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Les Bons garçons couverture livre 2020 Pierre Adrian

Critique / « Les bons garçons » (2020) de Pierre Adrian

Dernière mise à jour article : 24 septembre 2020 à 22:11

Après un passage dans les Pyrénées, dans Des âmes simples, Pierre Adrian dans son nouveau livre, Les bons garçons, retrouve l’Italie, surtout Rome, qu’il avait si bien magnifiée dans La piste Pasolini, quête sur un artiste admiré. Après deux récits, aux qualités littéraires indéniables, le jeune auteur s’adonne à l’écriture d’un magnifique roman. La critique et l’avis de ce livre de la rentrée littéraire 2020

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

Rome, 1975. Les vacances d’été s’achèvent. Trois garçons des beaux quartiers rencontrent deux jeunes filles du peuple. Ils flirtent en voiture et dans les cafés. Ils ne vivent que dans l’attente de la prochaine soirée. Jusqu’à ce que les garçons invitent les filles dans une somptueuse villa du Circeo, rocher qui surplombe la mer Méditerranée.

Les bons garçons, jeunesse libre et sans contrainte

En 1974, Rome est remplie d’espoirs puis d’allégresse après le premier titre de champion au foot de la Lazio. Dans les bons garçons, Deux adolescentes en mobylette, Raffaella la dynamique lycéenne et Maria Grazia la sicilienne employée dans un bar, insouciantes, heureuses, rêvent d’échapper à leur quotidien hors des quartiers peu favorisés qui sont les leurs.

Pendant ce temps, dans les quartiers huppés, trois copains s’abreuvent allègrement en pensant à Gabriele, actuellement en maison d’arrêt pour quelques errements. Alberto, faux timide, est superbe avec son sourire ravageur, alors que Matteo est souvent un peu lourd avec les filles, et que Luca demeure discret.

Étudiants et tous fils de la haute bourgeoisie, fidèles partisans des mouvements fascistes comme le MSI ou Ordine Nuovo, ils dépensent sans compter, vivant dans l’opulence et une certaine oisiveté. Libres, sans contraintes, sans le moindre contrôle familial, leurs centres d’intérêt se limitent à l’alcool, les produits illicites, le sexe.  

De l’insouciance aux doutes

Entre ceux à qui la société a trop donné, et celles qui aspirent à mieux, il y a peu de chance que les routes se croisent. Cependant durant l’été 1975 le hasard et le jeu de séduction met finalement en relation ces personnes, âgées de 17 à 22 ans. L’époque de la « Dolce Vita » est finie et a laissé place à celle des « années de plomb » ou attentats, enlèvements sont devenus le quotidien.

Néanmoins, c’est l’été, le ciel est bleu, il fait chaud, les chansons rythment la journée et les jeunes adultes pensent à s’amuser, se divertir. Un véritable traquenard est tendu aux deux jeunes filles par Mattéo et Alberto. Au lieu d’aller au cinéma, puis d’aller prendre un verre dans une fête au bord de la mer, ils se retrouvent tous les quatre dans une luxueuse villa du Circeo, lieu de rêve fréquenté par les familles romaines les plus aisées.

Un endroit où selon la légende Ulysse et ses compagnons furent transformés en porcs par la magicienne Circé. Le conte mythologique se reproduit avec les bons garçons, de la bonne société, bien élevés, qui révèlent ce qu’il y a la monstruosité chez certains êtres humains.   

Pierre Adrian passe dans Les bons garçons de l’insouciance et la légèreté, aux doutes et à la peur, par une écriture et un rythme qui s’adaptent totalement aux évènements. Les couleurs éclatantes sous un soleil brulant, en bord de mer, se ternissent avec la tombée de la nuit. Aucun voyeurisme dans la décadence, dans la violence exacerbée, l’auteur n’écrit que ce qui est utile à la compréhension de l’histoire, inspirée d’un sordide fait divers.

Pierre Adrien, un connaisseur de l’Italie

C’est en connaisseur de l’Italie que Pierre Adrian décrit remarquablement le climat social et politique des années 1970. La vie quotidiennee, le football, les bars, le comportement et attitudes de tous les personnages qui peuplent ce livre n’ont aucun secret pour l’auteur. C’est en préparant sur La piste Pasolini en 2015 qu’il découvrit ce fait divers. L’intellectuel évoquait quelques jours avant sa mort dans « Le corriere della sera » cette horrible affaire.

Pierre Adrian réussit avec brio ce premier roman. Très travaillé, fouillé, comme cela était déjà la marque de ces deux précédents récits. Une écriture qui est toujours aussi fluide avec une capacité à n’écrire que ce qui est indispensable, avec les mots adéquats. Un livre qui mérite d’avoir du succès.

En savoir plus :

Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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