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La Vengeance m'appartient critique avis livre

Critique / « La vengeance m’appartient » (2021) de Marie Ndiaye

Depuis plus de trente-cinq ans, Marie Ndiaye écrit des romans originaux, souvent des histoires de famille, dans un climat incertain et inquiétant. Née en 1967, entrée en littérature à 17 ans avec un premier roman, l’autrice s’est imposée durablement comme une figure incontournable du monde littéraire avec plusieurs prix : Prix Femina avec Rosie Carpe (Minuit) en 2001 et du Goncourt en 2009 avec Trois femmes puissantes (Gallimard). Elle fait paraitre en janvier 2021 un nouveau roman, La vengeance m’appartient. La critique et l’avis sur le livre.

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Gilles M..

Synopsis :

Maitre Susane, avocate à Bordeaux, est sollicitée par Gilles Principaux pour défendre sa femme Marlyne, accusée du meurtre de ses trois jeunes enfants. L’avocate croit reconnaître en cet homme l’adolescent avec qui elle a partagé un après-midi singulier quand elle avait dix ans. Ce souvenir reste flou. Les appels à son père ou à sa mère lui apportent peu d’informations. La mère de Me. Susane, est persuadé que le pire est arrivé à sa fille dans la chambre du garçon pendant qu’elle faisait le ménage dans la maison de cette famille bourgeoise

La vengeance m’appartient : une héroïne minimaliste

En apparence, il n’y a pas grand-chose à écrire à propos de Me Susane. Le roman décrit abondamment sa vie quotidienne mais à distance. « Me Susane faisait, ceci, cela ». La romancière lui donne rarement la parole et jamais un prénom. Petit à petit le lecteur l’imagine plutôt laide, assez forte, avec une vie d’une banalité presque caricaturale. Il fait froid c’est l’hiver et l’ambiance est plutôt sinistre.

A mi- récit, Me Susane glisse sur le verglas et promène désormais une grande cicatrice comme si l’auteure voulait accentuer son aspect misérable. Ses contacts humains sont réduits à sa femme de ménage mauricienne Sharon à qui elle essaye d’obtenir des papiers. Ses proches incluent aussi son ex petit ami et sa fille. Pourtant, on ne voit les événements qu’à travers ses yeux et ses sentiments. Le personnage est banal mais Marie Ndiaye nous oblige à sa fréquentation.  Elle nous devient de plus en plus familière. Au fil du récit, nous découvrons, sa complexité et le caractère universel de ses inquiétudes. L’arrivée de Gilles Principaux lui procure un choc en l’obligeant à un retour vers le passé.

Le talent de Marie Ndiaye pour nous faire tourner les pages

Le roman pose plein de mystères. Par exemple : pourquoi Maryline a-t-elle assassiné ses 3 enfants ? Que s’est-il passé avec cet homme dont Me Susane se souvient quand elle avait 10 ans ? Cet homme est-il réellement Gilles Principaux ? Et si c’est lui, se souvient-il d’elle ? Est-il entré dans son bureau par hasard ou non ?

Les nombreuses interrogations s’enchaînent. Le lecteur est entrainé dans ces mystères à la recherche de clés pour les résoudre. Mais chaque début de réponse appelle d’autres questions. 

Me Susane se donne pourtant du mal. Elle part interroger Maryline deux fois en prison. Celle-ci parle volontiers. L’occasion de monologues haletants sans ponctuation, hormis la conjonction de coordination « car » pour l’un et « mais », pour l’autre.

Nous attendons que des secrets soient révélés mais les solutions se dérobent sans cesse. Il en résulte un livre obsédant jusqu’à la dernière page.

L’auteure nous maintient savamment dans l’incertitude. Son écriture nous laisse à distance, avec néanmoins quelques pistes. Les explorations sans issues vers la vérité installent une inquiétude croissante. Comme les deux vagabonds de En attendant Godot, nous continuons à espérer une arrivée et des éclaircissements.

Un récit mystérieux issu de notre banalité

N’attendez pas un livre ou tout est limpide et explicite. Ce livre laisse une impression durable. Le lecteur finit le livre avec l’impression d’avoir rêvé. Il est sous le charme d’un récit mystérieux pourtant issu de notre banalité. Le livre refermé, il continue à se poser des questions.

En savoir plus :

  • La vengeance m’appartient, Marie Ndiaye, éd. Gallimard, 240 pages, à partir de 13.99 euros.
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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