sur l’identité juive, se plonge dans la lecture de livres scientifiques, historiques, philosophiques, religieux. Il profite de l’opportunité imposée pour élargir le sujet de son livre en cours de rédaction, sur les liens entre génétique, appartenance ethnique et religion, pour y développer le thème de la judaïcité. Apparaissent au fil des pages, entre autres, Anne Franck, Imre Kertész, Agata Tuszyńska, Jean-Paul Sartre, Edgar Morin, Bernard-Henri Levy, Hannah Arendt, Patrick Modiano. « Le choix de Martin Brenner » est fait. À son retour du colloque de Montréal, il parlera à Cristina, mais les évènements en décident différemment.

Notre avis ?

Dans la première partie où Martin est seul maître de la situation, les évènements sont narrés selon son point de vue. Lors de la descente aux enfers, avec le déchainement des médias, des réseaux sociaux, de la haine, de l’antisémitisme, les principaux protagonistes ont droit à la parole. La troisième partie, très originale, ne peut être dévoilée, le plaisir de la découverte devant être laissée au lecteur.  

Martin, homme fidèle à ses engagements, commet quelques erreurs mais demeure attachant. En ne situant pas géographiquement Le choix de Martin Brenner , sauf en Allemagne, Björn Larsson, grand auteur, rend son roman universel, sans pathos, sans héros, sans discours moralisateur. L’excellente traduction d’Hélène Hervieu de cet ouvrage exigeant, sur l’identité, l’exercice du libre arbitre, mérite d’être soulignée. Le prix à payer pour appartenir à une communauté, ou refuser d’y être est intégré est toujours élevé. Une lecture passionnante et réflexive.

En savoir plus :

  • Le choix de Martin Brenner, Björn Larsson, Grasset, novembre 2020, 464 pages, à partir 16.99 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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